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Le luxe contraint de réorganiser en profondeur sa supply chain

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today 25 oct. 2019
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"On ne peut plus réduire la supply chain au seul processus de production, elle doit être considérée désormais comme un véritable chef d’orchestre".  Par cette image, Flavio Sciuccati, senior partner de l’institut de recherche The European House - Ambrosetti résume le rôle central joué désormais par la chaîne logistique dans le secteur du luxe et de la mode, obligé de s’adapter en permanence à la demande frénétique du marché dans un contexte de plus en plus complexe.


La supply chain devient centrale dans la stratégie des marques - ph Dominique Muret


"Toutes les marques sont en train de créer des écosystèmes, dont la supply chain constitue le pivot central. Cela couvre la production, mais aussi le développement et la capacité, en particulier en Italie, de combiner toutes les compétences entre design, créativité, modélisme, prototypage, industrialisation, etc. », a expliqué Flavio Sciuccati en présentant ce lundi à Milan, dans le cadre du colloque MFGS Milano Fashion Global Summit 2019, une étude sur « Les stratégies des marques et la supply chain italienne ».

Ce choix géographique s’explique par le rôle prédominant acquis par le made in Italy dans le secteur du luxe, comme en témoignent les multiples manufactures implantées par les griffes internationales, notamment françaises, dans les différents districts italiens. Se garantir sa propre plateforme est devenu stratégique pour les maisons du luxe et les grands groupes comme Kering et LVMH l'ont bien compris en choisissant l'Italie pour y assurer la production en particulier de la maroquinerie et des chaussures.

Les auteurs de l'étude sont partis d'un constat : le client cible, qui va tirer la croissance de 130 % prévue d’ici à 2025 sur le marché du luxe, soit 80 milliards d’euros supplémentaires par rapport à aujourd’hui, est "jeune, hyper connecté et asiatique". Un cinquième seulement de ce marché sera représenté par l’Europe occidentale. Les chaînes logistiques des marques devront donc se réorganiser en profondeur pour faire front, dans ce nouveau scénario, à des cycles de mode toujours plus courts et une demande de moins en moins prévisible.

Les réseaux sociaux véhiculent désormais les tendances plus rapidement vers le consommateur avec un moindre contrôle des marques, ce qui rend plus difficile la planification des assortiments.Dans ce contexte, l’innovation devient un thème fondamental. "Les marques ne doivent plus prévoir les tendances, elles doivent les comprendre directement à travers les réseaux sociaux grâce à la data, aux algorithmes et à l’intelligence artificielle. Certaines entreprises sont en train d’étudier l’impact qu’auront leurs collections au moment de leur lancement et de construire leur stratégie de supply chain en conséquence", souligne le chercheur.

Le fret maritime, un mode de transport inadapté face aux cycles de produits de plus en plus courts



A cela s’ajoute la globalisation. "Les marques doivent être capables de lancer leur collection dans le monde entier au même moment. Cela demande un effort de synchronisation notoire pour parvenir à assurer la réalisation du produit et sa livraison au bon moment au bon endroit partout. Surtout en un temps limité, car les délais se sont réduits à trois mois entre le concept d’un projet et l’arrivée du produit en magasin. Faire voyager la marchandise par bateau pendant un mois n’est plus envisageable", indique-t-il encore.

De fait, les griffes et leur chaîne logistique vivent un moment de complexité sans précédent. Elles se retrouvent sous pression pour différents motifs. L’étude de The European House - Ambrosetti en met en avant quatre. En premier lieu, la multiplication des projets spéciaux, comme les collections capsules et autres collaborations. Puis l’augmentation de la fréquence des lancements, suivie par l’imprévisibilité des volumes et par les systèmes informatifs obsolètes.

Pour améliorer leur réactivité, les entreprises devront procéder à l’intégration de leurs processus internes, mais aussi à une majeure intégration avec leurs fournisseurs destinés à devenir des partenaires. "Cet impératif à être plus réactif lié au thème du développement durable va impliquer la mise en place d’une chaîne logistique de proximité. Ce qui est envisageable aujourd’hui puisque le différentiel des coûts de production entre les pays asiatiques et l’Europe n’est plus aussi significatif", estime Flavio Sciuccati.

"Travailler sur le développement durable et le digital représente une grande opportunité, mais cela implique d’être totalement transparent en travaillant sur la traçabilité de la production à travers toute la filière", conclut-il.
 

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