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24 mai 2013
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L’économie en mal de capital-investissement

Publié le
24 mai 2013

Tous les entrepreneurs le savent, il est compliqué de grandir seul. Pour franchir des paliers, l'apport financier de tiers est le plus souvent incontournable. Ce n'est pas le fondateur de Kaporal, Laurent Emsellem, qui dira le contraire. On sait que la marque vient d'accueillir majoritairement à son capital le fonds anglo-saxon TowerBrook Capital Partners.

Pour des entreprises importantes, cela peut passer par une introduction en bourse. Pour les jeunes pousses, cela se traduit souvent en "love-money", des amis et parents. Et pour toutes les structures intermédiaires, une batterie d’acteurs et de structures, aux noms parfois obscurs, possèdent des chéquiers qui peuvent permettre l'avancée des projets. Ces partenaires financiers potentiels, on les retrouve sous la bannière du capital-investissement.

Il s’agit d’investisseurs, comme les sociétés de portefeuilles ou les fonds d’investissements publics et privés, qui entrent au capital de sociétés, le plus souvent non cotées en bourse, pour renforcer leurs capitaux propres. Cet apport peut venir épauler l’entreprise pour son démarrage, son développement, sa transmission ou son redressement.

Les investissements en net recul en 2012 - Visuel AFP


En 2012, en France, les montants ainsi investis ont atteint 6,072 milliards d’euros et ont concerné 1 548 entreprises selon une étude de l’Association française des investisseurs de croissance (Afic), réalisée avec le groupe d'audit et de conseil Grant Thornton.

Des chiffres importants, mais en très net repli par rapport à 2011. Ainsi, les montants investis sont en chute de 38% et le nombre de structures concernées a reculé de près de 9%. Au-delà de la baisse du montant global, la tendance est à des investissements plus modestes. La somme des montants investis sur des prises de participation de plus de 100 millions d’euros a chuté de 59% et, en réalité, 95% des entreprises accompagnées reçoivent moins de 15 millions d’euros et restent à 80% des PME. La frilosité ambiante se traduit aussi par une impressionnante diminution des investissements dans de nouvelles entreprises. Le ticket moyen pour ces premiers investissements chute d’ailleurs de 47% et tombe à 4,1 millions d’euros. Le ticket moyen pour les réinvestissements (qui représentent maintenant 55% des dossiers contre 41% un an plus tôt) est lui en recul de 22% à 3,2 millions d’euros.
Le fait que les investissements dans le capital-innovation soient au plus bas depuis 2005 apparait particulièrement inquiétant.

L'investissement dans les sociétés de biens de consommation chute de 28%

Plus de la moitié des montants investis (2 635 millions d’euros) concerne des entreprises basées en Ile-de-France. Au niveau national, les secteurs du service & transport, les biens de consommation, l’industrie & chimie et le médical & biotechnologies sont les segments qui captent le plus de capitaux. Les montants chutent respectivement de 38%, 28%, 33% et 25%.

L’informatique est le secteur où le plus d’entreprises captent des fonds, mais pour des montants moindres. Ces investisseurs misent à 86% dans des firmes françaises.

"Les indicateurs d’activité sont aujourd’hui fortement dégradés quels que soient les segments d’activité et de marché du capital-investissement. Le nouveau recul des levées de fonds observé en 2012, tend une fois de plus à réduire les ressources disponibles pour soutenir le financement et la croissance des entreprises dans le contexte économique incertain actuel, explique Thierry Dartus, associé, directeur du département Transaction Advisory Services chez Grant Thornton qui a réalisé l’étude pour l’Afic. Il est urgent de donner au marché des transactions des signaux positifs d’inversion de la tendance. La baisse des multiples observée depuis quelques mois pourrait constituer un premier élément de réponse."

Sur des montants bien moindres, les Business Angels (des particuliers investissant dans des entreprises) via l’association France Angels, font une analyse similaire. Ils ont investi 40 millions d’euros dans 352 sociétés, soit un recul de près de 10% du montant.

L’investissement moyen pour une entreprise est ainsi de 114 000 euros, soit 15% moins élevé qu’en 2011, sachant que l’Ile-de-France capte 42% des montants, suivi par Paca (10%) et Rhône-Alpes (9%). Dans ce cadre, le volet e-commerce et e-services tient la corde et attire plus de 30% des investissements.

Net repli des levées de fonds
Mais, avant de pouvoir investir ces sommes, les acteurs du capital-investissement doivent les lever. Et l’Afic tire la sonnette d’alarme en ce qui concerne les fonds levés. "Le capital-investissement français va mal, très mal. Alors que les entreprises françaises sont en manque de capitaux propres, que celles accompagnées par le capital-investissement affichent une croissance largement supérieure à la moyenne nationale et qu’elles sont créatrices nettes d’emplois, le problème réside dans l’insuffisance des fonds levés, appuie Louis Godron, président de l’association. Les causes sont connues: les règles prudentielles qui frappent les investisseurs institutionnels, la situation économique de la France et de l’Europe qui détournent les investisseurs étrangers".

Pour 2012, l’association relève en effet que le capital-investissement français a levé 5 milliards d’euros avec un recul de 43% des montants levés auprès des assurances-mutuelles, des banques et des caisses de retraite. Ce sont les entités du secteur public qui limitent la chute avec une augmentation de leurs apports à plus d’1,1 milliard d’euros.

Malgré cet effort, l’Afic pointe du doigt que le montant global reste insuffisant: les besoins en fonds propres des entreprises sont évalués à 11 milliards d’euros par an.

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