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Marguerite Capelle
Publié le
3 mars 2021
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La créativité des étudiants en master de l’IFM a ouvert la Fashion Week de Paris

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Marguerite Capelle
Publié le
3 mars 2021

La Fashion Week de Paris n’a jamais été la plus accessible pour les jeunes espoirs, mais on a assisté lundi à une évolution majeure pour combler cette lacune, alors que les étudiants en master de l’Institut Français de la Mode faisaient l'ouverture de la saison des défilés.


Johanna Imbach - Photo: Institut Français de la Mode - Foto: Institut Français de la Mode


Même en tenant compte du fait que cette saison est massivement numérique, cela représente un changement monumental à Paris, dont la scène mode a toujours été dominée par les géants du luxe et les incontournables créateurs indépendants d’avant-garde. A Londres en revanche, les défilés des diplômés de Central Saint Martins ou des jeunes talents frais émoulus de la fac de Fashion East se voient régulièrement proposer des créneaux au programme.

Offrir aux étudiants en Master de l’IFM la case inaugurale du programme officiel de la Fédération de la Haute Couture et de la Mode, un rêve inimaginable, est un signal clair de la part de l’establishment français, qui montre son ambition de faire de l’IFM l’une des cinq meilleures écoles de mode du monde.

L’institut est unique sur le plan international, puisqu’il propose trois domaines d’études distincts : la création de mode, la technique ou « savoir-faire », et le management du luxe.

La vidéo du programme de Master, dévoilée lundi après-midi à 17h30, a été réalisée par une promotion qui accueille 70 étudiants par an, dont 20% de Français et le reste venu du monde entier. A en juger par ces dix minutes d’images, l’IFM démarre fort, avec plusieurs étudiants dotés d'une tonne de talent.

Prenez par exemple James Giltner, du Colorado, donc le concept s’inspire d’un grand magasin Printemps brièvement ouvert à Denver il y a près de 40 ans.


James Giltner - Photo: Institut Français de la Mode - Foto: Institut Français de la Mode


« Ca n’a pas marché, ça a fermé et c’est devenu un centre médical. Alors j’ai imaginé emprunter les escalators de cet espace élégant pour donner mon sang, en voyant défiler les souvenirs de cette formidable mode d’avant-garde du Paris des années 1980 », expliquait Giltner, lors d’une présentation intime organisée par une dizaine d’étudiants avant la projection. Le résultat : une série d’excellentes créations fantasmagoriques en maille, tricotées autour de câbles électriques pour donner naissance à un look de déesse intergalactique.

La française Johanna Imbach optait quant à elle pour une approche plus scientifique, mais toujours en utilisant la maille. Elle associe cotons et laines classiques à des fils high-tech pour développer de brillantes créations sculpturales. Des robes et des combinaisons à mémoire de forme faisant naître des damiers high-tech et des images d’aristocrates de la Renaissance, parfaites  pour les plus grandes rock stars.

Ou encore Mudassir Mohammed, dont la famille est originaire d’Hyderabad, et qui intègre le souvenir de la fin du règne colonial en Inde dans plusieurs looks remarquables – des tuniques en double épaisseur de tissu madras à carreaux blancs, ou de super manteaux traditionnels d’hommes dans des versions revisitées.

Les étudiants en Master de l’IFM avait aussi tout ce qu’il faut de peps en matière d’accessoires. Comme Agathe Pornin, une Française qui a imaginé une série d’escarpins, bottes et talons hauts – tous enveloppés de cuir ou même de denim, comme quelque chose qui aurait poussé naturellement. Ou encore Luca Tessarin, un Italien inspiré par son confinement dans la campagne lombarde pour développer des sacs en cuir malléables, évoquant les concepts de l’atelier de design de Gio Ponti.


Mudassir Mohammed - Photo: Institut Français de la Mode - Foto: Institut Français de la Mode


Tous ces accessoires ont été élaborés dans l’atelier de l’IFM, qui dispose de machines de pointe pour former ses étudiants – jusqu’aux imprimantes 3D. Ces dernières ont permis à Xavier Chane Li Sek de produire une formidable collection de chaussures, avec notamment une séries de bottines élastiquées bien vues, dotées d’audacieuses semelles en pneus de mini-tracteurs (imitant les champignons de sa jeunesse en Asie du sud-est) imprimés en 3D. Il a aussi suscité l’enthousiasme avec une paire de talons fantasmatiques ornée de cuirs patinés, qui paraissaient presque vivants.

Les étudiants de Master composent la première promotion du campus nouvellement créé de l’IFM, un grand bâtiment vert face à la Seine, près de la Gare d’Austerlitz dans le XIIIème arrondissement. L’IFM résulte de la fusion entre l’école de commerce de la mode fondée par Pierre Bergé en 1986 et l’Ecole de la Chambre Syndicale, sans doute la meilleure école de modélistes du monde. L’institut a ouvert en bordure de fleuve dans une vaste structure verte que beaucoup surnomment Les Docks, et compte désormais près de 800 étudiants.

Grâce à 20 millions d’euros d’investissement de la part de la Caisse des Dépôts, propriétaire du bâtiment, pour rénover ce dernier, ainsi que 10 millions injectés par de grandes maisons parisiennes – comme Chanel, Christian Dior, Hermès et Yves Saint-Laurent – l’école semble en passe de concurrencer les formations de mode les plus réputées (le FIT à New York, CSM à Londres, l’Académie d’Anvers, La Cambre à Bruxelles et Marangoni à Milan).


Agathe Pornin - Photo: Institut Français de la Mode - Foto: Institut Français de la Mode


« Nous sommes une organisation à but non lucratif et nous n’avons qu’un objectif : accompagner et produire les meilleurs étudiants qui soient pour le secteur de la mode et du luxe. Et ça aide d’avoir le soutien de toutes ces grandes maisons parisiennes. Dans quelle autre ville au monde pourrait-on trouver des experts d’un tel niveau pour enseigner à nos étudiants ? » souligne Xavier Romatet, directeur de l’institut.

L’IFM dispose à présent d’un impressionnant campus de 8.000 mètres carrés, de salles de cours spacieuses et de machines professionnelles de pointe dans un fab lab. Les leaders du marché français ont également fait de gros efforts pour encourager la diversité géographique et sociale. Près de 100 étudiants sont actuellement apprentis auprès de marques parisiennes ; tandis qu’à l’international, plus de 40 pays ont maintenant des étudiants inscrits à l’IFM.
 

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