Le groupe de travail sur la sécurité des usines au Bangladesh bataille pour son maintien

Un groupe monté par des marques de textile européennes pour améliorer la sécurité dans les ateliers au Bangladesh cherche à repousser une décision du tribunal qui prévoit que ses opérations locales s’arrêtent cette semaine, selon les déclarations faites par le directeur exécutif mercredi.



Ce groupe comprend plus de 200 marques, parmi lesquelles des géants de la fast fashion comme H&M ou Inditex, le propriétaire de Zara, qui ont signé l’Accord sur la Sécurité Anti-Incendies et le Contrôle des Bâtiments au Bangladesh, à la suite de l’effondrement du Rana Plaza qui avait entraîné la mort de plus de 1 100 personnes en 2013.

Le pacte conclu pour une durée de cinq ans aurait dû expirer en mai 2018, mais les signataires ont convenu l’année dernière de le reconduire jusqu’en 2021 pour finir de résoudre les problèmes de sécurité, tandis que le gouvernement du Bangladesh a monté un organe national de régulation pour reprendre le flambeau.

La Haute Cour du Bangladesh a cependant statué en mai dernier à propos de cet accord, qui devait être abandonné le 30 novembre à la suite de la pétition d’un fabricant local de prêt-à-porter contre le pacte.

L’impossibilité pour le groupe d’inspecter les usines dans le cadre de cet accord pourrait pousser les marques à couper les ponts avec le Bangladesh, ce qui serait catastrophique pour l’économie de ce pays très dépendant des exportations de vêtements.

« Nous avons déposé un appel auprès de la Cour Suprême… et nous travaillons pour obtenir un sursis sur le jugement de la Haute Cour qui fermerait nos bureaux », soupire Rob Wayss, le directeur exécutif de l’accord, auprès de Reuters.

L’appel aura probablement lieu mardi, selon un représentant officiel du gouvernement qui a refusé d’être nommé (l’information n’est pas encore publique). Shamsuzzaman Bhuiyan, le directeur du département des inspections d’usines au ministère du Travail, a refusé de commenter, affirmant que l’affaire était entre les mains de la justice.

Les bas salaires ont aidé le Bangladesh à se placer comme deuxième acteur de l’industrie textile au monde après la Chine, avec 4 000 usines employant environ quatre millions de travailleurs. Le secteur exporte plus de 30 milliards de dollars (26,35 milliards d’euros) de vêtements en valeur par an, principalement vers les États-Unis et l’Europe.

Rob Wayss a déclaré que le groupe déplacerait ses bureaux à Amsterdam s’il devait quitter le Bangladesh car les membres sont encore liés contractuellement jusqu’en 2021.

Cependant, le déplacement des opérations en dehors du Bangladesh augmenterait probablement le coût de l’Accord et ferait du tort aux fournisseurs, affirme Rob Wayss.

« Pour l’instant, notre bureau est ouvert tous les jours de la semaine, nous pouvons étudier des designs ensemble, faire des retours », explique Rob Wayss. « Notre capacité à faire la même chose quand nous n’aurons ni bureaux ni infrastructures au Bangladesh sera réduite et cela fera du tort à l’industrie. »

Le ministre du Commerce du Bangladesh, Tofail Ahmed, a déclaré à Reuters la semaine dernière que l’accord n’était plus nécessaire puisque l’organe de régulation du gouvernement, la Cellule de Coordination et de Reconstruction, était capable de faire le travail.

Mais Rob Wayss affirme que cette structure gouvernementale est loin d’être prête à bien contrôler le secteur. « Cela va être préjudiciable pour cette structure : ils viennent tout juste de recruter leurs équipes, le système n’est pas bien en place et les ingénieurs ont besoin de beaucoup plus de formation, tout comme cela a été le cas pour les nôtres », regrette-t-il, ajoutant que les failles de sécurité de plus de 500 usines de l’accord sont toujours irrésolues.

Traduit par Clémentine Martin

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