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L'upcycling, ou l'art de repenser et de prolonger la vie du vêtement

Publié le
today 2 oct. 2019
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Aux antipodes de la mode jetable, l'upcycling émerge comme l'une des réponses aux enjeux environnementaux auxquels sont confrontés tous les acteurs du secteur. Cette notion, apparue au milieu des années 90 et popularisée depuis une dizaine d'années, consiste à revaloriser des matériaux ou objets dont on n'a plus l'usage. Si de jeunes labels se sont lancés sur ce créneau, reste à savoir comment l'appliquer à plus grande échelle dans la filière textile. Ce sujet d'avenir constituait le thème d'une conférence qui s'est tenue le 7 septembre dernier lors du salon parisien Who's Next sur l'espace Impact, dédié à la mode responsable. Etat des lieux.


Julie Pont, Mylène L'Orguilloux, Anaïs Dautais Warmel, Elisabeth Jayot et Virginie Ducatillon sur l'espace conférences d'Impact (Who's Next). - FashionNetwork/MDeslandes


« Pour donner un usage supérieur à un matériau désuet, on y met du temps, du savoir et de la créativité », introduit Anaïs Dautais Warmel, fondatrice de la griffe de prêt-à-porter Les Récupérables, qui utilise comme matière première des chutes de coupe de tissus, des fins de rouleaux de marques ou des textiles déco (nappes, rideaux). Mais sa marque pourrait bien évoluer par la suite : « L'upcycling est un pansement, ce n'est pas une solution en soi. Le but, c'est que Les Récupérables mutent petit à petit : l'objectif ultime, c'est concevoir et produire sans aucun impact. »

Pour Mylène L'Orguilloux, modéliste et instigatrice du projet de mode zéro déchet Milan AV-JC, il est également nécessaire d'imaginer une meilleure fabrication du vêtement dès son élaboration. « Mon expérience dans l'industrie de la mode m'a montré que 15 % du tissu nécessaire à la fabrication d'un vêtement est détruit. Il faut endiguer le problème à la source », rappelle celle qui met au point des patrons permettant de limiter au maximum les chutes.

« Il est important d'apporter du contenu pédagogique à ce sujet car ce n'est pas enseigné dans les écoles », ajoute-t-elle. Pour partager ses recherches, elle diffuse ses patrons en open source sur son site web et propose des formations (aux entreprises et étudiants) afin de dispenser son savoir en matière d'optimisation textile et de prototypage 3D.


Collection Les Récupérables de l'été 2019 - Les Récupérables/Lucie Sassiat


Encore faut-il être pris au sérieux. Elisabeth Jayot est une designer de mode qui prépare une thèse de doctorat à la Sorbonne pour laquelle elle étudie la modularité du vêtement et dresse un état des lieux des solutions techniques écoresponsables. « En France, on me rit souvent au visage quand je parle de mon sujet de recherche qui mêle mode et science, c'est beaucoup moins le cas dans les pays anglo-saxons et scandinaves. »

Elle a développé un principe de "Lego vestimentaire" qui permet, par l'imbrication facile de pièces de tissus et sans aucune couture, de constituer un habit qui pourra être modifié en cas d'usure, ou selon l'évolution de sa morphologie ou encore des tendances. Le but ? « Penser un nouveau système de mode sur le principe de la pièce détachée ». Soit allonger considérablement la durée de vie du produit sans se priver du plaisir de renouveler sa garde-robe.

Dans l'optique d'un vêtement zéro gâchis, Mylène L'Orguilloux estime que des principes simples peuvent être appliqués. « Il faut par exemple composer avec le défaut du tissu : la lisière, qui est systématiquement coupée, peut devenir un détail qui ajoute de la valeur au vêtement. Les zips et autres boutons doivent être utilisés le moins possible au profit de moyens de fermeture ajustables à la personne. »


Robe "Adonis", à partir du patron mis en libre-service par Mylène L'Orguilloux - Milan AV-JC


D'ailleurs, pour Elisabeth Jayot, un petit retour en arrière s'impose. « Si l'on regarde dans le passé, il y avait plein de solutions malines, mais la folie de l'industrialisation et ses cadences ont fait oublier le bon sens. »

Il convient selon elle de penser à rendre le démontage possible dès la conception : « En étudiant des pièces vintage des années 50, on se rend compte que les valeurs de couture (marge de tissu laissée après la couture, à l'envers du vêtement, ndlr) étaient beaucoup plus grandes qu'aujourd'hui, parfois presque 10 à 20 cm, ce qui permettait de reprendre et agrandir le modèle au besoin. Alors il est clair que la matière a un coût, mais on oublie aujourd'hui le coût d'après : qu'est-ce qu'on fait du vêtement ? »

Dans l'optique de ne pas gaspiller de matières premières, Virginie Ducatillon, fondatrice d'Adapta, ambitionne de lancer une plateforme pour réutiliser les stocks de cuir dormants ou jugés non conformes par les marques de luxe, pour les proposer en petites séries à des créateurs. Mais convaincre ces grands acteurs n'est pas une mince affaire : « Il faut les rassurer en expliquant que ces stocks n'iront pas à l'étranger alimenter la contrefaçon, mais bénéficieront à des petites marques locales. Garantir la traçabilité est un enjeu important. »
 
Anaïs Dautais Warmel note, elle aussi, la difficulté de nouer des partenariats avec les grandes marques. Mais les choses bougent petit à petit. Les Récupérables s'allient cet automne avec l'enseigne de mode féminine Caroll pour une capsule de vêtements confectionnés à partir de fins de tissus de la chaîne du groupe Vivarte.