×
7 321
Fashion Jobs
keyboard_arrow_left
keyboard_arrow_right

La Fabrique Nomade, un atelier pour aider les artisans migrants à s'insérer

Auteur :
Publié le
today 20 mai 2019
Temps de lecture
access_time 3 minutes
Partager
Télécharger
Télécharger l'article
Imprimer
Cliquer ici pour imprimer
Taille du texte
aA+ aA-

C’est par hasard qu’un jour, en rangeant des placards, Inès Mesmar découvre le métier d’origine de sa mère. Celle-ci était brodeuse dans la médina de Tunis mais n’a jamais pu exercer en France. Marquée par cette histoire, cette responsable de formation pour un groupe de presse professionnel décide de lancer en 2016 la Fabrique Nomade : un espace, installé au 1 bis, avenue Daumesnil dans le XIIème arrondissement parisien, qui accueille toute la semaine des migrants et des réfugiés, artisans dans leurs pays d’origine, pour les aider à mettre en valeur leur savoir-faire.
 

Maïmouna Diallo, couturière et styliste - La Fabrique Nomade


Pour faire tomber les barrières que peuvent rencontrer les migrants et réfugiés dans le monde de l’emploi (la langue, le manque de réseau, le peu de reconnaissance en France pour les expériences étrangères), la Fabrique Nomade propose un parcours d’accompagnement pour se familiariser avec les codes et le milieu du travail hexagonal.

A compter de cette année, les promotions seront composées de dix réfugiés et migrants (auparavant six), qui vont bénéficier de six mois d’accompagnement, puis de trois mois d’insertion professionnelle. Pour les sélectionner, l’association travaille en collaboration avec des structures d’accueil et organise des entretiens avec les candidats.

Ceux-ci doivent avoir une dizaine d’années d’expérience, parler de leur savoir-faire, expliquer leur spécialité… Il faut aussi qu’ils soient prêts à suivre une formation engageante (trois jours par semaine), certes gratuite mais non rémunérée. « C’est un pari sur l’avenir, qui nécessite un engagement total », explique Ghaïta Tauche-Luthi, chargée de la communication de l’association.
 

Hafizullah Tajik, couturier - François Hebras


Pendant ces trois trimestres, ils pourront prendre des cours de français et devront collaborer durant deux mois avec un designer résidant en France à la création d’un objet, reproduit dans une série de 50 pièces. Celui-ci est destiné à être vendu à la Fabrique Nomade, à des prix oscillant entre 70 et 200 euros, une partie de la recette revenant aux migrants et réfugiés.
 
En parallèle, ceux-ci animent des ateliers d’artisanat à destination du grand public au sein de la Fabrique Nomade, mais aussi dans des entreprises, dans le cadre de sessions de team building par exemple.
 
Avec pour partenaires les Ateliers de Paris, qui émanent de la direction de l’emploi de la Ville de Paris et visent à valoriser le travail des professionnels du design, de la mode et des métiers d’art installés dans la capitale, ainsi que de l’Institut des métiers d’art ou encore l’Atelier Caraco, la Fabrique Nomade lance fréquemment des appels à candidature pour trouver des artisans désireux de s’impliquer dans la démarche d'accompagnement de l’association auprès des réfugiés et immigrés. Plusieurs fondations la soutiennent aussi, en attendant que, peut-être, maisons de luxe, écoles et marques de mode rejoignent l’initiative.
 

Ablaye Mar, couturier, avec Sabatina Leccia, designer - Romain Godin


En plus, la Fabrique Nomade est en train de monter sa première certification avec un organisme agréé, reconnaissant l’employabilité et la capacité d’adaptation de la personne à une entreprise, en vue de favoriser l’insertion professionnelle de ces artisans.

Sur la dernière session d’accompagnement, la moitié des participants sont aujourd'hui en contrat d’intérim, CDD ou CDI avec des entreprises où ils peuvent exercer la profession de leur vie d’avant. C’est par exemple le cas de Fadila Klich, qui travaille aujourd’hui en tant que couturière dans une maison de luxe. Pour les autres, lissiers (ceux qui réalisent les tapisseries), menuisiers, vanniers, bijoutiers, potiers, staffeurs, métalliers ou encore perliers d’art, ils naviguent entre entretiens d’embauche et missions en auto-entrepreneur pour réussir à vivre de leur métier d’art.

Tous droits de reproduction et de représentation réservés.
© 2019 FashionNetwork.com