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27 janv. 2020
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Le secteur du bijou se questionne sur une fabrication écoresponsable

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27 janv. 2020

Comment allier création et responsabilité humaine et environnementale ? C’est l’une des questions sur lesquelles le salon international du bijou Bijorhca s’est penché, durant sa dernière édition qui se tenait du 17 au 20 janvier à la porte de Versailles. Lors d’une conférence baptisée « Pour une joaillerie éco-consciente, éthique et durable », les griffes Courbet, Paulette à Bicyclette et JEM ont présenté et parfois défendu les « solutions » qu’elles ont choisies pour rendre leurs collections plus respectueuses de l’Homme et de la Nature.


Bague en or Fairmined signée Paulette à Bicyclette - Paulette à Bicyclette


« Montagne d’or » : c’est le nom d’un gigantesque projet de mine industrielle à ciel ouvert dans l’ouest de la Guyane Française. Porté par un consortium russo-canadien, ses partisans y voient une manière de mettre fin à l’orpaillage illégal, et ses opposants dénoncent la pollution supplémentaire que pourrait générer la mine. En mai dernier, Emmanuel Macron lui-même, estimait que ce projet, situé au cœur de la forêt amazonienne, n'était en l’état « pas compatible avec une ambition écologique ». Si à ce jour rien n’a encore été tranché, l’émoi que suscite Montagne d’or est bien le symbole que l’industrie aurifère est en pleine mutation.

Une mutation nécessaire pour protéger les 15 millions de mineurs qui travaillent dans une cinquantaine de pays, souvent parmi les plus pauvres, dans des conditions dangereuses et extrêmement précaires. Une nécessité également pour l'environnement : les rejets de mercure et autres substances toxiques dans les sols et les eaux, ainsi que la déforestation massive sont quelques-unes des conséquences de l’industrie aurifère. En 2004, l’ONG "Alliance pour une Mine Responsable" (ARM) a ainsi créé Fairmined. Ce label « atteste de la provenance d’or produit par des mines autonomes, responsables, artisanales et à petite échelle », explique l’organisation.

L’or éthique « Fairmined »


 
« "Fairmined" est un label très exigeant. Aucun enfant ne travaille dans les mines certifiées, hommes et femmes ont des salaires décents et égaux, les galeries des mines sont sécurisées, les mineurs disposent d’équipements de protection, aucun polluant n'est rejeté dans la nature et l’usage du mercure est très encadré. Pour chaque kilo d'or acheté, nous reversons 4 000 euros en plus, que les communautés minières utilisent pour améliorer leurs conditions de vie », explique Hélène Grassin, fondatrice de la griffe de joaillerie Paulette à Bicyclette, qui fut la première marque française à obtenir le label d'or équitable Fairmined en 2014. D’autres lui ont évidemment emboité le pas, comme la maison Chopard, qui utilise cet or durable depuis 2018.
 
Fondée en 2010 avec l'intention de proposer une joaillerie durable, JEM (pour Jewellery Ethically Minded) a également mis au cœur de sa création cet or éthique certifié Fairmined, qui coute en moyenne 15 % plus cher que l’or extrait traditionnellement : « Aujourd’hui seules une dizaine de mines ont reçu le label Fairmined, aucune n’est d’ailleurs située sur le territoire français. L’or Fairmined ne représente encore que 350 kilos par an, alors que la production mondiale d'or est d’environ 3 300 tonnes», explique Dorothée Contour, la PDG de JEM.
 
Cet or labellisé reste donc encore une goutte d’eau sur le juteux marché mondial de l’or mais la demande serait croissante. Autre alternative, l’or recyclé. C’est le choix qu’a par exemple fait la maison Courbet, qui pour ses collections utilise uniquement de l’or recyclé provenant de matériel informatique obsolète. Le secteur informatique aurait d’ailleurs utilisé, en 2017, 7,7 % de la production mondiale d’or (source World Gold Council).


Visuel de la maison Courbet spécialiste du diamant synthétique - Maison Courbet


Diamant synthétique ou diamant de culture


 
Fondée en 2018, ce n’est pas avec l’or que la maison Courbet bouscule les codes mais avec le diamant : un diamant synthétique qui ne provient pas des mines mais de laboratoires où un complexe procédé scientifique ( température, pression) reproduit les conditions naturelles de création du diamant. A l’origine de Courbet, Manuel Mallen, qui a dirigé en France Piaget, Baume et Mercier et était jusqu’en 2017 le directeur général de Poiret. Ce spécialiste de la joaillerie a installé Courbet sur la place Vendôme, et selon Charlotte Daehn Gimond, responsable des relations publiques de la maison, les joailliers de la célèbre place les regardent avec « intérêt et bienveillance ».
 
« En choisissant le diamant synthétique que nous préférons appeler diamant de 'culture', nous n’avons aucun impact négatif humain et écologique et de la même manière qu’un diamant de mine, notre diamant est certifié », explique Charlotte Daehn Gimond qui poursuit : « De plus les mines ne sont pas inépuisables et nous n’avons pas trouvé de nouveau gisement depuis 20 ans.»
 
Encore une fois, ce diamant synthétique ou de culture est loin de faire l'unanimité. On lui reproche de ne pas être aussi symbolique qu'un diamant naturel, de consommer beaucoup d'électricité pour sa création ou encore de ne pas participer à l'amélioration de la vie des mineurs.

Cependant, même si elles sont parfois controversées, ces initiatives représentent un pas décisif sur le long chemin qui réconciliera un jour le luxe, l'Homme et la Nature.



 
 

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