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16 nov. 2022
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Le renouveau du textile "made in France" menacé par le coût de l'énergie

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AFP
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16 nov. 2022

Des T-shirts "made in France" de la grande distribution aux vêtements de créateurs, le renouveau industriel du textile français entamé ces dernières années est aujourd'hui menacé par la crise énergétique.


Photo d'illustration - Shutterstock



Le maillon de la chaîne le plus touché par l'explosion des prix du gaz est celui de l'"ennoblissement" du textile, un secteur qui utilise des machines chauffées au gaz pour teindre, étirer, imprimer, imperméabiliser ou ignifuger des tissus, des rubans ou même des fils.

"Ce sont des cocottes-minutes, des autoclaves hermétiques, qui transforment les tissus grâce à la vapeur", explique à l'AFP Jérôme Lenfant, patron d'une teinturerie à Hem, près de Lille (Nord), qui emploie une dizaine de salariés.

Une centaine d'entreprises comme la sienne ont survécu aux délocalisations ayant décimé le secteur, qui n'emploie plus aujourd'hui que 60.000 personnes en France, contre 700.000 dans les années 1990.

Les entreprises d'ennoblissement s'accrochent, surtout dans le nord et en région lyonnaise. Ce sont souvent des PME familiales comme celle de M. Lenfant, fondée par son arrière-grand-père.

Mais en 2022, sa facture de gaz a plus que quadruplé: "Elle s'élèvera à plus de 500.000 euros contre 114.000 euros en 2021". Côté électricité, elle "sera de 80.000 euros contre 43.000 en 2021".

"Cela me fait très peur et on risque de passer à plus de 200.000 euros en 2023 si rien ne change", explique M. Lenfant qui ne sait pas encore comment il va trouver "plus de 500.000 euros juste pour l'énergie l'an prochain".

Depuis que les prix ont explosé, il est devenu accro au site EEX, qui publie les cours du gaz en temps réel pour espérer gagner quelques centimes par kilowatt à chaque commande passée avec son groupement d'achat.

"Heureusement que l'industrie du luxe français continue de nous faire travailler et accepte nos hausses de prix", dit-il. Cette année, ses tarifs ont augmenté à trois reprises, "de 34% au total".

Un de ses clients l'a lâché, parti se faire teindre ailleurs, dans un pays où le gaz coûte moins cher.

Nombre d'entreprises sont "obligées de réduire leur activité ou de recourir au chômage technique alors qu'elles ont des carnets de commande pleins, car plus elles produisent, plus elle s'appauvrissent", déplore Fabienne Delahaye, fondatrice du salon Made in France MIF Expo qui s'est tenu la semaine dernière à Paris.

"Si les ennoblisseurs disparaissent, il n'y a plus de filière textile française", s'alarme Olivier Ducatillon, président de l'Union des industries textiles (UIT).

"Survie"



Autour de ce secteur, tout un écosystème s'est créé ou recréé ces dernières années, avec des noms comme Spl!ce, Tranquille Emile, Sème, ou encore les jeans 1083 ou Tuffery.

Grâce au plan de relance, dans le premier pays producteur de lin textile du monde, deux filatures viennent d'être réimplantées, en Normandie et près de Paris, alors que la dernière filature française avait fermé il y a 20 ans", salue M. Ducatillon.

"Ca va être très dur de renouveler les contrats d'énergie au 1er janvier", dit-il, "il y a une vraie inquiétude de survie pour nombre d'entreprises".

Guillaume Gibault, fondateur de la start-up le Slip français et fer de lance de la relocalisation, reste optimiste. Pour lui, le "Made in France", s'il passe cette nouvelle crise, devrait avoir de beaux jours devant lui.

"D'ici 12 à 18 mois, le textile devra afficher son impact carbone sur ses étiquettes", note-t-il, et un T-shirt français émettra toujours moins de CO2 qu'un "made in ailleurs".

Le Slip français vient de lancer une structure de conseil spécialisée dans les relocalisations.

"On est sollicités par la grande distribution comme Système U ou la mairie de Paris pour des vêtements de travail", se félicite-t-il par ailleurs, estimant que beaucoup d'industriels vont devoir passer à l'autoproduction d'énergie. "Il n'y a pas le choix".


Par Isabel MALSANG
Paris, 16 nov 2022 (AFP)

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