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20 juil. 2021
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La crise du fret maintient marques et fabricants sous pression

Publié le
20 juil. 2021

La crise du fret se poursuit, causant prix prohibitifs, retards et pénuries de matières premières à travers le monde. Alors que l'Europe entend se pencher sur la question, l'American Apparel & Footwear Association (AAFA) réclame de Joe Biden un soutien face aux risques d'inflation et de présentoirs vides dans les enseignes d'habillement.


Shutterstock


 
Début juillet, la crise du transport de marchandises portait à 7.000 dollars un trajet entre la Chine et la côte Ouest américaine. Une multiplication par trois en un an, qui souffre en outre d'un comparatif défavorable, l'été 2020 ayant déjà connu des tarifications hors-normes. Et la flambée heurte désormais pleinement l'Europe, avec désormais plus de 10.000 dollars pour un trajet Chine-Europe, contre 1.600 dollars un an plus tôt. Des montants causant des arbitrages budgétaires dans lesquels s'invite par ailleurs l'épineuse question des délais et retards.

"Nous sommes pratiquement à court de navires et de conteneurs vides, ces derniers étant pratiquement tous au mauvais endroit, à savoir partout ailleurs qu'en Asie prêts à être chargés", expliquait récemment à l'AFP le dirigeant du cabinet de consultant Sea Intelligence, Alan Murphy. Une situation qui ne doit cependant par faire oublier que les prix d'avant-crise étaient artificiellement bas, du fait d'une surcapacité des affréteurs. "Les compagnies maritimes perdaient littéralement de l'argent à chaque fois qu'elles déplaçaient une boîte", rappelle le spécialiste.

Cette crise du fret a été déclenchée d'une part par la mise à l'arrêt de la production chinoise au tout début de la crise sanitaire. Mais, alors que les productions reprenaient au printemps 2020, c'est au tour de l'Occident d'avoir connu une vague de confinement. Mettant en suspens la demande et causant l'annulation de nombreuses commandes, mais enrayant aussi leurs productions destinées à l'Asie. Plutôt que de repartir à vide vers la Chine, les affréteurs étaient donc restés en attente dans les ports occidentaux.


Prix moyen en dollars par conteneur de quarante pieds, et répartition mensuelle des trajets - Banque Centrale Européenne (BCE)



"Les transporteurs facturent aux expéditeurs 4 à 5 fois les tarifs contractuels et continuent à les faire débarquer ("rolling them off", ndlr) des navires (expéditions reportées, ndlr)" indique l'AAFA dans une lettre adressée à Joe Biden, et listant les écueils rencontrés sur les ports américains. Dont le manque de grue pour charger des conteneurs en sous-nombres, le manque de quais capables d'accueillir les plus gros navires (à même de rendre le voyage moins onéreux), ou la faiblesse de capacité du côté des alternatives aériennes.

Délais, pénuries et annulations de commandes



En Europe, l'impact de cette crise fait principalement parler au travers de son impact sur le secteur du bâtiment. Les pénuries de matériaux ont ainsi été évoquées par le président Emmanuel Macron le 12 juillet dernier, tandis que l'UE planche de son côté pour prévenir les risques d'inflation possibles à moyen et long terme.

Dans le textile-habillement, où les donneurs d'ordres européens restent quoiqu'il arrive prudents face au spectre croissant d'une "Vague Delta" sur le Vieux Continent, les prix du fret auraient conforté les marques dans leur volonté de réduire l'amplitude de leurs collections. Mais, selon certains représentants de la filière, la situation profiterait aussi à l'industrie européenne elle-même, les marques y trouvant des capacités de productions plus courtes en Asie, mais également plus rapide et moins onéreuse en transport. Un phénomène dont l'après-crise permettra de mieux apprécier l'amplitude réelle.



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Une situation qui inquiète des pays de sourcing, comme le Bangladesh, deuxième fournisseur de l'UE en habillement. La BGMEA (Bangladesh Garment Manufacturers and Exporters Association et la BKMEA (Bangladesh Knitwear Manufacturers and Exporters Association) pointent que confinements et crises maritimes font que les façonniers mettent un mois à recevoir leurs matières premières. Et le manque de capacité de fret aurait poussé les exportateurs à proposer aux marques de repousser à juillet des expéditions prévues en mai. Induisant un risque d'annulation des commandes auprès d'industriels déjà fragilisés.

En attendant que l'ensemble des ports mondiaux ne retrouvent des conteneurs à disposition, les armateurs connaitraient une bonne santé financière inédite. Les incontournables AP Moller-Marsk et CMA-CMG affichaient respectivement 2,7 et 2 milliards de dollars de bénéfices nets sur le premier trimestre 2021. Soit respectivement quatorze et quarante fois les niveaux affichés l'année précédente.

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