La caravane des salons textile se déplace-t-elle ?

Pour identifier de nouveaux marchés d'avenir, il faut suivre les traces des organisateurs de salons. En Afrique, ou bien en Iran, dernier territoire en date sur lequel Igedo et Messe Düsseldorf viennent d'annoncer s'aventurer, ils créent de plus en plus d'événements liés à la mode et au textile dans des régions jusqu'ici délaissées. Cette tendance témoigne de changements profonds à l'oeuvre dans le paysage mondial de la mode. Les organisateurs entretiennent un dialogue constant avec les acteurs du secteur, collaborent avec des partenaires locaux et internationaux, et deviennent peu à peu des experts des conditions politiques et économiques de ces pays. Voilà leur arme secrète : ils tirent parti de ces renseignements précieux pour mener une petite révolution dans le domaine de l'habillement et des textiles du monde entier.


Messe Frankfurt s'est offert Source Africa et ATF l'an dernier - Messe Frankfurt
 
D'ailleurs, quatre des plus importants organisateurs de salons mondiaux sont allemands : Messe Frankfurt prend la troisième place, avec un chiffre d'affaires d'environ 661 millions d'euros par an, suivi par Messe Düsseldorf, à la cinquième place avec 330 millions d'euros. Les deux sont connus pour leurs événements liés à la mode et aux textiles. Le « Texpertise Network » de Messe Frankfurt est la plus grande offre de salons consacrés aux textiles dans le monde ; le groupe organise également l'Ethical Fashion Show Berlin ainsi que les deux cycles de conférences Fashion Sustain et Fashion Tech. Et Messe Düsseldorf détenait jusqu'à l'an dernier une part du capital d'Igedo, qui organise le salon Gallery and Gallery Shoes à Düsseldorf ainsi que le CPM à Moscou, et reste un important partenaire des deux événements.

Comment interpréter le fait que ces grands organisateurs commencent à investir dans des villes qui, au premier regard, ne sont ni de grands carrefours de production ni de florissants marchés de distribution ? Ces acteurs importants de la mode prévoient la saturation à moyen terme des marchés existants et portent leur attention sur les marchés qui disposent de véritables potentiels de croissance, où il est encore possible d'établir sa présence avant ses concurrents et de réaliser des investissements d'avenir.

La semaine dernière, Messe Düsseldorf a donc annoncé le lancement d'un nouveau salon de mode en Iran, en partenariat avec Igedo Company. L'édition inaugurale du « Lifestyle Iran » aura lieu du 5 au 8 décembre à Chiraz. La création de ce salon répond à la progression de la classe moyenne et à l'émergence de segments à fort potentiel, comme celui de la mode pudique, qui stimulent le secteur de la mode locale. Et la ville de Chiraz fournit un arrière-plan attrayant pour l'événement, créé à un moment où la demande pour les marques de mode, les chaussures et les accessoires explose dans le pays, à la suite de la levée des sanctions économiques en Iran.

Instagram est devenu le réseau social le plus important d'Iran, en partie parce que Facebook et Twitter y sont interdits, mais aussi parce que les créateurs y trouvent un espace pour exprimer leur vision artistique et puiser l'inspiration chez leurs confrères internationaux. Cela crée un terreau fertile idéal, à la fois pour les marques nationales et étrangères. « Traverser le pays permet de voir à quel point le soins du corps et de l'apparence jouent un rôle important en Iran. Les gens sont de plus en plus intéressés par la mode haut de gamme, mais aussi par d'autres types de mode et ont de plus en plus les moyens de s'y intéresser. Leur appétit pour la mode est insatiable. On s'en rend particulièrement compte à Chiraz, mais aussi dans d'autres villes du pays », décrypte Peter Schmitz, de Messe Düsseldorf, pour FashionNetwork.com.

L'année dernière, Messe Frankfurt avait pris le contrôle des plus importants salons de textiles, chaussures et habillement d'Afrique du Sud, Source Africa et ATF, et organisé la troisième édition de l'Africa Sourcing & Fashion Week à Addis-Abeba, en Éthiopie. L'organisateur base sa stratégie dans ces pays d'Afrique subsaharienne sur plusieurs études qui prédisent que le volume des ventes y doublera d'ici 10 ans, pour générer 5 000 milliards de dollars par an. De nombreuses marques, notamment H&M et Primark, s'approvisionnent également déjà dans cette région.

Il semble donc logique que des pays comme l'Afrique du Sud, l'Éthiopie, le Kenya, l'Ouganda, la Tanzanie et l'Égypte joueront un rôle important dans la construction d'une industrie productive et bénéfique, où la production resterait, autant que possible, sur le continent, afin de contribuer à sortir l'Afrique de sa position défavorisée sur la scène économique internationale. Dans le même temps, le « style africain » fait fureur sur les défilés, pas seulement à cause de son parfum ethno-chic, mais aussi parce que nombreux créateurs d'origine africaine donnent une nouvelle interprétation à leur propre culture. 

Conclusion : le secteur suit de très près ces nouveaux pays et commence même à s'y engager. Et le lancement de ces nouveaux salons témoigne de leur croissance : les organisateurs pensent que ces marchés sont dorénavant stables d'un point de vue politique et prêts à entamer une phase de croissance significative ces prochaines années. Les salons vont aussi jouer leur rôle et stimuler la croissance, en aidant les petites et moyennes entreprises à tester des marchés qu'elles n'auraient jamais pu atteindre autrement. Seul le temps dira si cette stratégie porte ses fruits. Quoi qu'il en soit, la caravane des salons textile avance et chaque acteur du marché a à choisir s'il se place en tête ou en queue. Les organisateurs précédemment cités ont semble-t-il choisi la première option.

Traduit par Paul Kaplan

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