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Traduit par
Marguerite Capelle
Publié le
25 oct. 2021
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Justine Picardie nous raconte l’écriture de "Miss Dior, muse et résistante"

Traduit par
Marguerite Capelle
Publié le
25 oct. 2021

Voilà un livre qui fera assurément une formidable série télé: Miss Dior, muse et résistante - Le destin insoupçonné de Catherine Dior raconte le parcours à la fois sombre et flamboyant de la petite sœur de Christian Dior, engagée courageusement dans la Résistance française. Elle fut torturée à Paris et survécut un an dans les camps nazis avant de rentrer et d’inspirer à son frère un parfum iconique, Miss Dior. Elle allait vivre ensuite jusqu’à plus de quatre-vingt-dix ans, cultivant des roses qui sont toujours utilisées dans les parfums Dior.


DR


Magnifiquement illustré et passionnant, ce livre de 404 pages est autant une analyse politique du siècle passé qu’une histoire d’amour entre un frère et une sœur exceptionnels, dont l'un allait devenir une figure emblématique du XXe siècle.

Leur nom de famille représente l’essence même de la mode et du style français, et leur histoire est racontée avec élégance par Justine Picardie, ancienne rédactrice en chef de l’édition anglaise de Harper’s Bazaar. On trouve aussi dans le livre des images de la jeunesse bucolique de Christian et Catherine Dior, issus d'une famille bourgeoise provinciale, aux "Rhumbs", villa accrochée à la falaise normande devenue aujourd'hui un musée Dior. Mais également des clichés des jours heureux de l’après-guerre à la Colle Noire, le château provençal de Monsieur Dior.

Le livre fait suite à Chanel, Sa vie, la biographie à succès rédigée par Justine Picardie sur une autre légende de la couture parisienne. Les deux ouvrages regorgent de révélations inattendues, et d’anecdotes sur des personnalités forgées par les épreuves de l’Occupation. Une période qui vit certains agir avec la plus grande noblesse et le sens du sacrifice, tandis que d’autres en étaient incapables.

Justine Picardie a eu l'occasion d'évoquer la vie extraordinaire de Catherine avec Maria Grazia Chiuri. La couturière actuelle de la maison Dior s’est inspirée de l’histoire de la sœur du créateur pour sa collection printemps 2020, qui revisitait Dior, de la Femme Fleur à la Femme Jardinière.

Miss Dior, muse et résistante a été lancé la semaine dernière lors de séances de dédicaces à Paris et à la Colle Noire, qui coïncidaient avec l’inauguration de l’exposition Miss Dior, 12 femmes artistes. Chacune de ces dernières a imaginé un hommage à la fragrance, inspiré autant par la notion de beauté que par la brutalité dont fut victime Catherine.

Nous avons profité de l’occasion pour rencontrer Justine Picardie parmi les massifs de rosiers et l’oliveraie plantée par Christian Dior, d’où la vue embrasse les crêtes jusqu’au village de Callian. Catherine y a passé les quarante dernières années de sa vie, survivant près d’un demi-siècle à son frère.


Justine Picardie - Photo: Courtesy of Dior


FashionNetwork.com: Qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire ce livre?

Justine Picardie: Quand ma biographie de Chanel est sortie, j’ai été invitée à étudier les archives Dior, dans l’idée d’écrire une biographie de Christian Dior. Ces archives sont extraordinaires, et j’ai été frappée par la beauté des robes haute couture et des illustrations. A ce stade, j’imaginais une formidable expo, et j’ai d’ailleurs initié les contacts entre Dior et le Victoria & Albert Museum (à Londres, ndlr), ce qui a abouti à l’exposition Christian Dior: Créateur de Rêves. Mais à ce moment-là, je ne sentais pas le livre se dessiner… c’est seulement en discutant avec quelqu’un aux archives un matin d’été, il y a environ cinq ans, que ça m’est venu. Je connaissais un peu la vie de Catherine, mais je sais que ça va paraître dingue: c’est comme si d’un seul coup elle était devenue le personnage, et j’ai su que pour écrire sur Christian, il fallait que j’écrive aussi sur Catherine.

FNW: Dans votre livre, vous parlez de votre visite de la bibliothèque de Dior, et de votre prémonition sur ce que vous alliez faire ensuite...

JP: Oui, j'étais à son grand bureau, dans une pièce qui domine les collines jusqu’à Callian, le village où Catherine et lui avait vécu avec leur père dans les années 1930, puis plus tard pendant la guerre. Ils étaient seuls: Christian, Catherine, leur père Maurice et leur ancienne gouvernante, Marthe Lefebvre (dite Ma), dans une petite ferme isolée entourée de plantations de roses.

FNW: Est-ce là qu’ils se sont réfugiés pendant la guerre et le régime de Vichy?

JP: Dans les années 1930, Christian et Catherine ont vécu ensemble à Paris, puis dans cette petite ferme baptisée Les Naÿssès. Pendant la guerre, ils ont aussi passé du temps en Provence, puis sont rentrés à Paris dans les derniers mois de l’occupation allemande. Leur relation est vraiment fascinante: un frère et une sœur assez proches pour vivre ensemble, mais aussi être des amis intimes. Cela m’a impressionnée parce qu’il y a ces photos de Catherine dans les archives, à l’époque où cette toute jeune femme vivait avec Christian à Paris à la fin des années 1930: elle porte ses premières créations, bien avant qu’il ne devienne Christian Dior. Enfin je veux dire, c’est Christian Dior, mais c’est encore un jeune créateur indépendant. Elle devait avoir environ 20 ans à ce moment-là, puisqu’elle est née en août 1917, douze ans après Christian. À l’époque, Dior faisait des missions pour Robert Piguet, et faisait des illustrations de mode pour tous les magazines et journaux français, ou encore pour Harper’s Bazaar. Ce sont vraiment ses tout premiers pas de créateur. Il ne sera embauché chez Lelong qu’en 1942, donc ce devait être des créations personnelles.  


Catherine Dior, ici en 1937. Photo: Collection Christian Dior Parfums


FNW: Une question centrale du livre, c’est de savoir comment une telle beauté a pu naître de cette occupation brutale et de la trahison que représente l’époque de Vichy. Comment y répondez-vous?

JP:  Eh bien, je crois que le plus beau geste de défi, après une période sombre et traumatisante, c’est de continuer à croire en la beauté, en l’espoir et en la liberté. C’est ce que nous vivons aujourd’hui, à un degré moindre. Bien sûr, la pandémie de Covid n’a pas fait autant de morts que la Seconde Guerre mondiale, mais nous venons de traverser la plus grave période de bouleversements que nous ayons connue depuis cette guerre. Et nous voilà aujourd’hui, vous et moi, dans cet endroit magnifique, et nous croyons encore que la beauté existe.
Ce qui m’intéressait, c’était bien sûr le traumatisme de la Seconde Guerre mondiale, qui a marqué directement la famille Dior. Le retour de la sœur de Christian, qui s’est réinstallée avec lui à Paris après être revenue des camps de concentration allemands. C’est à ce moment-là qu’on voit naître ses véritables ambitions de couturier. Et c’est aussi à ce moment-là qu’il crée Miss Dior, pour rendre hommage à cette sœur. Comme vous le savez, le New Look a des côtés nostalgiques. C’est un retour sur la Belle Époque, avant la Première Guerre, et ce qu’il y a de révolutionnaire après toute l’horreur, le traumatisme et les souffrances de la Seconde Guerre, c’est qu’il croit encore dans cette idée si romantique de la beauté.

FNW: D’ailleurs, certains critiques interprètent le New Look comme une forme de restauration conservatrice...

JP: Oui, et c’est l’un des sujets que j’explore. Il y a des gens qui disent que le New Look représente quelque chose de très régressif. Que Chanel a libéré les femmes, d’abord avec cette petite robe noire, puis ces cardigans et vestes plus simples, amples, sans corsets, tandis que Christian Dior représenterait une forme de régression. Mais après mes recherches sur l’histoire de Catherine et sa relation avec elle, je ne suis pas d’accord avec cette idée. Ce que je crois, c’est que le New Look fait la part belle au rembourrage, au niveau des épaules, des hanches, du buste. Quand les femmes comme Catherine sont rentrées des camps, elles étaient méconnaissables, émaciées, et donc je crois que les créations de Christian se voulaient protectrices, doucement capitonnées. Dior disait toujours qu’il voyait ses vêtements comme des bâtiments, comme si c’était de l’architecture, et il offre ainsi un sentiment de protection, de sécurité, de douceur.
 
FNW: A quel point Catherine était-elle impliquée dans la Résistance?

JP: On a tendance à imaginer la Résistance française comme un unique réseau. En réalité, elle était très fragmentée. Son premier acte de résistance a été tout simple: se rendre de Callian à Cannes pour chercher une radio, afin d’écouter le général de Gaulle sur les ondes de la BBC. C’était un acte de résistance parce que le seul fait d’écouter de Gaulle vous faisait risquer la prison à l’époque. Alors Catherine va chercher une radio à Cannes, rencontre ainsi l’homme qui va lui en fournir une, et tombe amoureuse de lui. Il s’appelle Hervé des Charbonneries et il a 12 ans de plus qu’elle, ce qui est l’âge exact de son frère. D’ailleurs Christian et Hervé avaient étudié la science politique dans la même école parisienne, à Sciences Po.

C’est comme ça qu’Hervé l’a recrutée dans son réseau de résistance, baptisé F2. Ils sont aussi tombés amoureux et ont entamé une relation qui allait durer toute leur vie. Ils ne se sont jamais mariés, mais sont restés ensemble jusqu’à la mort d’Hervé en 1989. Le F2 était un réseau franco-polonais qui fournissait des renseignements aux services secrets britanniques, à Londres. L’un des premiers groupes de résistants avait été créé après la défaite française de 1940 par deux officiers polonais, restés coincés derrière les lignes ennemies. Ils n’avaient pas pu évacuer avec leurs compatriotes à Dunkerque. Hervé fut l’une de leurs premières recrues, et ils développèrent un réseau dans toute la France – du Nord à Cannes, et le long de la côte méditerranéenne. Contrairement au Maquis, qui menait davantage d’attaques, ils se sont spécialisés dans la collecte de renseignements qu’ils transmettaient ensuite aux Alliés et aux services secrets britanniques.
 
FNW: Quelles étaient les opinions politiques de Catherine?

JP: C’était une grande partisane de Charles de Gaulle. Elle détestait le maréchal Pétain, Pierre Laval et le régime de Vichy, des fascistes qui avaient démantelé la démocratie française en quelques heures à peine, et avaient promulgué de leur propre initiative des lois violemment antisémites, avant même que les Allemands ne le leur demandent. Elle croyait dans le droit des personnes à voter, à contrôler leur propre système politique. Ce que de Gaulle qualifiait d’"une certaine idée de la France". La France s’enorgueillissait d’être une grande démocratie, et on l'en avait privé.
 
FNW: A-t-elle vécu ici, à la Colle Noire?

JP: Oui, mais après la mort de Christian, en 1957. L’une des raisons pour lesquelles il a acheté ce château en 1950, c’est parce qu’il était tout près de l’endroit où vivait Catherine. À sa mort en 1946, leur père a légué la ferme et les terres à Catherine. Bien sûr, il avait presque tout perdu dans la foulée du krash de Wall Street. Il avait fait faillite. Les Rhumbs, leur villa de Granville, était donc devenue la propriété de la municipalité. Et ils avaient atterri dans cette petite ferme, à la fin des années 1920. Christian possédait une galerie d’art qui marchait bien, à Paris, mais celle-ci a également fait faillite suite à la Grande Dépression. Il est parvenu à récupérer un peu d’argent en vendant ses derniers tableaux. Il représentait Dalí, et il a dû vendre une de ses œuvres pour 250 dollars à peine! Avec ce maigre pécule, il est venu en Provence vivre dans cette petite ferme. Ils avaient leur potager, mais la principale culture du coin, ce sont les roses pour l’industrie du parfum. Christian et Catherine sont donc partis dans le Sud, et c’est ici que le créateur a appris à dessiner, mais dès qu’il a pu, il est retourné à Paris (vers 1936), et sa sœur l’a accompagné. C’est là qu’ils ont vécu ensemble et qu’il a commencé à gagner sa vie comme illustrateur de mode.
 

Une sélection de photos de Catherine dans le livre - DR



FNW: Considérez-vous Catherine comme une féministe?

JP: Eh bien… oui. Je ne sais pas pourquoi j'hésite, car oui, je la considère tout à fait comme une féministe. Elle n’a jamais épousé Hervé, elle est restée Catherine Dior, elle avait sa propre entreprise. D’abord les fleurs, une activité qu’elle a développée à son retour en 1945, et puis elle a lancé sa propre plantation de roses. Quand Christian est mort, elle a hérité de la moitié de tous ses biens, mais il avait beaucoup de dettes envers le fisc! Alors elle s’est installée pendant un temps à la Colle Noire, mais ça n’a même pas duré un an. Il n’y avait pas assez d’argent pour entretenir le château, alors ils ont dû le vendre.
 
FNW: Dior n’était pas le seul créateur de mode à vivre au-dessus de ses moyens...

JP: Exactement, vous le savez bien.
 
FNW: Avec sa vie compliquée, la faillite familiale et les dettes laissées par son frère, et surtout les choses terribles qu’elle a vécues pendant la guerre…, n’est-il pas curieux qu’elle ne soit pas devenue amère, ou déçue?

JP: En tout cas ce n’était pas le genre de personne à se soucier de l’argent. Elle croyait avant tout en la liberté. Pour revenir vivante du camp de concentration de Ravensbrück, déjà, pour survivre à ça, il fallait avoir à la fois de la chance et une extraordinaire capacité de résilience. À son retour, elle a profité de la vie. Elle a consacré son existence aux fleurs: c’était une rosiériste remarquable, une botaniste et une jardinière talentueuse. Elle faisait pousser ses roses et son jasmin, et son jardin des Naÿssès est splendide. J’ai séjourné là-bas pour écrire le livre. C’était un endroit très simple, mais d’une beauté extraordinaire, un vrai paradis provençal. Du vivant de Christian, déjà, elle cultivait ses rosiers. Elle est devenue l’une des rosiéristes les plus respectées de la région, et ses fleurs sont toujours utilisées pour la fabrication des parfums Dior, ai-je découvert!

Et c’est incroyable de se rappeler que, quand Christian Dior a lancé le New Look, il a fait vaporiser un litre de Miss Dior dans sa maison de l’avenue de Montaigne: la cage d’escalier, le salon et les couloirs étaient imprégnés de cette fragrance à l’arrivée des invités.
 
FNW: Que penserait Catherine de la présence d’une créatrice féministe chez Dior aujourd’hui?

JP: Parfois je me dis que le passé et le présent résonnent vraiment, vous voyez ce que je veux dire? C’est vraiment mon sentiment en ce moment. Le début de mes recherches sur l’histoire de Catherine a coïncidé avec l’arrivée de Maria Grazia Chiuri chez Dior. On se connaissait déjà, elle et moi, de chez Valentino, et on est amies. Oui, aujourd’hui il y a une femme forte à la tête de Dior, convaincue elle aussi que le féminisme et la mode peuvent aller de pair. Je pense que la figure de Catherine transparaît dans absolument tout ce que pouvait créer Christian: dans toutes ses collections, il y avait quelque chose de pensé spécialement pour elle.

FNW: Est-ce que vous portez Miss Dior aujourd’hui?

JP: Je n’aurais pas pu écrire ce livre sans porter le parfum original Miss Dior. En menant ces recherches sur Catherine, j’ai parlé d’elle avec Maria Grazia. Elle était très intéressée, et cette collection du printemps 2020, elle l’a imaginée après que je lui ai raconté mon séjour ici, et une visite aux Naÿssès, cette fameuse ferme. Elle a eu envie de revenir et que je lui fasse découvrir la vie de Catherine. Elle a donc créé cette collection printemps 2020, et le nouveau sac qu’elle a fait s’appelle "Caro". C’était le nom de code de Catherine dans la Résistance. C’est donc un hommage subtil. Et je crois que dans toutes les collections de Maria Grazia, je discerne des hommages subtils à Catherine.

FNW: Beaucoup de gens ont commencé à parler de Catherine quand le PDG de Dior, Sidney Toledano, est venu faire son discours de mars 2011 sur le podium, au moment où Galliano a été remercié après des propos antisémites prononcés sous l’emprise de l’alcool. Sidney a fait allusion au jour où Christian est venu récupérer sa sœur Gare de l’Est. Qu’avez-vous trouvé sur son passage à Ravensbrück?

JP: Beaucoup de choses. Je suis allée deux fois à Ravensbrück dans le cadre de mes recherches, et j’ai consulté les archives. J’ai aussi retrouvé les traces de son parcours dans trois sites annexes, des camps de travail forcé. Ravensbrück était un camp de concentration pour femmes. Catherine faisait partie d’un groupe de Françaises déportées là-bas en août 1944, quelques jours à peine avant la Libération.
 

Une collection Christian Dior inspirée par Catherine Dior - Printemps-été 2020 - Prêt-à-porter féminin - Paris - © PixelFormula


FNW: Comment a-t-elle été arrêtée?

JP: Par des collaborateurs de la Gestapo, des Gestapistes français qui l’ont arrêtée et lui ont bandé les yeux Place du Trocadéro, à Paris, avant de l'emmener au 180, rue de la Pompe. Elle a alors été torturée pendant deux jours, et elle n’a pas livré un seul nom, aucun de ses compagnons de la Résistance. Elle a protégé Christian qui vivait à Paris à l’époque, et son meilleur ami Lilian (Dietlin) qui appartenait au même réseau qu’elle. Elle a fait preuve d’un courage stupéfiant, et après l’avoir torturée, on l’a envoyée dans une prison parisienne, dont on l’a fait revenir pour la torturer à nouveau. Encore une fois, elle n’a rien lâché, et alors on l’a déplacée dans un camp d’internement en banlieue parisienne, avant de la ramener dans la capitale pour la déporter à bord d’un de ces terribles trains.
 
FNW: Dans quel état était-elle à son retour?

JP:  Quand Christian est allé la retrouver à la gare, il ne l’a pas reconnue, et la famille ignorait si elle était morte ou vivante. C’est là qu’on voit Christian commencer à croire en la voyance. Car il est allé consulter une chiromancienne, Madame Delahaye, qui lui a tiré les cartes et lui a dit: "Votre sœur est vivante, et elle reviendra". Pour moi, c’est vraiment la source de ce que les gens allaient qualifier plus tard de superstitions chez lui. Je pense que ce n’est pas tout à fait le bon mot. C’est peut-être plutôt de l’ordre de la pensée magique.
 
FNW: Vous avez parlé de l’influence qu’elle a eu sur Dior, et plus récemment sur Maria Grazia Chuiri, ce qui est assez évident. Que voudriez-vous que les gens retiennent de votre livre?

JP: Que la beauté et la liberté sont l’essence même de Dior. Que la résilience a contribué à forger cette griffe  ce qui m’a semblé un message très important, quand je l’ai découvert en tant qu’autrice, mais aussi en tant que femme. Savoir que nous pouvons traverser des périodes de difficultés, de bouleversements, de traumatismes et en ressortir avec une résilience plus forte que jamais. Mais aussi que continuer à croire en la beauté après avoir traversé la nuit, c’est encore plus miraculeux.
Je crois qu’en prenant de l’âge, on se rend compte de ça, et on chérit ces moments de bonheur. On apprécie la lumière quand on a compris ce qu’était l’obscurité. Cocteau a dit de Dior, lors de ses funérailles dans un petit cimetière de Callian, près de la maison, qu’il était "le prince de la lumière, mais qui connaissait aussi l’ombre". C’est tellement vrai, et ce qui permettait à Dior de comprendre cette part d’ombre, c’était la période de traumatisme familial et de souffrances personnelles qu’il avait traversée. Sa mère est morte d’une septicémie. Son frère aîné avait été traumatisé par la Première Guerre et ne s’en est jamais vraiment remis. Son autre frère était atteint de schizophrénie et n’a jamais repris pied, et enfin sa petite sœur adorée a été torturée et déportée. Dior connaissait l’obscurité, et c’est ce qui fait de lui un grand couturier, vous ne croyez pas? Quelqu’un qui comprend à la fois l’ombre et la lumière.
 

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