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Les horlogers suisses tentent de se protéger du Brexit et des gilets jaunes

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26 mars 2019

Bâle (Suisse), 26 mars 2019 (AFP) - Les fabricants de montres suisses, réunis cette semaine au salon horloger de Bâle, ont les yeux rivés sur Londres et Paris, deux capitales clés pour les ventes de produits de luxe, chahutées par le Brexit et les « gilets jaunes ».


AFP/Fabrice COFFRINI


En Grande-Bretagne, les horlogers suisses tentent de parer à d'éventuelles ruptures d'approvisionnement qui pourraient découler de la sortie de l'Union européenne. Certaines marques cherchent « à se prémunir contre des problèmes pratiques » sur les formalités et risques de congestion aux douanes, constate Jean-Daniel Pasche, le président de la fédération horlogère helvétique, lors d'un entretien avec l'AFP au salon de l'horlogerie et de la joaillerie.

La semaine passée, les statistiques mensuelles de la fédération horlogère ont fait état d'un bond exceptionnel des exportations de montres vers le Royaume-Uni, en hausse de 58,3 % en février, après avoir déjà grimpé de 23,6 % en janvier, à cause de stocks constitués avant le Brexit. Par comparaison, elles avaient reculé de 4,4 % l'an passé.

« Il y a peut-être aussi une anticipation sur la réaction des taux de change », poursuit Jean-Daniel Pasche, soulignant qu'une éventuelle chute de la livre, selon les scénarios des marchés financiers, pourrait doper ponctuellement les achats de produits de luxe à Londres. En 2016, la dépréciation de la monnaie britannique après le vote sur la sortie de l'Union Européenne avait déclenché une frénésie d'achats à Londres auprès des touristes, en particulier asiatiques, attirés par le taux de change avantageux.

« Personne ne sait vraiment ce qui va se passer. Alors nous avons pris des précautions », résume Rolf Studer, le codirecteur général de Oris, une marque horlogère basée à Hölstein, dans la région de Bâle. La marque qui a ouvert l'an passé une boutique dans le quartier chic de Mayfair, n'a habituellement pratiquement pas de stocks au Royaume-Uni et préfère envoyer les modèles aux détaillants au gré de leurs commandes, mais a, dans le doute, constitué des réserves.

« Baisse drastique » à Paris

Hublot, une des marques phare de l'horlogerie suisse, fait aussi partie de celles qui ont augmenté leurs stocks au cas où les produits se trouveraient bloqués « pendant quelques semaines, le temps que tout se mette en place » dans le premier marché pour les exportations de montres suisses en Europe.

« C'est vraiment Londres qui est la locomotive », souligne Ricardo Guadalupe, directeur général de Hublot, une des marques horlogères du groupe français LVMH, le numéro un mondial du luxe. La ville revêt une importance particulière pour les ventes auprès de la clientèle touristique au moment même où sa boutique parisienne de la place Vendôme doit rester fermée chaque samedi avec le mouvement des « gilets jaunes ».

La fréquentation des boutiques à Paris « a baissé drastiquement », a reconnu le patron de Hublot, expliquant que le report des achats sur des villes comme Londres, Milan ou les grandes destinations touristiques en Suisse a néanmoins aidé à compenser le manque à gagner.

Parmi les marques venues présenter leurs nouveautés à Bâle, Bulgari a, elle, vu sa nouvelle boutique sur les Champs-Élysées saccagée lors de l'acte 18, mi-mars, marqué par l'incendie du restaurant Fouquet's et le pillage de plusieurs magasins de luxe. « Pour nos équipes, c'est extrêmement stressant, c'est une insécurité permanente », a souligné Jean-Christophe Babin, son directeur général. « Comme nous avons plusieurs boutiques, notre équipe de Paris n'est pas au chômage technique », a-t-il toutefois précisé, le personnel ayant pu être redéployé vers d'autres magasins.

Il ajoute que les achats se déplacent en partie vers d'autres points de vente dans la capitale, notamment vers les grands magasins, et pourraient également se reporter sur Rome, la ville phare de la marque de joaillerie italienne.

En Europe, de nombreux horlogers suisses dépendent des achats touristiques - en particulier de la clientèle asiatique - qui contribuent pour certaines marques à la moitié de leurs ventes.

Face aux inquiétudes sur une possible baisse de la fréquentation touristique en France en raison des heurts répétés lors des manifestations de gilets jaunes, de nombreux analystes s'attendent à une nette baisse des exportations de montres de luxe suisse vers l'Hexagone. Selon les estimations de Jon Cox, analyste chez Kepler Cheuvreux, elles pourraient y chuter de -4 % cette année, contre une croissance de +5 % attendue au niveau mondial.

Par Nathalie Olorf-Ors

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