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27 avr. 2005
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L'Inde, la mode entre tradition et modernisme

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27 avr. 2005

Alors que les jupons bohémiens défilent sur les podiums des grandes capitales et que l'Indienne de la ville commence à tomber le sari, la mode émergente en Inde cherche ses marques, à la fois portée et engoncée par la tradition, tournée vers l'avenir, en quête de reconnaissance.

Shantanu Goenka - New Delhi April 25, 2005. REUTERS/B Mathur
La mode ici en est encore à son balbutiement. Les premières créations datent des années 80 et le salon du prêt-à-porter n'en est qu'à sa sixième édition. Quand l'industrie du textile vaut 12 milliards de dollars, celle de la mode n'en représente que 50 millions. Mais aujourd'hui alors que le pays est en pleine croissance et que la classe moyenne se développe, le marché potentiel intérieur est énorme. Et pendant que l'Inde, sa musique, ses films, ses mannequins sont trendy de Paris à New York, de grands "acheteurs internationaux" viennent d'avantage fureter, du britannique Harrods à l'américain Saks Fifth Avenue.
Manju and Bobby Grover - New Delhi April 22, 2005. REUTERS/Vijay Mathur
Déjà quelques créateurs indiens sortent du lot, qui mêlent la traditionnelle "indian touch" à la "silhouette occidentale", mots clés de la dernière Fashion Week achevée mardi. Les longs jupons chatoyants de bohémienne chic, brodés de perles, miroirs et clochettes de Ritu Kumar rivalisent avec ceux exhibés sur le papier glacé des grandes revues. Les jupes cloches de Manish Arora bordées de fourrure, rehaussées de dentelle de cuir ou plastique sur soie sauvage jaune ou violine façon princesse se vendent chez la très initiée Maria Luisa à Paris.
Monapali - New Delhi April 24, 2005. REUTERS/B Mathur
Les jupettes épurées en voile de coton plissées à la manière du Rajasthan de Rajesh Pratap Singh trouvent acheteurs de Tokyo à Singapour. Mais ceux-là avec quelques autres restent des exceptions. La majorité présentent des collections ultra-traditionnelles où le tissu est parfois si lourd et informe que l'habit semble importable, ou au contraire tentent maladroitement de "s'internationaliser" en réalisant des copies mal finies, reconnaissent les professionnels. La mode indienne a des atouts. "C'est la tendance du jour: on voit le style bohémien partout à Londres ou New York. Mais les créateurs sont coincés dans leurs racines indiennes", explique Shane créateur de la marque Shane et Falguni Peacok.
Ramani - New Delhi April 23, 2005. REUTERS/B Mathur
L'artisanat, qui inspire depuis des années les créateurs étrangers en vogue de Valentino à Marant, est le plus qui peut faire la différence. "L'Inde est connue pour son textile, son artisanat, sa broderie. Les grands de la mode viennent ici faire leur collection et mettent la dernière touche chez eux avant d'y coller leur marque. Il peut y avoir ici de bons créateurs", affirme Sunil Sethi acheteur pour le britannique Selfridges.
Chandra - New Delhi April 22, 2005. REUTERS/B Mathur
Mais pour cela il faudrait qu'ils se débarrassent du poids de cette tradition qui encombre le style et la méthode dans ce pays habitué aux curtas, amples chemises, pour les hommes, et aux saris, simple rectangle de tissu, pour les femmes, selon les professionnels. "L'expression des tissus est merveilleuse mais le prêt-à-porter reste de qualité douteuse. Les notions de base de fabrication manquent - comment coudre une emmanchure, une chemise bien moulée. Ils sont habitués aux angles droits et ne connaissent rien au modélisme, ils n'ont pas la notion d'un corps qui bouge", explique notamment Hemant Sagar co-créateur de la marque française Lecoannet-Hemant.
Shahzad Kalim - New Delhi April 23, 2005. REUTERS/B Mathur
Quant à la création, elle consiste encore trop souvent à "arracher une page du Harper's Bazaar et à en copier le modèle", poursuit sévère M. Sagar installé en Inde. Du coup la vraie reconnaissance internationale, celle de Paris, Milan ou New York, n'est pas au rendez-vous. "La mode indienne marche bien en Asie mais à Paris on parle encore de mode cheap. Il y a un vrai besoin de reconnaissance internationale", constate Thierry Journo consultant français pour Rajesh Pratap Singh. par Deborah PASMANTIER

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