Khine Khine Nwe (Myanmar Garment Association) : "La question des salaires est épineuse, mais pas insoluble"

L'habillement birman affiche une progression fulgurante au classement des importations européennes (+61 % en 2016). A l'occasion du salon Texworld, la secrétaire générale de la Myanmar Garment Manufacturers Association, Khine Khine Nwe, évoque pour FashionNetwork.com ces évolutions, les futurs débouchés et les enjeux sociaux jalonnant l'actualité du pays.

Khine Khine Nwe - MG/FNW

FashionNetwork.com : Quel regard portez-vous sur l'évolution rapide de vos exportations ?

Khine Khine Nwe
: Cela renvoie loin en arrière. Notre industrie textile a commencé à se développer au début des années 1990. Mais le marché européen était alors loin d'être notre plus gros client, 60 % de ce que nous produisions partaient vers les Etats-Unis. Mais les commandes ont commencé à décliner à partir de 1999, avant de vraiment s'arrêter en 2003. C'est l'année suivante que l'Europe est pour la première fois devenue notre premier client. Mais, là encore, des questions politiques ont freiné ce développement. Ainsi, arrivés en 2006, le Japon et la Corée du Sud étaient nos principaux clients. En 2013, l'Europe a décidé de nous ré-accorder le statut GSP. Et les marques européennes se sont à nouveau tournées vers nous, dès la mise en application de ce statut, en 2015. Si bien que l'Allemagne, le Royaume-Uni, mais aussi l'Espagne, l'Italie et la France sont devenus nos principaux marchés.

FNW : Ce qui vous a profité, notamment en multipliant les investissements chinois...

KKN : Quand le GSP a été rétabli et les diverses sanctions levées, nombre d'entreprises ont vu dans le Myanmar une alternative à la Chine et à d'autres pays d'Asie. Mais nous avons également profité du fait que la Chine, à la fin des années 2000, a fait savoir qu'elle souhaitait monter ses productions industrielles en gamme, tandis que les règles anti-pollution se mettaient en place. Cela a motivé beaucoup d'investissements extérieurs dans notre industrie. Ce qui nous permet au passage d'intégrer directement les questions environnementale et sociale en développant notre filière. Car notre industrie n'est pas condamnée à être polluante. 

FNW : Sur l'aspect social, la mise en place d'un salaire minimum avait généré de l'inquiétude chez les industriels. Depuis l'instauration, les choses ont-elles évoluées ?

KKN : Le salaire minimum a été instauré il n'y a que deux ans. Nous arrivons seulement maintenant à un moment où nous pouvons nous pencher sur l'impact que cela a pu avoir sur notre activité. Je suis membre du National Minimum Wage Setting Committee, une organisation qui vise à rassembler industriels, élus et salariés pour traiter de ces questions salariales, chacun venant avec son idée du montant à adopter. Et les employeurs ont bien compris la situation : le coût de la vie augmente rapidement. Et si cela augmente, il est normal que les salariés textile soient payés en conséquence. La question des salaires est épineuse, mais pas insoluble.

FNW : Quels sont aujourd'hui les objectifs que vous vous fixez ? 

KKN : La stratégie que nous avons adoptée à horizon 2024 vise à atteindre les 1,5 million d'emplois dans notre filière, contre 400 000 aujourd'hui. L'objectif, en parallèle, étant de faire passer notre exportation de 2 milliards de dollars l'an passé à 10 milliards. Et cela passe notamment par l'élargissement de nos savoir-faire et de nos produits. Nous développons rapidement nos productions tissées ou nos capacités en termes de maille. Nous avons nos propres productions de soie, de coton organique et de colorants naturels, mais ces productions partent pour l'instant surtout vers le Japon. Mais je pense qu'elles vont rapidement intéresser l'Europe.

FNW : Les Etats-Unis sont-ils amenés à revenir en force parmi vos donneurs d'ordres ? 

KKN : Nous travaillons évidemment actuellement sur cette question, car nos productions peuvent répondre aux besoins américains. Mais nous n'avons pas les facilités dont de nombreux pays profitent quand il s'agit d'exporter vers les Etats-Unis. Mais nous regardons du côté de l'Afrique, où certains accords très intéressants sont en place. Par exemple, l'Egypte profite d'une situation très enviable. Nous discutons donc pour évoluer vers les mêmes mesures de soutien.

FNW : L'éthique est un enjeu de taille pour les marques. A l'heure où la Birmanie fait parler à propos du nettoyage ethnique dont sont victimes les musulmans Rohingyas, craignez-vous un impact sur la perception de vos productions ?
 
KKN : Je pense que le gouvernement fait actuellement en sorte de calmer les choses. En tant qu'association professionnelle, notre principal objectif est d'accroître nos capacités. Il se trouve que notre filière est déjà présente dans les zones concernées, dont le développement est cependant plus lent que nous le voudrions, en raison de l'absence de ports. Mais notre politique dans ces usines est simple : pas de discriminations, que ce soit de race, religion ou autres. Nous avons donc des travailleurs musulmans comme bouddhistes. Pour atteindre nos objectifs, nous avons besoin de tout le monde.

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