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6 oct. 2020
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Les filatures de lin refleurissent en Europe

Publié le
6 oct. 2020

L'année 2020 marque la réapparition des filatures de lin dans l'Hexagone, après plusieurs décennies d'absence. Un manque d'autant plus criant que la France est le premier producteur mondial de lin. Avec le retour des filatures, étape qui consiste à transformer les fibres en fils avant leur tissage, la perspective de vêtements en lin produits à 100% en France redevient possible. Loin de se cantonner aux frontières nationales, le retour des filatures est avant tout un phénomène européen. FashionNetwork propose un tour d’horizon des différentes filatures de lin, existantes et en projet, sur le Vieux Continent. 


Velcorex


D'abord, pour comprendre cette filière, il faut distinguer deux types de filatures: l'une dite "au mouillé", dans laquelle la fibre est trempée dans l'eau chaude  afin de faciliter son étirement permet d'obtenir un fil fin pour l'habillement ou le linge de maison. L'autre, appelée "au sec" qui, comme leur nom l'indique, file sans eau, permet de réaliser un fil plus épais pour un poids proche de celui du denim.

Quelles filatures de lin comptent aujourd'hui l'Europe? Selon les documents de la Confédération européenne du lin et du chanvre (CELC) que FashionNetwork a pu consulter, les leaders de la filature européenne sur le segment premium / luxe sont le français Safilin et l’italien Linificio e Canapificio Nazionale. D'origine tricolore, Safilin produit en Pologne 5.450 tonnes de fils (55% au mouillé, 45 % au sec) par an via deux sites. La société a récemment accueilli trois députés français, dans le cadre d’un projet de nouveau site dans le nord de la France.

L’autre acteur européen incontournable du fil de lin est l’italien Linificio e Canapificio Nazionale, qui produit lui aussi 4.500 tonnes de fils (à 80 % au mouillé) via ses sites installés en Lituanie et en Tunisie, mais également grâce à une petite unité italienne établie à Villa D’Almè, dans le province de Bergame, en Lombardie.

La filière peut également compter sur l’entreprise belge Lambrecht (rachetée par le tisseur belge Libeco), spécialisée dans la filature au sec. Opérant en Pologne, elle affiche une capacité de 900 tonnes par an. Côté filature au mouillé, l’Europe compte en outre le lituanien AB Siulas, qui affiche 155 tonnes annuelles au compteur.


Velcorex


Une production similaire à celle visée par le dernier venu, le français Velcorex/Emanuel Lang, moteur de la 1er filature tricolore créée en France depuis deux décennies. Lancée en début d’année, la production au sec cible les 150 tonnes de fils à l'année. Cette filature présente la particularité d'être intégrée à une entreprise de tissage, qui, par ailleurs, continue de se fournir chez ses confrères pour les fils de lin au mouillé.

Des filatures en projet



Du côté des filatures en projet, le Portugal et la France se partagent trois projets majeurs de filatures au mouillé.

À Moreira de Conegos, près de Porto, le projet Polopique devrait théoriquement être lancé en 2021, les machines produites en Chine ayant vu leur arrivée repoussée par la crise sanitaire. A terme, ce sont potentiellement 1.000 tonnes de fils qui pourraient sortir de ses lignes de production.

Egalement dans la région de Porto se développe le projet Bestitch, encore non chiffré en termes de capacités de production, mais qui devrait émerger l’an prochain si tout se passe comme prévu.

En France, c’est du côté de la Normandie, à Saint-Martin-du-Tilleul, que se joue le projet de Natup, structure qui a l’an passé cédé sa filature polonaise Fir à Safilin.

Ce projet de filature au mouillé attendu pour l’an prochain pourrait produire 250 tonnes de fils. Surtout, ce projet ayant fait appel au financement participatif entend aller jusqu’au produit fini. D’où le rachat en juin du tisseur nordiste de lin Lemaitre Demeestere, qui vient s’ajouter à Ecotechnilin (développement de composites à base de lin) et à LSM- Linière Saint Martin (peignage).


Linportant


Natup, Safilin et Velcorex/Emanuel Lang s’inscrivent par ailleurs ensemble dans un projet collectif à l’échelle de l’Hexagone, Linpossible (lire notre article dédié).

Ce dernier vise à soutenir les relocalisations via l’engagement préalable des marques. Celles-ci sont invitées à augmenter dès aujourd’hui le prix de leurs pièces en fonction du surcoût qu’engendrera un filage tricolore. Des fonds destinés à financer les unités de production autant qu’à habituer le consommateur à un prix made in France

“Le maillon filature se renforce en Europe de l’Ouest, tout particulièrement au Portugal et en France, et la CELC ne peut que s’en réjouir”, se félicitait récemment auprès de FashionNetwork.com Marie-Emmanuelle Belzung, sa secrétaire générale.

“Mais ce que ce l’on souhaite avant tout, c’est que les projets qui vont aboutir soient menés par des gens qui se mettent en position de réussir: il serait dangereux pour le marché qu’un projet sorte de terre grâce au financement du plan de relance et que la qualité ne soit pas au rendez-vous. Le marché n’a pas le temps d'absorption, les marques de luxe qui seront potentiellement intéressées n’ont pas le temps de faire des essais. Donc il faut rester prudent, ne pas être dans la précipitation. Car la filature n’est pas un métier, c’est une addition de métiers: savoir acheter, peigner, assembler...”


Linportant


L’Europe, et en particulier la France, concentre 80% de la production mondiale de lin fibre (par opposition au lin oléagineux destiné à l'alimentaire), lequel pèse moins de 1% du marché mondial des fibres textiles.

Aujourd'hui, 85% des matériaux sont expédiés vers les filatures chinoises, face auxquelles, insiste la CELC, les nouvelles filatures européennes ne doivent pas jouer l’opposition, mais la complémentarité, l’Asie étant par ailleurs un grand client des produits finis en lin.

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