La menace d'un Brexit dur fait réagir de grands groupes

Alors que l’accord négocié par Theresa May avec Bruxelles a été repoussé par le Parlement britannique installé dans le palais de Westminster, la menace d’un Brexit dur se précise. Michel Barnier, négociateur pour l’Union européenne, a réaffirmé ce mercredi dans un entretien au quotidien Le Monde que le traité conclu avec la Première ministre anglaise « est le seul possible ». Même si le Français laisse la porte entrouverte à un report du Brexit, officiellement, le Royaume-Uni doit quitter l’UE dans 65 jours. Une date qui intensifie la pression. Si bien que plusieurs grands groupes, notamment du secteur de l'habillement et du luxe, sont montés au créneau.


Michel Barnier, négociateur pour l'Union européenne

Lundi, Kasper Rorsted, directeur général du groupe Adidas, s’exprimait clairement sur la situation dans le Süddeutschen Zeitung, expliquant que la sortie de la Grande-Bretagne est « la décision économique la plus stupide depuis longtemps, la pire qui puisse arriver ». Le dirigeant danois, à la tête du groupe aux plus de 21 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2017 a même réaffirmé son propos sur CNBC mardi : « La plus grande préoccupation est en réalité l'impact européen d'un Brexit potentiel. Il est très souvent décrit comme un événement isolé, mais cela aura un impact global sur l'économie européenne. L'Europe représente environ 30 % de nos activités ».


Kasper Rorsted - Adidas

Forcément concernées au premier chef, les entreprises britanniques craignent aussi les conséquences d’un Brexit dur. Burberry a ainsi déclaré mardi qu’un Brexit sans accord lui coûterait plusieurs dizaines de millions de livres sterling en droits de douane et perturberait significativement les échanges de tissus et de produits finis entre ses fournisseurs, ses sites de fabrication et ses magasins. « Nous prenons des mesures pour en atténuer les effets », a déclaré la directrice financière, Julie Brown, après que le groupe de luxe britannique a fait état d’une hausse de 1 % de ses ventes à magasins constants au troisième trimestre de son exercice 2018-2019.

« Si nous étions dans un scénario d’absence d’accord, nous serions soumis aux règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et, en l’absence de toute mesure d’atténuation, nos coûts de douane augmenteraient considérablement, de plusieurs dizaines de millions de livres », a-t-elle dit à la presse. « La chaîne d’approvisionnement connaîtrait des perturbations encore plus significatives, a-t-elle poursuivi, parce que Burberry a besoin de transférer rapidement des matières, des échantillons et des produits finis rapidement entre la Grande-Bretagne et l’Europe continentale. »


Julie Brown, directrice financière de Burberry

Burberry fabrique ses célèbres trench-coats dans le Yorkshire, dans le nord de l’Angleterre, et se fournit en autres produits, tels que des costumes de fabrication italienne, en Europe continentale. « Nous nous assurerions d’allouer des stocks supplémentaires dans les zones concernées afin de ne pas pénaliser les clients, mais cela aurait clairement un impact sur la société, car nous devrons gérer des stocks plus importants », a-t-elle ajouté.

Très concrètement, ce sont les démarches administratives au niveau des douanes, avec des déclarations d’importation et d’exportation pour les transports de marchandises, qui inquiètent le plus et vont avoir un impact direct. Les files d’attente aux frontières (actuellement quelque 10 000 poids lourds transitent quotidiennement par Douvres) pourraient s’avérer interminables et clairement affecter les livraisons de produits et de matières entre l’île et le continent.

Pour contrer les retards de livraison induits par les kilomètres de bouchons à la frontière entre le Royaume-Uni et la France que pourraient générer le Brexit, Arnaud Meysselle, le PDG de la marque de soins Ren Clean Skincare, propriété d'Unilever Prestige, indique notamment avoir pris les devants en ouvrant des entrepôts en Belgique.

Amazon a de son côté aussi recommandé à ses vendeurs au Royaume-Uni de stocker quatre semaines de produits d’avance pour répondre à la demande en Grande-Bretagne, mais aussi d’installer des stocks sur le continent pour répondre rapidement à la demande de ses utilisateurs internautes. Asos avait pour sa part annoncé accélérer au second semestre 2018 la mise en place de son nouveau centre de distribution à Berlin.

La Rédaction avec Reuters

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