Kenzo Takada : "Je pense avoir apporté la liberté dans la mode"

Kenzo Takada, 79 ans, le plus célèbre des créateurs japonais dont l'oeuvre fait l'objet d'un livre sorti mercredi, se targue d'avoir contribué à fleurir et libérer la mode française. Celui qui s'est retiré du monde de la mode en 1999 avoue dans un entretien à l'AFP éprouver une certaine nostalgie de ses années de création.


Le couturier franco-japonais Kenzo Takada à Paris, le 14 novembre 2018 - AFP

Que ressentez-vous à la sortie de cet ouvrage ?

Kenzo Takada : Il y a presque 20 ans, Kazuko Masui (auteure du livre Kenzo Takada) m'a proposé de faire un livre avec mes dessins et un peu de biographie, cela a pris beaucoup de temps. Il y a en plus des photos inédites, celles de la fabrication d'une robe de mariée. Je suis très content, mais des fois j'éprouve de la nostalgie. J'aime bien la mode, toujours. J'ai beaucoup travaillé pendant 30 ans, j'ai arrêté parce que la seule chose que je voulais c'est avoir le temps, des vacances, beaucoup de voyages. Cela a duré deux ou trois ans et j'avais de nouveau besoin de faire quelque chose, de travailler. J'ai travaillé sur ce livre, fait quelques collaboration, du décor. La mode aujourd'hui c'est tellement rapide, c'est incroyable, il ne faut pas oublier le savoir-faire, ce qu'on faisait avant, il y a un peu de nostalgie.

Premier créateur japonais à être arrivé à Paris en 1965, vous étiez suivi par une pléiade de créateurs japonais qui ont tous connu beaucoup de succès. Qu'avez-vous apporté qui manquait à la mode parisienne ?

KT : Quand j'ai commencé dans les années 1960-70 à Paris, cela manquait de couleur, d'imprimés, de vêtements assez légers, quelque chose de « casual » et facile à porter. J'ai utilisé des matières pas trop chères, beaucoup de coton, plein de couleurs différentes, aussi les tissus de kimono avec plein de motifs différents. Côté coupe et couleur j'ai apporté un peu de fraîcheur. Pour la coupe, j'ai regardé beaucoup de costumes folkloriques, il y a toujours ces coupes carrées, la mode parisienne était près du corps. J'ai fait des modèles qui sont coupés droit comme des kimonos avec de la souplesse, des volumes, c'est ça qui a donné quelque chose de frais.

Comment est né votre imprimé à fleurs fétiche ?

KT : Par hasard. Quand j'ai ouvert ma boutique, il a fallu que je trouve mon identité. Jusque là, j'ai suivi toutes les tendances parisiennes, je n'ai pas utilisé d'imprimés. Je me suis demandé : « Qu'est-ce que je peux faire de différent des autres créateurs français ? ». Je me suis dit : « Je suis japonais, je vais faire quelque chose autour du kimono que je connais mieux que les créateurs parisiens. Il faut que j'en profite ». J'ai acheté des tissus de kimono pour le théâtre avec des motifs assez colorés. Quand je suis arrivé en 1965 à Paris, gare de Lyon, c'était triste. Il y avait des fleuristes, place de la Madeleine, partout, on ne trouvait pas ça à Tokyo, mais Paris était gris, on ne voyait pas beaucoup d'imprimés. J'ai comblé un manque. Je pense avoir apporté la liberté dans la mode, dans la manière de porter les vêtements, de bouger dedans, des couleurs. La femme Kenzo est une femme libre, jolie et dynamique.

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