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14 oct. 2022
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Kenzo dévoile ses premières collections et ses archives aux Journées Particulières LVMH

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14 oct. 2022

Rendez-vous au 18, rue Vivienne, dans le IIe arrondissement de la capitale. A quelques pas de la galerie éponyme qui accueillit la première boutique de la griffe Kenzo - et juste en face de la Bibliothèque Nationale de France. Cet hôtel particulier en pierre de taille, entre cour et jardin, est depuis 2007 le siège de la marque de prêt-à-porter et l'écrin de ses ateliers.

Clin d'œil de l'Histoire, le bâtiment appartenait autrefois au neveu de Colbert puis abrita une maison de commerce de soieries et de lainages. "Pour la deuxième fois depuis 2013, la maison Kenzo participe aux Journées Particulières du groupe LVMH, précise la directrice du patrimoine Camille Martinez. Avec la thématique "Savoir Faire Rêver" notre enjeu est de faire découvrir notre savoir-faire à travers l'héritage de la maison." Au rez-de-chaussée, les silhouettes des premières collections - archives extrêmement bien conservées - flirtent avec les looks dessinés par Nigo l'actuel directeur artistique de la marque. Véritable capsule temporelle de la maison.


La couleur rouge, ici présente sur le cartouche du logo, est le fil conducteur de l'exposition de la maison Kenzo - Kenzo


Accompagnés par un air de hip-hop, les visiteurs évoluent dans l'univers Kenzo, entre les imprimés multiples et le kaléidoscope de couleurs vives. On retrace ainsi l'historique de la maison, depuis sa fondation en 1970 par le couturier nippon, lorsqu'elle se prénommait Jungle Jap - clin d'œil à la jungle urbaine parisienne et aux toiles du Douanier Rousseau. "Kenzo Takada voulait effacer sa persona de sa marque, détaille Salomé Dudemaine conservatrice et historienne de la mode. Mais ce nom était difficile à commercialiser sur le marché états-unien, car il était perçu comme dévalorisant et raciste."

Dix ans plus tard, la griffe est rebaptisée Kenzo. Le tigre, lui, a survécu à ce changement de patronyme. Animal fétiche du créateur nippon, il rugit encore sur les trench de la collection printemps-été 2023, dessinée par son successeur. Idem pour sa matière de prédilection qui compose la plupart des looks exposés. "A ses débuts, Kenzo Takada utilisait le coton par nécessité économique puis c'est devenu pour lui un choix esthétique car ce matériau laisse respirer les corps", poursuit la conservatrice Salomé Dudemaine. Sur de nombreux mannequins, des looks des années 1970 comme des contemporains, "la fameuse coupe en T avec des manches papillons avec laquelle le créateur voulait libérer les silhouettes". 

Pléthore de références au fondateur infusent le vestiaire de son actuel directeur artistique Nigo. La maison, qui fêtera sa 53e bougie en avril prochain, conjugue ainsi ses créations au passé, au présent et au futur. 

Les voyages, nourriture terrestre et spirituelle



Le créateur japonais, né en février 1939 dans la ville nippone de Himeji, rêvait d'ailleurs et d'Occident. Le diplôme du Bunka Fashion College en poche, il a sillonné les océans vers Paris, sa ville de cœur. "Ce long voyage en bateau l'a conduit de Tokyo, à Hong Kong, en passant par le Caire, Djibouti ou encore Marseille", détaille Salomé Dudemaine. Autant d'étapes pour une traversée un brin initiatique, pendant laquelle il s'est nourri des techniques locales qu'il découvrait.

A l'image de la robe-tablier rouge cerise, ceinturée à la taille à la manière d'un kimono, et twistée par des surpiqures et des broderies végétales, un look de la collection hivernale de 1975 qui était une référence à la dynastie chinoise mandchoue. Sur un mannequin avoisinant, un imposant manteau bleu à l'imprimé floral, hommage aux vêtements traditionnels des Cosaques. "On voit la doublure en velours qui est inspirée des tapis slaves, et qui confère un effet dramatique à la pièce", poursuit l'historienne de la mode.


La célèbre robe de mariée composée de rubans superposés est la pièce maîtresse des collections de la maison Kenzo - Kenzo


Si Kenzo Takada affirmait durant toute sa carrière se moquer des conventions de la haute couture, une de ses pièces maitresses s'y apparente de près. Une robe de mariée volantée, patchwork de tons rose et doré.

"Il a façonné cette robe en ruban, à la main et directement sur le mannequin... presque par accident il a utilisé des techniques de confection héritées de la haute couture", sourit Camille Martinez. "Très fragile et très lourde", cette star de l'exposition est pourtant en excellente condition car "conservée à plat avec une forme anatomique à l’intérieur pour qu’elle ne se déforme pas", ajoute-t'elle.

Même si Kenzo est une jeune griffe, qui compte 122 boutiques à l'international, elle prend très au sérieux l'archivage de ses anciennes collections, en contrôlant rigoureusement les niveaux d'humidité et de lumière des salles de stockage. Avec son équipe de trois personnes, Camille Martinez "chasse d'anciennes pièces sur des sites de seconde main et dans des friperies pour reconstituer l'héritage de la maison, sourit la directrice du patrimoine. Comme Kenzo est présente dans de nombreux foyers, avec les parfums, le linge de lit et les pièces de prêt-à-porter, on a vraiment un imaginaire vivant autour de la marque."

 
En effet, au fil de cette exhibition éphémère, les rêves colorés et l'exubérance de son fondateur Kenzo Takada sont toujours bel et bien palpables.

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