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La Haute Couture virtuelle débute sous un déluge d’images, de surprises et d’émotions

Publié le
6 juil. 2020
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4 minutes
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Paris voulait surprendre et marquer les esprits avec son dispositif digital. Défi réussi à en juger par la première journée, lundi, de la toute première Semaine de la Haute Couture dédiée à l’automne-hiver 2020/21 déclinée en format numérique. Avec sa plateforme à multi entrées et les créations visuelles des maisons, la Fédération de la Haute Couture et de la Mode (FHCM) a su susciter la curiosité en attirant les regards tout le long de la journée.
 

La robe de Maison Rabih Kayrouz - Julien Thomas Hamon


C’est Naomi Campbell, à la surprise générale, qui a donné le coup d’envoi en inaugurant la Fashion Week sous le signe de la diversité. Fixant la caméra droit dans les yeux, visiblement émue, elle nous reçoit dans son salon, ses longs cheveux relâchés sur ses épaules. "la lutte pour la diversité et l'égalité dans la société actuelle et dans l'industrie de la mode a encore un long chemin devant elle. Aujourd'hui, en 2020, nous avons encore un long chemin à parcourir. Il est temps de faire changer les choses", clame-t-elle.
 
Le ton est donné. La top-modèle lance un appel au monde de la mode et en particulier aux acteurs de la couture parisienne pour réagir et faire bouger les lignes, en écho au mouvement Black Lives Matters, qui a secoué les Etats-Unis et le monde récemment. "Le temps est venu de construire une industrie plus équitable", incluant les minorités, souligne-t-elle.

Son introduction sera suivie par une douzaine de vidéos offrant tout au long de la journée un cocktail intense et surprenant d’approches, de sensations, de réflexions autour de la créativité et du confinement, racontant chacune une histoire particulière.
 
Certaines maisons n’ont pas hésité à sortie du contexte couture, du conte onirique imaginé par Dior au mythe d’Electre revu en version de film noir chez Antonio Grimaldi, ou encore le clip déjanté d’Azzaro. Ce n’est pas un hasard d’ailleurs si ces trois films ont été réalisés par des cinéastes de renom, soit respectivement par Matteo Garrone, Asia Argento et Lukas Dhont.
 
C’est la première fois probablement qu’une Fashion Week permet de plonger en une seule journée dans des univers aussi multiples et différents. Tour de Babel, où raisonnent toutes sortes de langues, nous promenant de New York à Paris, en passant par Rome, Beyrouth et la Russie.

La plupart des collections sont très restreintes -Covid-19 oblige-, les vidéos donnant à voir quelques looks au maximum. Seul Georges Hobeika a filmé un véritable défilé présentant de nombreuses silhouettes, sans oublier le final avec la traditionnelle robe de mariée.

Ulyana Sergeenko met en avant la dentelle - Nick Sushkevich

 
Parfois une seule silhouette suffit à illustrer le propos comme chez Iris Van Herpen ou Maison Rabih Kayrouz. Chez la première, des billes noires se rassemblent comme aimantées pour former le dessin qui ennoblira une robe sculpture plissée blanche dans une atmosphère magique futuriste.
 
Rabih Kayrouz a choisi quant à lui de construire sous nos yeux une merveilleuse robe virevoltante à partir de rubans et d’un bout de ficelle… Ou comment se débrouiller en temps de confinement avec peu de moyens et beaucoup de talent. Sans aucun doute le plus beau film de cette première journée.
 
Il nous touche par sa simplicité et par sa conclusion poétique, avec ce poisson rouge qui tourne en rond dans son bocal. A l'instar de la modèle danseuse, revêtue de cette robe orange impeccablement construite juste par le biais de galons et d'un jeu de coulisses, tournoyant dans le studio vide où elle est confinée. Tout est dit en quelques images.
 
Autre référence au confinement, l’américain Daniel Roseberry, resté bloqué aux Etats-Unis. Le directeur artistique de Schiaparelli, nous emmène ainsi, son carton sous le bras, en ballade dans un parc de New York, où il a dessiné les croquis de sa collection. Le crayon ou le pinceau qui tracent les premières lignes de ces robes couture, reviennent souvent dans les vidéos. Au-delà du processus de création, c’est aussi et surtout l’atelier et les gestes des petites mains qu’ont voulus mettre en avant les couturiers.
 
Chez Rabih Kayrouz, les mains, jeunes et moins jeunes, improvisent ensemble une danse orientale en mimant l’acte de coudre. Chez Ulyana Sergeenko, des ouvrières s’affairent sur les machines à coudre, tandis que les broderies sont dessinées à la main et minutieusement réalisées. Chez Raph & Russo, la britannique Tamara Ralph peint les motifs fleuris des robes de sa collection, qui prend forme sous nos yeux.
 
Il est beaucoup question d’atmosphère et d’inspirations aussi.  Ainsi, les toits de Paris et leur palette sombre amènent à la collection de Maurizio Galante, tandis que Giambattista Valli fait défiler à l’écran, en parallèle, ses créations couture et les lieux qui les ont inspirées (Paris et paysages de nature).

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