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Traduit par
Paul Kaplan
Publié le
12 nov. 2020
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Les grandes marques de luxe s'élèvent contre la suppression des détaxes commerciales au Royaume-Uni

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Paul Kaplan
Publié le
12 nov. 2020

Le tollé soulevé par les plans visant à mettre fin aux achats détaxés au Royaume-Uni s'est intensifié cette semaine, certaines des plus grandes marques de luxe du monde pressant le gouvernement britannique de revenir sur ses propositions.


Gucci


Les dirigeants de 11 grandes entreprises, dont Gucci et Hugo Boss, affirment que la proposition de loi ferait du Royaume-Uni le régime d'exemption de taxes le moins compétitif d'Europe.

Dans une lettre ouverte adressée au chancelier de l'Échiquier (le ministre des finances et du Trésor) Rishi Sunak, ceux-ci préviennent que la décision, qui devrait s'appliquer à partir du mois de janvier prochain, coûtera des milliards de livres sterling en perte de revenus au pays, car elle risque de déclencher une baisse brutale des visites touristiques.

"Nous avons été profondément déconcertés par la proposition du gouvernement britannique, qui vise à mettre fin aux achats hors taxes pour les visiteurs internationaux", peut-on lire dans la lettre, qui comporte notamment la signature du directeur général du groupe de luxe Kering, Jean-François Palus.

Selon la lettre, la décision fera perdre au Royaume-Uni des milliards de recettes, car les clients étrangers choisiront d'autres destinations pour effectuer leurs achats de produits de luxe.

"En tant que marques mondiales opérant au Royaume-Uni, nous attachons une grande importance au statut de la Grande-Bretagne, qui reste la première destination mondiale pour le shopping et le tourisme, attirant des visiteurs du monde entier — et nous avons investi au Royaume-Uni en conséquence. Mais le projet du gouvernement donnerait au Royaume-Uni le régime de franchise le moins compétitif d'Europe, et mettrait donc ce statut en danger", déplore la lettre.

"Nous opérons à l'échelle mondiale et connaissons donc la sensibilité aux prix des visiteurs internationaux, qui peuvent choisir l'endroit où ils préfèrent dépenser leur argent. L'introduction d'une taxe de 20% amènera ces touristes à dépenser leur argent ailleurs en Europe, plutôt qu'au Royaume-Uni. Nous demandons instamment au chancelier britannique de repenser cette décision et de veiller à ce que la Grande-Bretagne reste une destination attrayante pour les marques mondiales".

Depuis le mois dernier, les projets du gouvernement sont attaqués par plusieurs marques de mode britanniques, comme Paul Smith et Ted Baker, et des détaillants comme Selfridges. 

Le mois dernier également, Value Retail, le propriétaire de Bicester Village, un centre commercial situé dans l'Oxfordshire, très populaire auprès des touristes, a mis en garde contre le "coup dur" occasionné par le changement de politique fiscale. L'Association for International Retail a exprimé son opposition face à cette mesure, par le biais d'une campagne soutenue par le British Retail Consortium et Walpole, un groupe de lobbying de l'industrie du luxe.

La proposition du gouvernement, annoncée en septembre, arrive au pire moment possible pour les entreprises de luxe, déjà fragilisées par l'interdiction de voyager à l'international et les fermetures de magasins.

À Londres, Harrods et Selfridges peuvent accueillir jusqu'à environ 80.000 visiteurs par jour en haute saison, et ce sont les consommateurs étrangers qui leur permettent de réaliser la majeure partie de leur chiffre d'affaires.

90% des clients étrangers pourraient réduire leurs dépenses lors de leur prochaine visite au Royaume-Uni après le changement de politique fiscale



Actuellement, le régime de TVA sur les exportations de détail permet aux acheteurs internationaux en visite en Grande-Bretagne de récupérer la TVA de 20% qu'ils paient sur les biens achetés mais non consommés dans le pays. Le Trésor britannique affirme que ce changement de règle permettrait à la Grande-Bretagne de s'aligner sur les autres pays après le Brexit, et indique que le système actuel est coûteux et propice aux fraudes.

Mais la suppression de cette mesure attractive pourrait amener les touristes à changer leurs habitudes d'achats. Ce serait un coup dur pour le commerce de détail au Royaume-Uni, en particulier pour les magasins de luxe qui dépendent des touristes pour une grande partie de leurs revenus, pour les principaux centres touristiques du pays, et pour le commerce de détail dans les aéroports.

Selon une étude menée par le Centre for Economic and Business Research (CEBR), 90% des clients étrangers pourraient réduire leurs dépenses lors de leur prochaine visite au Royaume-Uni après le changement de politique fiscale, tandis que 60% pourraient même renoncer purement et simplement à voyager au Royaume-Uni. 

Selon l'étude, en cas de baisse de la fréquentation touristique, la Grande-Bretagne pourrait perdre au moins 6 milliards de livres (6,70 milliards d'euros) par an.

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