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Les trop belles montres des officiels communistes chinois

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18 sept. 2011

PEKIN, 18 sept 2011 (AFP) - Piaget, Rolex, Longines, Jaeger-Lecoultre: en Chine les hauts fonctionnaires communistes ne portent pas de camelote au poignet mais, pour l'avoir révélé en enflammant l'internet, un cybermilitant subissait dimanche les foudres de la censure.


Une montre examinée par des experts à Miami en 2011 (AFP/Getty Images/Archives, Joe Raedle)

Identifié sur la Toile par le pseudonyme de "Huaguoshanzongshuji" et se présentant par téléphone sous le nom de "Daniel Wu", cet internaute a relaté à l'AFP que le fruit de ses investigations avait été effacé de son compte de microblogging Weibo, l'équivalent local de Twitter.

Il a attribué cette censure à des "pressions du département de la Propagande".

M. Wu, qui s'est créé une réputation flatteuse dans la blogosphère chinoise toujours mobilisée pour dénoncer les abus du pouvoir, avait mis en ligne des photos de responsables officiels en indiquant --après des vérifications fouillées-- la marque et la valeur de leur montre-bracelet.

On voyait par exemple Sun Jingmiao, président de la Commission pour le développement et la réforme de la province du Zhejiang (est), avec une Rolex à 70 000 yuans (8 000 euros).

Ou encore Zhou Wenzhang, vice-président de l'Ecole nationale d'administration de Chine, arborant une montre identifiée par "Huaguoshanzongshuji" comme une Piaget Emperador estimée à 100 000 yuans (plus de 11 000 euros).

L'idée de ces recherches est venue à Daniel Wu après la collision de deux TGV le 23 juillet dans l'est du pays, un drame qui a provoqué une avalanche de critiques contre le gouvernement, notamment accusé de manque de compassion.

En regardant un reportage sur la catastrophe qui a fait 40 morts, le cybermilitant a repéré une Rolex valant 70 000 yuans (8 000 euros) au bras de Sheng Guangzu, actuel ministre des Chemins de fer. Le vice-ministre, Lu Dongfu, portait lui aussi une Rolex, d'une valeur de 51 480 yuans (5 800 euros).

Le précédent titulaire du portefeuille avait été limogé en février pour avoir touché des pots-de-vin.

Le message posté par M. Wu sur les "Rolex" des autorités ferroviaires a rencontré un écho retentissant sur le web et l'a poussé à réaliser un véritable dossier explosif sur les belles mécaniques suisses d'autres hauts fonctionnaires.

L'ingénieux internaute, passionné par les montres de luxe, s'est servi d'un simple moteur de recherche d'images avec des mots clés tels que "secrétaire du Parti", "gouverneur", ou "chef du département".

Pour chaque photo affichant un responsable avec sa montre visible, il a ensuite agrandi la zone du poignet en sélectionnant --parfois sur des sites officiels-- le cliché ayant la meilleure résolution en pixels.

"J'aime les montres et je ne veux pas commettre d'erreurs. Je me rends dans des boutiques pour apprendre et je vérifie avec de nombreux supports. Je consulte aussi des experts qui travaillent dans des magazines de montres", a-t-il expliqué à l'AFP.

Un officiel s'est retrouvé exposé --photos à l'appui-- avec une collection de montres différentes selon les événements auxquels il participait.

Inutile de dire que cela a fait des vagues sur le Net, espace privilégié, malgré la censure, pour dénoncer les corruptions présumées ou les dénis de justice dans un pays où les médias traditionnels sont muselés. En quelques jours, Daniel Wu a vu le nombre de ses "suiveurs" sur Weibo dépasser les 20 000 inscrits.

Le travail de "Huaguoshanzongshuji" a même reçu un hommage détourné dans la presse d'Etat, alors que la corruption est un fléau national dans la Chine du parti unique.

Dans un commentaire publié samedi, l'agence officielle Chine nouvelle a estimé que les services de lutte contre la corruption "devraient s'inspirer" de sa méthode.

"Une simple montre peut révéler les actes de corruption cachés de certains responsables avides et cela montre que la corruption laisse des traces", a souligné l'agence.

Par Sébastien BLANC

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