Les soldes d'hiver réussiront-ils à compenser l'effet "gilets jaunes" ?

Paris, 7 janvier 2019 (AFP) - Les soldes d'hiver, qui débutent mercredi, arrivent après une période très critique pour les commerçants, durement éprouvés en novembre-décembre par les manifestations des « gilets jaunes » : suffiront-ils à compenser le manque à gagner de cet automne et à écouler les stocks ?


Début des soldes en Moselle qui débutent semaine plus tôt que sur le reste du territoire, à Talange, le 2 janvier 2019 - AFP/Archives

« Cette année, compte tenu du contexte, c'est clair que les soldes ont plus d'importance encore », affirme à l'AFP Emmanuel le Roch, délégué général de Procos, la Fédération du commerce spécialisé, qui regroupe 260 enseignes.

Pour Laurent Landel, directeur associé chez Bonial, « les commerçants sont super inquiets et se demandent à quelle sauce ils vont être mangés : tout le monde espère un report (des non-achats de novembre-décembre, ndlr) sur les soldes » d'hiver, qui représentent en moyenne 20 % du chiffre d'affaires annuel des commerçants.

Peu avant Noël, la FCD, la Fédération du secteur, avait estimé à deux milliards d'euros les pertes pour le commerce de détail à la suite des différents « actes » mis en place par les « gilets jaunes », qui réclamaient une hausse de leur pouvoir d'achat.

Théâtre de violences, voire de pillages, mais aussi de blocages des accès aux magasins et centres commerciaux en province, ces manifestations se sont déroulées tous les samedis précédant Noël, à partir du 17 novembre, une période cruciale pour les commerçants, engendrant d'énormes trous dans leur trésorerie qu'il va leur falloir combler.

Maintenus à six semaines

« En novembre, nos adhérents ont subi des chutes de leurs chiffres d'affaires de 6,8 % et c'est descendu jusqu'à 12-13 % lors des quinze premiers jours de décembre », souligne Emmanuel Le Roch, évoquant des « écarts très importants selon les villes et les régions ». Et même si les deux derniers week-ends de décembre ont été « bons », le mois se terminera probablement « entre -4 et -2 % », ce qui « reste très difficile » pour une profession qui comporte nombre d'enseignes à l'activité saisonnière.

En attendant de voir si les clients vont se précipiter dans les magasins, les commerçants ont appris que les soldes, qui devaient être raccourcis à quatre semaines comme l'avait annoncé le gouvernement l'an dernier, sont maintenus à six semaines une dernière fois, le projet de loi « Pacte », adopté en première lecture à l'Assemblée nationale cet automne, devant encore faire l'objet d'un examen au Sénat courant janvier. C'est pourquoi, cette année encore, les soldes se termineront donc mi-février, sachant qu'ils ont débuté dès le 2 janvier dans certains départements limitrophes et en outremer selon les dérogations traditionnelles.

Pour rappel, contrairement aux autres périodes de promotions commerciales, les soldes sont les seuls moments où les commerçants peuvent vendre à perte. D'où des réductions très intéressantes, allant jusqu'à 70 %, et qui le seront d'autant plus cette année que les stocks à écouler sont très importants.

Craintes sur les marges

Signe positif pour les magasins, les blocages ou fermetures n'ont pas eu d'effet d'aubaine pour les achats sur internet et les sites de commerce en ligne n'ont pas enregistré de pics pendant cette période. « Après le Black Friday (le 23 novembre, ndlr), qui a été meilleur que l'an dernier, décembre a été moins bon en terme de trafic qu'en 2017 », précise ainsi à l'AFP Anna Perret, la porte-parole du comparateur de prix sur internet Idealo.

« Tout va se jouer, plus que l'an dernier, lors des premières semaines », assure Emmanuel Le Roch, qui craint qu'en raison de « ventes privées très violentes (avec des réductions de -50 % dès le lendemain de Noël, ndlr), les soldes perdent de leur efficacité ».

Mais selon lui, en procédant ainsi, les commerçants n'ont pas eu le choix, « à cause d'un manque de cash et de stocks qu'il faut sortir » afin de faire rentrer la nouvelle collection, d'où une crainte sur les marges « qui ont déjà subi de fortes dégradations ».

Le hic, explique à l'AFP Laurent Landel, « c'est très clairement le pouvoir d'achat: il est fort à parier que les consommateurs, avec l'arrivée du prélèvement à la source (sur leurs fiches de paie fin janvier, ndlr), soient plutôt prudents ». Réponse des consommateurs à partir de mercredi.

Par Laure Brumont

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