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L'accélération des collections pousse les marques à anticiper leur calendrier de conception

Publié le
10 févr. 2020
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4 minutes
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En 2015, les marques de mode européennes étaient 63 % a conserver un rythme de collection semestriel. Cinq ans plus tard, elles ne sont plus que 49 %. En parallèle, elles sont surtout 71 % à avoir adopté au moins quatre livraisons par an, causant un allongement des processus selon une étude réalisée par l'Institut Français de la Mode pour Première Vision.


L'accélération du nombre des collections et livraisons en magasins poussent les marques à avancer le processus créatif et la sélection des matières - Première Vision SA


Fin 2019, l'IFM a interrogé 1 765 professionnels français, italiens, allemands, britanniques et espagnols, qui représentent 75 % de la consommation européenne d'habillement. Il en ressort un véritable éclatement des calendriers de conception selon les différents niveaux de gamme, entre luxe, luxe abordable, grande diffusion, moyen de gamme et jeune création. Mais également une grande disparité au sein de ces niveaux de gamme eux-mêmes.

Ainsi, dans l'univers du luxe, 72 % des marques interrogées ont désormais intégré le principe des pré-collections à leur modèle. Mais il ne s'agit que de la partie émergée de l'iceberg créatif, face à la multiplication des capsules, collaborations et autres "drops" de nouveaux produits. Ainsi, ces maisons sont devenues 48 % à s'approvisionner via plus de quatre livraisons par an, et sont même 20 % à compter sur plus de 12 livraisons. Un phénomène qui s'explique en partie par l'évolution du rythme de création lui-même : 23 % des marques ont désormais plus de 4 temps de création par an, et 12 % indiquent même déboucher à l'année sur plus de 8 propositions.

Un luxe accessible qui tente de suivre



"On note que la généralisation des pré-collections dans l’univers du luxe a progressivement incité l’ensemble des marques de mode à livrer les magasins plus tôt", relèvent l'IFM et Première Vision. "En outre, ces pièces d’entrée de saison qui s’inscrivaient naguère dans la continuité de la collection précédente, sont aujourd’hui imaginées pour accrocher l’œil et rassasier une clientèle connectée à la recherche des dernières tendances. De ce fait, les stylistes doivent se plonger plus tôt dans la création de la nouvelle saison qui débute toujours par la sélection des matières".

Du côté du luxe accessible, (Agnès b., Maje, Sandro, IKKS, The Kooples, Zadig & Voltaire..…) il ressort une volonté de s'inscrire dans le même rythme que le luxe lui-même. Mais aussi l'impossibilité de se conformer à son rythme effréné. De fait, dans ce secteur, 51 % des marques ont conservé un rythme en deux temps de créations. Elles sont en revanche 26 % à être passées à quatre collections, tandis qu'une minorité de 4 % affichent plus de huit collections à l'année. Une volonté de renouvellement qui amène 70 % de ces marques à s'appuyer sur un minimum de quatre livraisons par an.


Face à l'accélération des collections, de nombreuses marques ne les conçoivent plus les unes à la suite des autres, mais simultanément pour les intégrer au cycle de livraisons - Première Vision


Vient ensuite la grande diffusion, berceau de la fast fashion, fort d'enseignes massivement implantées (Zara, Massimo Dutti, Celio, C&A, Mango…). Sans surprise, il ressort que 40 % des représentants du domaine livrent leurs modèles en plus de 10 fois par an. Selon l'IFM, ces marques européennes sont 59 % à développer au moins 4 collections distinctes par an, avec au moins autant de livraisons tout au long de l'année.

Face à cette course contre la montre, les marques moyen de gamme (Cyrillus, Caroll…) restent une majorité de 54 % à fonctionner sur un rythme traditionnel de deux collections par an. Néanmoins, l'influence de la grande diffusion se fait sentir sur leurs rythmes de livraisons, avec 69 % des sociétés faisant le choix de fonctionner en quatre séquences.

Eux-aussi majoritairement fidèles au rythme de deux collections par an, les jeunes créateurs ont en revanche également conservé le modèle à deux livraisons par an, pour des raisons pratiques et financières évidentes.

Le procédé de création en lui-même a évolué en profondeur



"Les périodes de recherche des matières, les temps de conception et les séquences de livraison peuvent être calés sur des agendas différents" résument l'IFM et Première Vision. "Cependant, le renouvellement des produits en boutiques est globalement plus fréquent. Les temps de recherche et de conception se sont également accélérés par rapport aux indications de l’étude de 2015. On peut également dire que le procédé de création en lui-même a évolué en profondeur : on n’imagine plus les collections l’une à la suite de l’autre, mais plusieurs en même temps afin d’intégrer la multiplicité des livraisons. De fait, la recherche et la sélection des matières ne sont plus cantonnées à une période précise de l’année".

L'enquête menée par l'IFM est à l'origine une étude commanditée par Première Vision dans le cadre de sa décision de changer les dates de ses rendez-vous Première Vision Paris. Le rendez-vous hivernal se tiendra dès 2021 début février et non pas mi-février, tandis que l'édition de septembre se tiendra début juillet.

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