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Publié le
26 mai 2011
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Le luxe confronté à une pénurie d'artisans

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Reuters
Publié le
26 mai 2011

Pour redorer le blason de l'artisanat, le Comité Colbert a pris une série d'initiatives, notamment par le biais d'une convention avec le rectorat de Paris, pour faire découvrir les métiers du luxe aux élèves de troisième.



"Trouver des compétences artisanales et motiver la jeune génération pour ce type de métier est un problème général à l'industrie française", remarque Elisabeth Ponsolle des Portes, déléguée générale du Comité Colbert, l'organisme qui représente soixante-quinze maisons dans le secteur du luxe en France.

"Aujourd'hui, il est difficile, par exemple, de trouver des fourreurs et de motiver des jeunes pour se former à ce métier", ajoute-t-elle, tout en soulignant que les métiers manuels sont dévalorisés dans la société française.

"Nous leur faisons visiter les ateliers de haute couture ou d'orfèvrerie et leur donnons la possibilité de discuter avec les artisans pour leur montrer que ces métiers sont considérés comme de véritables trésors pour l'entreprise", explique Elisabeth Ponsolle des Portes.
Le constat est similaire outre-Manche où le joailler britannique Theo Fennell estime qu'il est difficile de convaincre des jeunes de consacrer beaucoup de temps à acquérir des compétences rares pour, à l'arrivée, gagner moins que dans d'autres professions prisées par les jeunes de leur âge.

"On pourrait penser que les jeunes font la queue pour devenir apprenti, mais ce n'est pas le cas", a déclaré Theo Fennell, le fondateur et directeur artistique de la marque éponyme lors du sommet global du luxe et de la mode organisé par Reuters.

A Caudry, le berceau de l'industrie dentellière dans le Nord de la France, la transmission des savoir-faire artisanaux est une des priorités de sociétés telles que Sophie Hallette et Solstiss, deux fabricants de dentelles qui ont reconnu certains de leurs motifs dans la robe de l'épouse du Prince William.

Les dentelles de cette robe réalisée dans le plus grand secret par Sarah Burton pour Alexander McQueen, une des maisons du groupe PPR , ont été minutieusement assemblées à partir de différents motifs de dentelles anglaises et françaises afin de créer une pièce unique.

"Nous avons à coeur de pérenniser notre métier car c'est un savoir-faire rare. C'est un métier qui ne s'apprend pas dans les livres", souligne Maud Lescroart, directrice marketing et membre de la famille qui dirige cette société depuis trois générations.

Maud Lescroart précise qu'il faut environ sept ans pour former un tulliste, l'ouvrier-artisan chargé de faire fonctionner les métiers Leavers sur lesquels est tissée la dentelle.
La société Sophie Hallette, qui fabrique des dentelles pour des maisons de haute couture telles que Valentino, Christian Dior ou Jean-Paul Gaultier, emploie 200 personnes et forme environ 20 nouvelles recrues par an.

Hervé Protais, directeur commercial et administrateur de la maison Solstiss, un concurrent local, reconnait toutefois qu'il n'est pas toujours facile de motiver des jeunes pour travailler sur des métiers à tisser datant du XIXe siècle, nettement plus bruyants que des machines modernes.

"Les rythmes de travail sont également très irréguliers, puisque les cadences sont dictées par les cycles de collections dans le secteur de la mode et la haute couture", ajoute-t-il.
Hervé Protais insiste cependant sur le fait que Soltiss, qui travaille avec des maisons telles que Chanel et Givenchy, n'est pas confronté à des difficultés majeures de recrutement, la profession jouissant toujours d'une véritable reconnaissance sociale à Caudry et offrant de surcroît des salaires attrayants.

Les ouvriers tullistes, qui sont payés à la production, peuvent gagner jusqu'à 3.000 euros par mois, rappelle-t-il.

Durant la crise, qui a contraint les entreprises dentellières à licencier, le métier de tulliste a été très peu touché, ces compétences étant très difficile à retrouver lorsque l'activité redémarre, observe également Hervé Protais.

La question des savoir-faire se pose avec plus d'acuité dans l'horlogerie en Suisse, qui est actuellement confrontée à des tensions sur l'appareil de production face à l'engouement des consommateurs asiatiques pour les montres de luxe. L'horlogerie suisse connait actuellement une importante vague de recrutement.

Swatch Group , qui avait insisté sur la nécessité de maintenir les compétences pointues durant la crise, prévoit d'engager entre 1.000 et 1.500 personnes cette année. La semaine passée, son rival Richemont , propriétaire de la maison Cartier, a également annoncé qu'il envisageait de créer jusqu'à 800 emplois en Suisse.

"Nous devrons former les gens pour les postes que nous offrons. Nous nous attendons à ce que beaucoup de gens que nous recrutons découvrent l'industrie de l'horlogerie", reconnait Alan Grieve, le porte-parole du groupe.

Le groupe Richemont forme environ 65 horlogers par an. Vacheron Constantin, une des plus anciennes maisons d'horlogerie suisse entrée dans le groupe en 1996, forme actuellement douze apprentis et ce chiffre pourrait monter à seize d'ici deux ans, a indiqué Juan-Carlos Torres, le directeur général de la maison.

Selon les chiffres publiés par la Convention Patronale de l'Industrie Horlogère Suisse, 318 horlogers et métiers associés ont été formés en 2010, soit deux fois plus qu'en 2001.
Paul-Andre Hartmann, directeur d'une école spécialisée basée au Locle, le coeur de l'industrie horlogère suisse, souligne le danger pour toute la profession de voir les jeunes générations tourner le dos à ces métiers.

"S'ils disparaissent, toute l'industrie horlogère sera touchée", prévient-il.

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