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La mode britannique exploite ses travailleurs et pollue l’environnement, affirment des parlementaires

Par
Reuters
Traduit par
Clémentine Martin
Publié le
today 1 févr. 2019
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L’industrie de la mode britannique exploite les travailleurs et pollue l’environnement, deux points sur lesquels les grandes marques doivent impérativement agir rapidement, a affirmé jeudi un groupe de parlementaires.

Ils ont passé à la loupe 16 grandes chaînes dans le cadre d’une étude sur l’industrie de la mode britannique, qui pèse 32 milliards de livres (36,55 milliards d’euros). Bilan : les acteurs du secteur encouragent à la surconsommation, génèrent trop de déchets et sous-payent les travailleurs.


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« Basé sur l’exploitation des travailleurs et dangereux pour l’environnement, le modèle actuel de la mode doit changer », martèle le rapport.

Les Britanniques remportent la palme européenne du nombre de vêtements achetés par personne et par an. Pas étonnant, dès lors, que la « fast fashion », ces vêtements bon marché produits rapidement pour coller aux dernières tendances, ait connu un tel succès Outre-Manche.

Le Comité d’Audit Environnemental du Parlement anglais a demandé aux distributeurs de remplir un questionnaire concernant plusieurs thèmes comme la protection des travailleurs, l’utilisation de coton biologique ou durable, le contrôle du rejet de produits chimiques dangereux et la réutilisation ou le recyclage des invendus.

Seul un tiers des interrogés participe à un programme mondial pour assurer un salaire décent aux travailleurs du textile.

JD Sports, Sports Direct, TK Maxx, Amazon UK et les pure players Boohoo et Missguided sont désignés comme « les moins investis » dans la réduction de leur empreinte écologique, tandis que la marque de luxe Kurt Geiger n’a tout simplement pas répondu à l’enquête. Ce sont Asos, Marks & Spencer, Tesco, Primark et Burberry qui font apparemment le plus d’efforts.

Pourtant, Burberry a causé une polémique mondiale l’année dernière. La marque avait en effet admis avoir détruit près de 35 millions d’euros de produits invendus. Depuis, la griffe a cependant promis de faire amende honorable.

Selon les données de Greenpeace, 73 % des fibres textiles utilisées pour les plus de 100 milliards de vêtements produits chaque année finissent à la décharge ou incinérées après utilisation.

Les parlementaires ont aussi tiré la sonnette d’alarme après avoir entendu « des informations inquiétantes » concernant certaines pratiques dans la ville anglaise de Leicester, où 700 usines produisent environ un million d’articles par semaine pour des distributeurs tels que Boohoo ou Missguided. Ils affirment que certaines des usines « contournent la loi pour maximiser leurs profits ».

Un journaliste a notamment révélé au comité d’enquête que dans de nombreuses usines, le salaire moyen pour un travailleur textile était de 3,50 livres (4,00 euros) de l’heure, soit moins de la moitié du salaire minimum national.

Selon les informations des parlementaires, Boohoo et Missguided dressent les fournisseurs les uns contre les autres dans une guerre des prix afin de réaliser des économies. Boohoo a aussi été critiqué pour son attitude envers les syndicats.

Missguided, en revanche, semble avoir pris quelques mesures prometteuses et a décidé d’interrompre ses relations de travail avec 60 entreprises, d’interdire les paiements en espèces et de mettre à disposition des travailleurs une ligne téléphonique d’alerte.

Boohoo a déclaré à la Fondation Thomas Reuters vouloir améliorer sa responsabilité environnementale en introduisant des lignes de vêtements recyclés, mais n’a fait aucune déclaration concernant la protection sociale.

L’absence de réaction des principaux distributeurs est « choquante », s’insurge la présidente du comité, Mary Creagh. Selon elle, ce rapport va aider les clients à décider « s’ils ont encore envie de donner leur argent à une entreprise qui ne fait pas grand-chose pour protéger l’environnement ou garantir des salaires dignes de ce nom à ses travailleurs ».

Les membres du Parlement présenteront bientôt leurs recommandations au gouvernement afin de mettre en place une stratégie de résolution de ces problèmes.

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