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21 juil. 2020
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Le Blaudruck, une technique d'impression ancestrale qui perdure en République tchèque

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AFP
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21 juil. 2020

Olesnice (République Tchèque), 16 juil 2020 (AFP) - Pour Jiri Danzinger, le chemin de carrière n'a jamais été une question de choix: il a grandi dans une famille tchèque bien inscrite dans une longue tradition d'impression sur tissu.


L'artisan Jiri Danzinger dans son atelier, à Olesnice, dans l'est de la République tchèque, le 10 mars 2020. - Photo Michal Cizek/AFP



Au village d'Olesnice, dans l'est du pays, cet artisan de 40 ans représente la 11e génération vivant d'une technique d'impression sur bleu, classée au patrimoine mondial de l'Unesco.

"Personne ne m'a jamais forcé à le faire, mais je n'ai jamais eu d'autre offre d'emploi", sourit-il derrière ses lunettes, dans un des deux ateliers du genre en République tchèque, sa main reposant sur une repasseuse à rouleau séculaire.

Le Blaudruck, ou "modrotisk", qui a fait son chemin en Europe au XVIIème siècle, est basé sur ce qu'on appelle l'impression de réserve, utilisant un grand tampon en bois, frappé d'habitude d'un motif floral, que l'on plonge dans une pâte de gomme arabique. L'artisan applique ce motif sur un tissu de coton blanc, avant de le mettre dans un pot de teinture bleu indigo. Retiré, le tissu est bleu mais le motif reste blanc.

Trèfle et épi d'avoine



L'Unesco a inscrit la technique à sa liste du patrimoine culturel immatériel en 2018, sur la proposition conjointe de la République tchèque et de l'Autriche, de l'Allemagne, de la Hongrie et de la Slovaquie - où cette tradition a également survécu.

"Nous vivons dans une région pauvre, nous utilisons donc des motifs simples tels que le trèfle ou l'épi d'avoine", indique à l'AFP M. Danzinger, qui utilise, lui, 250 dessins différents. "Les régions plus riches utilisent des motifs plus sophistiqués", ajoute-t-il avant d'introduire le tissu dans la repasseuse.

Marketa Vinglerova, directrice adjointe de la collection textile du Musée des arts décoratifs de Prague, indique que cette technique est arrivée en Europe en provenance d'Asie, notamment des pays à teinture indigo traditionnelle tels que l'Inde, l'Indonésie et le Japon.

Grâce à la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, fondée au XVIIe siècle, elle a abouti à la cour néerlandaise, avant d'investir l'Europe centrale, dont les pays baltes et la Pologne.

"C'était populaire auprès des aristocrates, mais cela s'est ensuite propagé dans les petites villes et les villages, et la noblesse l'a abandonné", a expliqué Mme Vinglerova à l'AFP. "Pendant longtemps, c'était la seule technologie décorative accessible aux villageois", a-t-elle souligné.

La tradition de teinture d'Olesnice remonte à 1520. Avant l'indigo, les teinturiers utilisaient des feuilles de pastel pour obtenir du bleu sur des foulards, des couvre-lits et des tabliers.

Masques faciaux



L'atelier Danzinger fabrique toute une gamme de produits allant des peluches aux sacs, mouchoirs et cravates. Pendant la crise des coronavirus, il s'est lancé dans la fabrication de masques faciaux quand le gouvernement les a rendus obligatoires dans les lieux publics.

Du jour au lendemain, "nous nous sommes mis à fabriquer des masques à toute vitesse. Nous avons convenu que c'était nécessaire", indique M. Danzinger.

Son atelier a d'abord produit des masques en coton blanc distribués aux riverains, mais en a fourni plus tard aussi à la police, le pays souffrant d'une pénurie générale de matériel médical.

"Quand nous avons répondu à la demande, au bout de quinze jours nous avons commencé à imprimer nos masques. Nous en avons vendu plus de 1.000, à fin juin", précise M. Danzinger.

Dans la maison de village rénovée où il vit et travaille, Jiri Danzinger dit qu'il se sentait "une obligation" à vie de faire perdurer ce que ses ancêtres avaient commencé. "Les gens vont et viennent, mais le métier restera, espérons-le, pour toujours", constate-t-il.

Par Jan FLEMR

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