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28 juil. 2022
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Les tracas de Camaïeu, partie visible de l'iceberg d'un marché milieu de gamme en souffrance?

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28 juil. 2022

Deux ans après son placement en redressement judiciaire, Camaïeu repasse par la case du tribunal de commerce, face aux difficultés accumulées depuis la crise, notamment les loyers de la période Covid-19 à régler aux bailleurs. Son propriétaire depuis 2020, le groupe Hermione People & Brands (HPB), qui s'était justement donné deux ans pour redresser la marque, a demandé le 25 juillet dernier l'ouverture d'une procédure de redressement judiciaire avec plan de continuation. Quel avenir pour ce mastodonte animant plus de 500 magasins, et surtout, que cela augure-t-il pour le groupe et le segment en délicatesse du prêt-à-porter milieu de gamme?


Collection été 2022 - Camaïeu


Pour l'instant, la direction de Camaïeu n'évoque pas de mesures à prendre, mais affiche simplement l'intention de "préserver la pérennité de l'entreprise". Avec quel périmètre? Le délégué CGT de l'enseigne, Thierry Siwik, regrette une nouvelle "inacceptable" et affirme contester "depuis des mois la décision de ne plus payer les loyers d'un grand nombre de bailleurs". Il redoute la mise en place d'un plan social.

Depuis quatre ans ans, la Financière Immobilière Bordelaise (dont la branche retail a ensuite pris le nom d'HPB) a enchaîné les rachats (22 Galeries Lafayette de région, Go Sport, Gap France, Cafés Legal…) pour créer un poids lourd aux deux milliards d'euros de revenus. Aujourd'hui, son enseigne phare -un quart du chiffre d'affaires- semble déjà vaciller. Pour autant, son patron Wilhelm Hubner affiche en parallèle dans la presse un appétit insatiable, projetant l'acquisition de plusieurs nouvelles entreprises de distribution dans les deux ans à venir, pour passer de six à une douzaine de marques. La mauvaise passe de Camaïeu peut-elle fragiliser les autres actifs et freiner les velléités d'expansion?

Selon nos informations, des tensions sociales sont à l'œuvre chez Gap France, dont l'image doit être dépoussiérée dans l'Hexagone. Thierry Siwik estime que, face aux difficultés, d'autres sociétés d'HPB "risquent d'être concernées" par d'éventuelles décisions de réduction de voilure. Un comité de groupe CGT, supervisant les activités d'HPB dans son ensemble, a récemment été créé afin de pouvoir dialoguer sur ces sujets avec la direction.


Le nouveau concept boutique de Camaïeu présenté en 2021 - Camaïeu


Jusqu'à l'annonce de Camaïeu, qui a souffert l'an dernier d'une cyberattaque ayant paralysé ses activités, aucune défaillance majeure n'était intervenue sur l'échiquier mode en France depuis le début d'année 2022. Cela pourrait dénoter une bonne tenue du marché face aux multiples écueils (hausse des coûts, guerre en Ukraine…), mais le signal donné par cet acteur important est possiblement de mauvais augure.

"La situation de Camaïeu montre qu'il est compliqué de redresser une entreprise dans un contexte de marché fragile, et que les entreprises qui ont connu des difficultés par le passé ne sont pas encore sorties d'affaire", analyse Yohann Petiot, le directeur général de l'Alliance du commerce.

Les procédures vont-elles se multiplier dans les prochains mois? Premier élément, les entreprises ayant contracté des PGE doivent maintenant commencer à les rembourser, ce qui devrait peser lourd sur certaines épaules. Même si, selon la Banque de France, le taux de défaut de paiement pourrait atteindre à peine 3%. De plus, si les consommateurs continuent d'arbitrer en défaveur du textile dans leur budget grevé par l'inflation, le niveau de chiffre d'affaires des marques en prendra également un coup.

"Le risque de défaillance est toujours présent, puisque l'environnement de marché actuel est imprévisible et potentiellement explosif, avertit Yohann Petiot. Nous devons engager un dialogue plus large avec le gouvernement pour aider à la transformation des entreprises de mode (digital et écoresponsabilité), tout en adaptant les charges qui pèsent sur elles, notamment les loyers".

En 2020, face au raz-de-marée Covid-19 qui a emporté des acteurs déjà fragilisés avant-crise, une douzaine d'enseignes avaient été placées en redressement judiciaire, telles que Camaïeu donc, mais aussi Naf Naf, Orchestra, André, le groupe Verywear, Un Jour Ailleurs, Phildar, Kidiliz ou encore Paule Ka. En 2021, La Compagnie des Petits, Tally Weijl, Devernois et Zilli ont aussi eu recours à cette procédure. Certains sortent par le haut de cette période, d'autres ont vu leur structure redimensionnée ou rachetée.

A l'heure actuelle, les chaînes d'habillement cherchent la meilleure formule pour assurer leur avenir. L'enseigne de mode jeune Pimkie, en mauvaise posture, est en quête d'un repreneur. Les salariés seront fixés sur leur sort fin août ou début septembre, selon la CGT. Quant à San Marina et Minelli, propriétés de Stéphane Collaert, c'est une réduction du parc qui a été décidée, par la fermeture ou la cession d'environ 70 points de vente, entraînant la mise en place d'un PSE.

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