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Les soldes d'été sont repoussés au 15 juillet

Publié le
2 juin 2020
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6 minutes
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Le ministre de l’Économie Bruno Le Maire a annoncé mardi que le début des soldes d’été était décalé du 24 juin au 15 juillet, afin de répondre à la demande de certains commerçants dont les points de vente sont restés longtemps fermés à cause du coronavirus.


La date de début des soldes d'été est reportée au 15 juillet - AFP


“Les soldes débuteront le 15 juillet et ils dureront quatre semaines”, a déclaré Bruno Le Maire le 2 juin au matin sur RTL, expliquant que cette décision avait été prise à la “demande des petits commerçants”. “J’ai tenu à reporter la date des soldes pour tenir compte de la situation des petits commerçants”, qui ont besoin de “temps” pour “reconstituer” leur trésorerie, après plusieurs mois de fermeture en raison de l’épidémie de coronavirus, a expliqué le ministre.

Il s'agit d'un report de trois semaines par rapport aux dates initialement fixées dans la plupart des départements de France métropolitaine, qui prévoyait des soldes du mercredi 24 juin au mardi 21 juillet 2020. “Je sais que ça peut poser des difficultés pour d’autres grandes enseignes (...) mais je pense qu’il est légitime de soutenir dans ces moments très particuliers ceux qui sont les plus faibles, ceux qui ont les trésoreries les plus menacées”, a détaillé Bruno Le Maire. “C’est une question à la fois d’efficacité économique mais aussi de justice”, a-t-il ajouté.

Du côté des enseignes, on salue l'annonce de Bercy. "Habemus Papam, enfin une décision !", se félicite Yohann Petiot, directeur général de l'Alliance du commerce (grands magasins, enseignes habillement/chaussures). "Nous regrettons évidemment que les dates soient si tardives, mais cette annonce permet aux entreprises de se préparer. Il y a des considérations pratiques en jeu, comme du côté des ressources humaines avec les plannings à constituer au minimum 3-4 semaines à l'avance. Tout comme la communication et les achats d'espaces publicitaires".

"Le plus important, c'était que la date soit connue, dans une période où il y a déjà trop d'inconnus", confirme de son côté Emmanuel Le Roch, délégué général de la fédération Procos pour le commerce spécialisé. "On aurait aimé que les soldes soient repoussés au plus tard jusqu'au 8 juillet, mais je ne pense pas que cela soit une catastrophe non plus. Car, quoi qu'il arrive, les acteurs vont devoir être super agiles cette année. Soit ils sont dans un secteur qui a repris, soit dans un secteur plus compliqué comme la mode homme/femme. Chacun va se positionner en termes de démarques de début de soldes. On sait déjà que les marges seront fortement affectées par cette situation, peu importe la date des soldes".

"Soutenir (…) ceux qui sont les plus faibles"



Quid des indépendants qui n'ont pu compter sur les ventes en ligne durant le confinement ? Des indépendants qui, chose rare, sont donc directement mentionnés par le ministre dans cette affaire. "Ces dates, je m'en réjouis pour plusieurs raisons", nous indique Eric Mertz, président de la Fédération nationale de l'habillement (FNH). "Déjà parce qu'on a réussi à faire comprendre à Bruno Le Maire qu'il y a dans l'habillement deux faces antagonistes ne partageant pas tout à fait le même modèle. D'un côté des grandes enseignes qui ont vocation écouler rapidement leurs stocks et faire rentrer de la trésorerie, tout en faisant des plans massifs de licenciement. Et de l'autre des indépendants plus agiles, plus résilients, et peut-être plus tournés vers des valeurs de consommation raisonnées et durables, valeurs qui se confirment avec cette crise. Donc que le ministre montre qu'il a entendu les indépendants et la détresse du commerce de centre-ville est une bonne chose."

Pour l'instance représentative des indépendants, le risque était grand de voir les soldes maintenus à la fin juin, voir rallongés pour durer jusqu'à six voir huit semaines. La FNH, pour qui les soldes ne pouvaient se lancer qu'au plus tôt le 15 juillet, avait initialement réclamé que les soldes se tiennent mi-août afin de laisser une chance aux indépendants d'écouler leurs stocks sans creuser un peu plus leurs marges. "Nous demandions que les dates soient plus tardives, mais cette demande étaient liée à une autre: l'interdiction de la publicité sur les rabais (entre le déconfinement et les lancement des soldes, ndlr)", rappelle Eric Mertz. "Sur ce point, nous n'avons pas été entendus. Nous voyons aujourd'hui des rabais un peu partout. Ce qui fait que cette position devenait intenable."


Shutterstock



Dès la fin mars se lançait entre plusieurs fédérations de commerçants une réflexion sur le sujet. Un sondage en ligne, ouvert par l'organisateur de salons professionnels mode WSN, faisait pour sa part état d'une attente d'un report pour 88 % des participants à cette enquête. Quelque 70 % des répondants se positionnaient pour un report de quatre à huit semaines de la période de soldes. Selon les fédérations, les attentes allaient au final d'un report à la mi-juillet jusqu'à un déplacement de la période au mois d'août. Avec trois problématiques à considérer: des stocks très importants qui se sont accumulés durant les deux mois de fermeture des magasins, une trésorerie au plus bas à renflouer urgemment et une consommation qui ne reprendra pas comme avant.

Les grandes métropoles pénalisées ?



"Nous espérons que d'ici le 15 juillet nous retrouverons un parcours d'achat plus habituel, et un meilleur taux de trafic", pour Yohann Petiot. "On peut imaginer que si la situation sanitaire le permet, que les précautions sanitaires pourront être allégées dans les commerces". Les enseignes de l'habillement et de la chaussure connaissent encore, trois semaines après le déconfinement, une chute de fréquentation de 30 % par rapport à la normale. Chute compensée par un effet de forts taux de transformation et paniers moyens, limitant à 5 % la perte de chiffre d'affaires. Un niveau proche de la normale qui ne compense pas deux mois de fermeture, et pourrait surtout chuter une fois cet effet de "rattrapage" des achats mode disparu. "On n'a en pas encore retrouvé la dynamique d'achat plaisir qui est essentielle à notre secteur", estime le responsable de l'Alliance.

Une normalisation des parcours d'achat et un allègement des mesures sanitaires auxquels ne croit pas Emmanuel Le Roch. "On ne pourra pas en faire un événement de création de trafic classique, du fait des mesures barrières qui limitent les accès aux magasins", avance le représentant. "Cela va même probablement pénaliser les grandes métropoles, et surtout Paris qui est vidée de ses touristes étrangers, et où l'on pratique beaucoup le télétravail du fait des problèmes posés dans les transports en commun. Je suis peut-être un peu pessimiste, mais quand je vois que les cinémas vont rouvrir le 22 juillet avec des mesures de distanciation, j'ai des doutes sur un allégement des mesures d'ici les soldes".

En parallèle de cette annonce, le ministre de l'Economie et des Finances a aussi déclaré que la prévision de recul du PIB était de 11%. "Le choc économique est brutal (...)". Mais "je suis convaincu que nous allons rebondir en 2021 grâce à nos plans de soutien massifs et notre plan de relance", a-t-il déclaré.



 
 

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