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3 févr. 2022
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L'industrie textile européenne s'inquiète de la flambée des prix de l'énergie

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3 févr. 2022

Alors que les prix de l'électricité et du gaz explosent en Europe, les industriels du textile-habillement s'inquiètent des répercussions sur leur activité. La Confédération européenne du secteur, Euratex, appelle aujourd'hui les Etats membres à apporter un soutien à la filière, à l'heure où celle-ci doit précisément investir dans sa propre transition énergétique. En France, les aides annoncées pour le gouvernement sont accueillies avec satisfaction par l'Union des industries textiles (UIT), qui pointe cependant les limites des dispositifs déployés.


Euratex pointe les efforts déjà consentis par l'industrie textile pour réduire ses dépenses en énergies - Euratex


"Actuellement, les entreprises européennes du textile-habillement sont confrontées à une hausse vertigineuse des prix de l'énergie et du CO2 (direct et indirect)", pointe Euratex. "Les coûts énergétiques ont triplé, voire quadruplé, au cours des derniers mois. Une augmentation des coûts qu'il est impossible de répercuter sur les clients en raison de la forte concurrence. En outre, les entreprises européennes du textile et de l'habillement doivent relever simultanément un nombre croissant de défis tels que transformation vers l'économie circulaire, numérisation, décarbonisation, traçabilité, diligence raisonnable... L'industrie textile européenne étant fortement axée sur les exportations, il est vital pour elle de maintenir sa compétitivité. Les entreprises ne seront en mesure de prendre les mesures nécessaires en vue de la décarbonisation et la circularité/durabilité que dans des conditions favorables."

L'instance représentative des industries européennes du textile-habillement livre ainsi à la Commission européenne une liste de dix objectifs à relever pour accompagner le secteur dans sa transition énergétique. A commencer par la mise à disposition d'une énergie verte sécurisée à des prix internationalement compétitifs. Des prix qui, pour Euratex, doivent relever de l'UE ou des Etats membres.

Face à la concurrence de pays producteurs moins ambitieux en termes de réduction des émissions de CO2, la confédération appelle en outre à protéger les entreprises face aux "fuites de carbone" (expression désignant la délocalisation d'une production vers un pays écologiquement moins contraignant, ndlr).

Euratex réclame en outre des dispositifs pensés spécifiquement pour les PME, moins à même de travailler sur leurs émissions de dioxyde de carbone. Est également demandé que les compensations d'Etats face aux fortes taxations énergétiques nationales ne soient plus considérées comme des subventions.

Enfin, suite aux récents investissements de modernisation demandés à la filière textile, l'instance demande que la mise en œuvre de mesures supplémentaires soit prise en tenant compte des cycles d'investissement. "L'attention doit être portée sur la proportionnalité des coûts sans affaiblir la position concurrentielle, que ce soit sur le marché intérieur ou face aux concurrents hors-UE".

En France, "des annonces qui vont dans le bon sens"



En France, l'Union des industries textiles avait l'an passé tiré la sonnette d'alarme. Début février, l'instance fait toujours part de son inquiétude. "Il y a une multiplication par deux, voire trois, des coûts, que ce soit dans l'électricité et le gaz. C'est un record, si ce n'est un cas inédit, qui s'avère très impactant pour nos entreprises", indique à FashionNetwork sa directrice générale Vanessa de Saint-Blanquat.

Elle pointe cependant des effets contrastés selon les étapes de la chaîne de valeur. "Les ennoblisseurs ont par exemple besoin d'une énorme quantité d'énergie, et cela représente environ 20% de leurs charges. Plus que dans la filature, où il s'agit surtout de traitements mécaniques de la matière. Toutes ces entreprises électro-intensives subissent donc cet impact de plein fouet."


Shutterstock


La responsable pointe par ailleurs que les machines plus récentes et performantes, moins gourmandes en eau et énergies, ne suffisent pas à compenser les hausses de prix actuelles. D'autant que cette hausse vient s'ajouter à la flambée du coût des matières premières qui a plombé l'activité sur l'ensemble de l'exercice 2021. "Tout cela va immanquablement se répercuter sur les prix de vente finaux", note la responsable, à l'heure où l'inflation s'invite parmi les sujets de campagne présidentielle.

Le gouvernement français a pris acte des appels des industriels, et a multiplié depuis décembre ses déplacement sur le sujet, avec "des annonces qui vont dans le bon sens", pointe Vanessa de Saint-Blanquat.

En septembre a ainsi été décidé de limiter la hausse des prix de l'électricité à 4%. "Un gros plus", pour la dirigeant de l'UIT. A par ailleurs été gelé jusqu'à février 2023 le tarif réglementé de l'électricité. La CSPE (contribution au service public de l'électricité) est elle ramenée de 22 euros à 0,5 euro du mégawattheure, taux plancher fixé par l'UE.

L'UIT note par ailleurs l'augmentation de l'ARENH (Accès régulé à l'électricité nucléaire historique), qui permet aux fournisseurs alternatifs d'avoir à l'électricité produite par les centrales nucléaires d'EDF: l'Etat a relevé le plafond de 100 térawattheures, pour 42 euros le mégawattheure, de 20 térawattheures supplémentaires, pour 46,20 euros le mégawattheure, du 1er avril jusqu'à fin décembre.

"Je ne vous cache pas que nous avions demandé à aller plus loin", glisse Vanessa de Saint-Blanquat à FashionNetwork.com. "Nous avions réclamé de pouvoir aller jusqu'à 150 terrawattheures, avec effet rétroactif au 1er janvier. Et nous demandions d'autres mesures, comme des allègements de charges, un étalement du remboursement du PGE (prêt garanti par l'Etat), ou des aides d'Etat. Car autant sur l'électricité, l'Etat peu agir, autant sur le gaz, cela lui est plus compliqué. Surtout à l'heure des tensions internationales avec la Russie".


Outre l'électricité, la flambée des prix du gaz et le risque d'une aggravation de la situation en Ukraine inquiètent la filière - Euratex


Les regards des industriels sont notamment tournés vers l'Ukraine, où se joue entre la Russie, l'Europe et les Etats-Unis un bras de fer autour de l'entrée de l'Etat d'Europe orientale au sein de l'Otan. Or la Russie est de loin le premier fournisseur de l'UE en gaz, avec 41% des importations européennes. Loin devant son premier challenger, la Norvège, qui ne pèse que 16,2% des commandes européennes. Le spectre d'un robinet qui se tarit et d'un prix qui explose occupe donc logiquement les esprits.

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