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19 nov. 2020
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La filière chaussure inquiète de l’impact du reconfinement

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19 nov. 2020

Il est des podiums sur lesquels on ne souhaite pas figurer. En 2020, le commerce de chaussures accuse, selon la fédération Procos, un recul de 27,5% à fin octobre. Un repli qui place le secteur au triste rang de troisième secteur de la distribution le plus affecté depuis le début de l’année, derrière la restauration (-32,9%) et les commerces de jouets et loisirs (-29,5%). Même lors du mois d’octobre, pas encore reconfiné, le secteur accusait un recul de plus de 14% par rapport à la même période par rapport à 2019.


Artisan travaillant dans la cité de la chaussure à Romans, en 2019 - AFP Archives


Nécessairement le secteur fait partie de ceux qui appellent à un déconfinement le plus rapide possible pour permettre à ces acteurs, enseignes comme chausseurs indépendants, de pouvoir reprendre leur activité. La fédération française de la chaussure (FFC) "plaide pour la réouverture des magasins au plus vite, dans le respect d’un protocole sanitaire renforcé et une extension des heures et jours d’ouverture", appuie Michelle Bonnet, déléguée générale de l’organisation.

Avant ce second confinement, l’industrie tentait de s’organiser face aux impacts des deux mois de fermeture du printemps. Car, avec les revendeurs qui sont menacés, c’est toute une filière qui est en sursis. Les industriels français de la chaussure, même si certains ont pu se convertir un temps à la fabrication de masques, ont ainsi vu la campagne de vente pour le printemps-été 2021 être très perturbée.

"Beaucoup de salons professionnels ont été annulés, souligne Michelle Bonnet. Nous avions engagé de longue date la question de la digitalisation en soutenant nos adhérents pour qu’ils soient sur des plateformes numériques. Nous avons aussi créé un showroom numérique. Chaque marque dispose de son espace pour présenter son offre aux acteurs du retail". Une trentaine de marques homme, femme, enfant sont déjà présentes et cet outil a vocation à accompagner la prospection des acteurs en France mais aussi à l’international.

Pour faire face à cette crise, les entreprises, même chahutées, doivent ainsi investir pour renforcer leur présence sur le digital mais aussi leur capacité à se démarquer.

"Pendant le confinement, tous les acteurs qui avaient un site ont eu un retour intéressant, estime Régis Feuillet, président de la FFC. Les entreprises n’osaient pas forcément auparavant avoir leur propre site pour ne pas concurrencer les détaillants avec qui elles faisaient 80% de leur chiffre d’affaires. Mais les choses évoluent. Beaucoup d'entre elles ont dû se restructurer et sont allées vers des stratégies de marque en propre. Nous les accompagnons, par exemple sur la stratégie réseaux sociaux. Nous vivons une période de transition. Le commerce du futur pour ces entreprises s’articule aussi avec une marque qui est reconnue, qui exporte, qui est omnicanale."

Dans cette idée, le made in France peut être un atout, associé à une approche responsable et une amélioration des process. L'annonce de la mise en place d'une unité de production de chaussures de performance en Ardèche a d'ailleurs suscité beaucoup d'intérêt en septembre. Des critères qui peuvent faire la différence en France mais aussi à l’export: un relais pour de nombreux acteurs. Pour des entreprises dynamiques de la filière, le plan de relance annoncé en septembre pourrait constituer un tremplin pour valider des projets. Du côté de la FFC, une dizaine de projets ont d’ailleurs été répertoriés. Un projet d’usine du futur est en parallèle mené afin de robotiser l’industrie avec des aides pour la modernisation des outils de production mais aussi l’acquisition de logiciels ERP, PLM, CRM…

La fédération travaillait aussi à la mise en place d’un outil d’autodiagnostic sur les sujets de la responsabilité sociale et environnementale pour début 2021. Mais avec ce second confinement, les cartes des priorités des industriels, qui ne disposaient que de quelques mois de visibilité sur leurs carnets de commandes, ont une nouvelle fois été rebattues.

"L‘impact du reconfinement à cette période cruciale pour les ventes sera extrêmement important pour les boutiques de chaussures tout comme sur l’industrie en amont, même pour les maisons les plus stables, souligne Michelle Bonnet. Pour ceux qui font du BtoC, l’e-commerce est loin de compenser le manque à gagner des magasins. Avec la fermeture des rayons non essentiels dans la grande distribution, les entreprises qui travaillent l’article d’intérieur sont encore plus pénalisées que lors du premier confinement. La production tourne donc au ralenti pour les entreprises qui fournissent du réassort."

Alors qu’à la rentrée, les industriels misaient sur un rebond de l’activité dès début 2021, ils savent à présent que les commandes de l’automne-hiver prochain seront fortement impactées. A voir si les projets de modernisation et de digitalisation pourront être menés et leur permettre de traverser cette période.
 

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