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L'industrie de la mode vers la fabrication massive de masques ?

Publié le
16 mars 2020
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4 minutes
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Quel rôle jouer durant la crise pour lutter contre le Covid-19 ? Quand on est un industriel du textile, cette question induit d'abord la protection de ses salariés, mais déclenche ensuite une réflexion sur la possibilité d'apporter son aide. Après la Chine, dont plusieurs sites de fabrication de prêt-à-porter ont converti leurs lignes de production à la confection de masques de protection, ce sont maintenant des acteurs européens qui s'y attellent. Un rectangle de tissu qui fait défaut à certaines unités de soin et que les particuliers ne parviennent pas à se procurer.


En cette période de crise sanitaire, les industriels cherchent des solutions pour se montrer solidaires. - Pixabay


Pour contrer cette pénurie, les Tissages de Charlieu ont annoncé aujourd'hui leur intention de produire des masques lavables à échelle industrielle. Le prototype mis au point doit être homologué par la Direction générale de l'armement dès aujourd'hui. Cette usine située au Nord de Roanne (Loire), qui conçoit d'ordinaire des tissus jacquard pour la mode et l'aéronautique, indique avoir la capacité de produire 30 000 à 50 000 masques par jour en ayant adapté son outil.


Le prototype des Tissages de Charlieu, directement issu de leurs métiers à tisser. - Tissages de Charlieu/Facebook


"Nous transférerons toutes les infos à l’ensemble de l’industrie textile française pour que nous puissions tous nous mobiliser et offrir une capacité la plus élevée possible", appuie l'entreprise sur LinkedIn. A la suite de ce post sur le réseau professionnel, plusieurs acteurs du textile ont réagi, dont le président de L'Union française des industries mode et habillement (UFIMH), Marc Pradal, qui entend proposer la production de ces masques à des confrères, et d'Annick Jéhanne (Nordcréa), qui souhaite mettre à contribution l'atelier roubaisien qu'elle pilote, Plateau Fertile.

Dans le même élan, l'entreprise lozérienne Atelier Tuffery, spécialiste de la toile denim, a également partagé ce lundi sur Facebook sa volonté de produire des masques et de les mettre gratuitement à disposition de ceux qui en ont besoin. "Il s’agit de proposer des solutions alternatives pour des masques de protection simples, non normés FFP2 ou 3", précise le fabricant.


La proposition d'Atelier Tuffery, dont l'usine est installée à Florac depuis 1892. - Atelier Tuffery/Facebook


Les spécialistes français de la fabrication de masques chirurgicaux et professionnels (de différents niveaux de protection) tournent eux déjà à plein régime. La Commission européenne, qui s'est réunie vendredi dernier, a sommé les Etats membres de se coordonner sur la production et de faire preuve de solidarité après quelques couacs diplomatiques sur la question... Le quotidien Les Echos précise que des pistes complémentaires viennent d'être lancées, à savoir que "des fabricants de textile ont été contactés pour reconvertir temporairement des lignes de production dans la fabrication de masques". Les initiatives citées plus haut pourraient donc être suivies par d'autres acteurs de la mode dans les jours à venir.

En Italie aussi, pays durement touché par la pandémie, des entrepreneurs du secteur de l'habillement s'impliquent. Un fabricant de cravates situé en Calabre a par exemple décidé d'utiliser ses chutes de tissu pour fabriquer des masques, indique l'AFP. "Les sommes récoltées seront versées à la région de Calabre pour qu'elle puisse acheter du matériel médical, a expliqué le patron de l'entreprise, Maurizio Talarico. Je me suis demandé ce que je pouvais faire dans ce moment tragique pour l'Italie et pour ma région, la Calabre (...) Avec les chutes de tissu, j'ai pensé à produire des masques : même s'ils ne sont pas homologués, ils peuvent certainement protéger ceux qui ne sont pas contaminés."

Basé dans la région du Piémont, le groupe de mode Miroglio a également basculé une partie de sa production vers celle de masques protecteurs lavables, en visant un volume de 600 000 masques en deux semaines. La région a donné son feu vert, en revanche la norme CE n'était pour l'instant pas encore obtenue, selon Le Corriere della Sera.

Enfin, l'autre produit barrière pour la lutte contre la propagation du coronavirus, à savoir le gel hydroalcoolique, manque aussi au personnel soignant. Dimanche, le groupe de luxe LVMH annonçait qu'il allait désormais en fabriquer en grande quantité dans trois de ses usines françaises dédiées au parfum, pour équiper gratuitement les hôpitaux. Il n'a en revanche pas indiqué de projet concernant la fabrication de masques dans ses ateliers textile.

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