La démesure de Y/Project, la mesure d’Ann Demeulemeester

Glenn Martens poursuit pour sa marque Y/Project ses expérimentations dans la construction des vêtements entre opulence et glamour décalé, tandis que Sébastien Meunier exalte la poésie d’Ann Demeulemeester en lui apportant une dimension spirituelle cette saison. Le premier, un Flamand à Paris, et le deuxième, un Parisien à la direction artistique d’une maison anversoise, ont éclairé la Semaine de la Mode, jeudi, d’une lueur singulière.


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Y/ Project - automne-hiver 2019 - Womenswear - Paris - © PixelFormula

Avec la collection automne-hiver 2019-20, Glenn Martens, qui a remporté le prix de l’Andam 2017, a laissé une fois de plus libre cours à son inventivité bouillonnante, ne s’autorisant aucune limite. Les thèmes développés dans ses collections précédentes évoluent, comme les trompe-l’œil, les pièces qui se dédoublent ou fusionnent, tandis que de nouvelles pistes s’ajoutent. A l’instar des cages tressées en faux cuir, qui permettent de sculpter une silhouette avec des vestes galbées et des jupes trapèze.

La fourrure (également fausse) apparaît dans des doublures ou pousse sur les manches d’un manteau chevron en laine. Ou encore, des baleines créent des volumes majestueux dans des robes de soirée, comme celle à longue traine portée par Sevdaliza, la chanteuse irano-néerlandaise Sevda Alizadeh.

La collection est ultra-dense avec une multitude de trouvailles : la robe-combinaison à fine bretelles en velours côtelée, les bottes de sept lieues toujours plus gigantesques, les manteaux composés comme un puzzle de pans de velours ou de peau retournée cousus de manière organique, les robes construites en fines lamelles brillantes, tels des rubans métalliques, etc.

« C’est à chaque fois une évolution avec des ajouts. Nous avons tellement de choses à dire qu’une collection ne suffit pas ! L’essentiel est de continuer à s’amuser en mêlant opulence et artisanat », confie le créateur en backstage, qui donne aussi une grande impulsion à ses accessoires avec des sacs originaux et des bijoux sculpture étonnants.


Ann Demeulemeester automne-hiver 2019/20, (c) DM/FNW

Le registre est totalement opposé chez Ann Demeulemeester, mais non moins intéressant. La collection s’articule autour de longues robes qui glissent avec sensualité sur le corps. Ces vêtements, qui flottent avec légèreté au gré des pas, sont fabriqués dans des étoffes impalpables comme la soie, le satin ou la viscose dans des tonalités intenses (rouge, rose, jaune doré, violet).

Ces couleurs, plutôt rares chez Ann Demeulemeester, sont inspirées de la palette de l'artiste américain James Lee Byars, particulièrement connu et apprécié à Anvers, où il a réalisé de nombreuses performances, et qui constitue le point de référence de cette collection.

D’autres tuniques, en mailles-résille noire, laissent transparaître le corps. D’autres modèles, encore, dans des tissus damassés tombent jusqu’aux pieds, tout comme ces maxi-gilets en velours soyeux ainsi qu'un infini manteau en laine beige. Des chapeaux haut, des gants glamour en cuir et des colliers-plastrons en plumes achèvent de définir la silhouette. 

Il se dégage de l’ensemble une sensation quasi spirituelle, entre les longues tuniques façon gourou indien ou ces manteaux sombres cintrés par une corde qui font penser aux soutanes des moines. « J’ai accentué cette idée de pureté propre à Ann Demeulemeester. Il y a un vrai rapport avec la beauté, la perfection et quelque chose de plus spirituel », nous explique Sébastien Meunier, qui a repris les rênes de la marque depuis le départ de sa fondatrice en 2013.

 

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