Le Burkina étend la culture du coton transgénique, des ONG contestent

OUAGADOUGOU (AFP) - Le Burkina Faso compte ensemencer en 2009-2010 plus de 100 000 hectares de coton transgénique, dans l'espoir d'augmenter la productivité et les revenus des paysans, mais la polémique enfle à Ouagadougou sur cette expansion du coton promu par Monsanto.


Des agriculteurs burkinabès travaillent le coton à Pama, dans le centre du pays, le 22 janvier 2007 - Photo : AFP

Après l'Afrique du Sud, le Burkina est le deuxième pays d'Afrique subsaharienne à s'être lancé dans la production de coton génétiquement modifié.

L'an dernier, 8 500 hectares avaient été emblavés. "Cela nous a permis d'avoir suffisamment de semences pour nous permettre de vulgariser le coton transgénique cette année", explique à l'AFP un responsable de la Société des fibres et textiles (Sofitex), Georges Yaméogo.

Il s'agit maintenant d'ensemencer "118 000 hectares", selon le ministère de l'Agriculture.

Des chercheurs de l'Institut de l'environnement et de recherches agricoles (Inera) ont suivi les expérimentations dans des fermes, en collaboration avec la firme américaine Monsanto qui fournit le gène. Et la variété Bollgard II du groupe a été retenue.

Les promoteurs du coton Bt affirment qu'il présente au moins trois avantages: utilisation réduite des pesticides, augmentation de "30 %" des rendements à l'hectare, hausse des revenus des agriculteurs.

Comme ce coton a été génétiquement modifié pour résister à certains parasites, "les paysans feront des économies sur les pesticides", assure M. Yaméogo, qui renchérit: "La bonne santé des producteurs sera préservée par une utilisation moindre des insecticides."

Quant au professeur Allassane Séré, responsable d'une association favorable aux OGM, Burkina biotech, il fait valoir que "personne ne s'est inquiété jusqu'à présent des dégâts causés par les pesticides pour le traitement du coton conventionnel".

"Les eaux sont polluées, des poissons meurent, les insectes sont tués", assure cet ancien ministre de l'Agriculture.

Mais des organisations non gouvernementales (ONG) contestent vivement ces arguments.

Elles estiment que le coton Bt a échoué à apporter des avantages aux petits agriculteurs dans le monde et que sa culture est dangereuse à long terme pour l'environnement.

"Aucune expertise indépendante ne nous a montré l'innocuité de cette technologie ni de cette variété", dit l'écologiste Yacouba Touré, membre du Réseau des acteurs verts de l'Afrique de l'Ouest.

Le généticien Jean Didier Zongo, au nom de la Coalition de veille face aux OGM, rejette par ailleurs l'argument d'une importante hausse des rendements, "obtenus en stations, mais qui donneront autre chose chez les paysans".

Pour que le coton transgénique soit attractif, les sociétés cotonnières ont prévu de céder le sac de semences de 30 kg à 26 000 FCFA (39,6 euros), soit 100 francs (0,15 euro) de moins que le coton conventionnel.

M. Zongo redoute cependant qu'à long terme, la biotechnologie soit finalement inaccessible aux producteurs car "elle est vendue par Monsanto qui pourra renchérir les coûts".

Le contrat établi entre le groupe américain et les autorités burkinabè - courant jusqu'à fin 2010 - prévoit que les gènes demeurent propriété de Monsanto et que la variété appartient au pays.

Quant aux bénéfices sur la vente des semences, 60 % doivent revenir aux paysans qui les produisent, 28 % à Monsanto et 12 % à des structures de recherches sur le coton Bt, selon M. Séré.

"Comparez avec le mode de répartition des royalties en Inde ou en Afrique du Sud" où Monsanto opère aussi, lance M. Yaméogo, persuadé que le Burkina a su négocier un contrat avantageux.

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