La Cité de la Chaussure ouvre ses portes à Romans-sur-Isère

La chaussure a désormais sa vitrine à Romans-sur-Isère (Drôme) : prenant la relève des industriels qui avaient fait la gloire de la ville, start-up et artisans se sont regroupés pour fabriquer et vendre leurs créations dans un lieu unique.



La Cité de la Chaussure, un projet à 3,3 millions d'euros au financement entièrement privé, ouvre jeudi ses portes au public sur le site d'un ancien supermarché installé en plein centre-ville.

Cinq entreprises y ont installé leurs ateliers. Et une boutique multimarque de 300 mètres carrés leur permettra d'écouler leurs produits et ceux d'autres spécialistes locaux du cuir.

Derrière des cloisons vitrées, le travail des ouvriers peut y être observé. Des visites (payantes) des ateliers seront aussi organisées.

« Notre objectif, c'est de faire passer par ici 100 000 personnes par an », souligne Christophe Chevalier, PDG du groupe Archer, à l'origine du projet.

Si à son faîte, l'industrie de la chaussure a généré un emploi sur deux sur le bassin de Romans, il ne reste plus aujourd'hui qu'un seul « historique », Robert Clergerie, après la faillite des emblématiques Charles Jourdan et Kélian au début des années 2000. Mais « dans l'esprit des gens, l'image de Romans reste attachée à la chaussure », souligne la maire (LR) Marie-Hélène Thoraval.

Niches artisanales

Si les grands noms ont disparu, il reste encore un tissu dense de sous-traitants, comme la tannerie Roux, désormais intégrée au groupe de luxe LVMH. Et le lycée de la ville, qui forme des techniciens du cuir, a fait l'objet d'une rénovation dépassant 46 millions d'euros, relève l'élue.

« La chaussure a un avenir à Romans à condition d'abandonner le modèle industriel et ses usines employant des centaines de personnes. Nous croyons à un modèle plus artisanal, sur des niches à forte valeur ajoutée », relève Christophe Chevalier.

De fait, aucune des entreprises participantes n'a plus de quelques années. Certaines sont très spécialisées: chaussures de danse de salon (Magic Feet), de football (Milémil) ou chaussons d'escalade (Boldrini) - mais misent sur la Cité pour élargir leur gamme à des produits plus grand public, comme les « sneakers ».

Leur positionnement: pas de luxe mais de la qualité, avec des prix moyen de gamme (entre 100 et 200 euros), note Christophe Chevalier.

Au départ association fondée à Romans dans les années 1980, « en solidarité avec les naufragés de la chaussure », l'entreprise de Christophe Chevalier est devenue un géant de l'économie sociale et solidaire, avec un millier de salariés dans la région.

On la retrouve à tous les étages du projet de Cité de la chaussure: elle le finance et a mis sur pied l'association Romans Cuir qui réunit la filière. Archer a même créé sa propre entreprise de chaussures pour embaucher d'anciens salariés de Jourdan ou Kélian.

« Seul, personne peut y arriver »

« Notre stratégie était de sauver un patrimoine et des compétences qui menaçaient de disparaître. On est même allé jusqu'à débaucher des retraités dont l'un avait 80 ans", se rappelle Christophe Chevalier. Mais malgré tout, « il a fallu former les gens: dans un système industriel, ils étaient 40 pour faire une chaussure. Maintenant, ils sont quatre ou cinq ».

Deux récents projets de relance de l'escarpin de luxe à Romans, dont celui du Soulier français, ont échoué, mais toutes les sociétés accompagnées par Romans Cuir continuent leur petit bonhomme de chemin.

« Seul, personne peut y arriver », note Christophe Chevalier, en listant les avantages du travail collaboratif: en cas de bris de machine, pour passer des commandes groupées ou minimiser le coût de participation aux salons.

« C'est un fonctionnement qui correspond à la vision que j'avais en créant ma société », souligne Patrick Mainguené, ancien responsable de l'activité « chaussure » de Lafuma. Ses « sneakers » de marque Ector en fil tricoté issu du recyclage de bouteilles plastiques font un carton, permettant la création de 10 emplois.

Les élus romanais espèrent que la Cité accroîtra l'attractivité touristique de leur ville, très dépendante d'un village de marques qui attire 1,8 million de visiteurs par an mais peine à diffuser sur la ville.

Le syndicat d'initiative a d'ailleurs été déplacé au sein de la Cité de la chaussure. Et la maire entend faire du musée municipal de la chaussure un « centre de ressources » pour les jeunes créateurs.

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