Les marques chinoises s'intéressent au commerce indépendant français

Le Conseil Chinois pour le Développement du Commerce Textile (CCPIT-Tex) a identifié la France et ses commerces indépendants comme une porte d'entrée européenne pour les marques chinoises, dont le nombre s'est multiplié ces dernières années, a appris FashionNetwork.com au salon Texworld/Apparel Sourcing. Des indépendants qui réfléchissent en parallèle à la constitution d'un groupement d'achats pour améliorer leurs marges.


Un espace d'Apparel Sourcing était dédié à la présentation de plusieurs marques chinoises désireuses d'être distribuées en France - Matthieu Guinebault/FNW

Au rendez-vous du Bourget Texworld/Apparel Sourcing, un espace inhabituel a en effet fait son apparition : une pièce regroupant les collections d'une dizaine de marques chinoises (Youtime, Utica, HK Studio, Topnew, Riverland...). C'est là qu'Eric Mertz, président de la Fédération Nationale de l'Habillement, a reçu à l'occasion du salon professionnel des responsables régionaux de l'instance représentative des détaillants d'habillement indépendants. Avec pour objectif d'étudier collectivement une évolution du modèle d'approvisionnement des indépendants et cela à la faveur d'une manifestation d'intérêt par les instances chinoises.

« En septembre dernier, nous avons été reçu à Shanghai par Zhang Tao, secrétaire général du CCPIT, qui indique être intéressé par nos multimarques indépendants », raconte le responsable. « Ils nous ont désigné comme étant le marché le plus difficile de France, mais surtout celui par lequel les marques chinoises doivent y rentrer, ce qui implique d'adapter les produits. Et ils ont insisté sur la nécessité de travailler sur une désintermédiation de la chaîne de production, afin de préserver des marges pour eux comme pour nous. Et c'est cette possibilité que nous étudions aujourd'hui. »

Une délégation de la FNH se rendra à nouveau à Shanghai en mars prochain à l'occasion des salons professionnels locaux, afin d'étudier plus avant les possibilités et notamment la qualité des productions chinoises. « Pour moi, c'est un processus d'information d'au minimum deux ans pour établir la faisabilité d'un tel travail », pour Mickael Scherpe, président France de l'organisateur de salons Messe Franfurt (Texworld, Intertextile Shanghai...), qui est à l'origine des premiers échanges. « Mais à terme, cela pourrait permettre à des commerçants qui souffrent, notamment parce que certaines marques ne veulent plus être chez eux, de travailler avec des gens qui ont besoin d'eux. » 

Groupement d'achat pour les multimarques

Un rapprochement encore hypothétique qui souligne la transformation connue par l'industrie textile chinoise. A la faveur des hausses de salaires, les industriels ont commencé à monter en gamme au début de la décennie. Puis sont allés chercher des relais de croissance dans le déploiement de marques propres, profitant de l'explosion de la demande locale d'habillement. Dès lors, il ne faisait aucun doute que ces signatures locales iraient bientôt chercher d'autres relais de croissance hors de l'empire du Milieu.

En revanche, il était moins attendu que cette internationalisation se tournerait vers les commerces indépendants tricolores, pour lesquels la dernière décennie a été douloureuse. Le secteur a en effet perdu quelque 17 000 emplois entre 2013 et 2015. Peut-être moins audible que les grands groupes et enseignes mode opérant dans l'Hexagone, le réseau revendique un maillage massif de 38 000 magasins, employant 80 000 personnes. Une force de frappe qui a donc attiré l'oeil des dirigeants et industriels chinois, confrontés depuis peu à une érosion de croissance de la consommation chinoise.


Des représentants régionaux de la Fédération Nationale de l'Habillement sont venus découvrir les productions chinoises dans cet espace dédié d'Apparel Sourcing - Matthieu Guinebault/FNW

Cette idée de liens entre industriels chinois et commerces indépendants tricolores rejoint la volonté de la FNH d'explorer la possibilité d'un groupement d'achat pour ses adhérents. Avec dans le viseur le renforcement des marges des multimarques. Une idée qui, précise Eric Mertz, ne se limiterait pas aux marques chinoises, qui n'en restent pas moins une opportunité inédite. « Ne pas aller voir ce qu'il se passe en Chine, quand on est distributeur, ce n'est même pas une erreur, c'est une faute », estime le responsable. « Et la Chine peut être le point de départ de cela, avec toujours comme critères la qualité, les conditions de production et le respect normatif certifié. »

Au-delà de la Chine, la FNH souligne qu'une fois en place, ce groupement pourrait également accueillir des marques made in France, des jeunes créateurs ou encore des « private labels ».

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