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14 sept. 2015
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Lionel Bonneville (Jules Tournier & Fils): " Le vent tourne dans le bon sens "

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14 sept. 2015

Lancée en 1865, le fabricant tarnais Jules Tournier & Fils célèbre en ce mois de septembre son 150e anniversaire, tandis que Bercy vient de classer la structure Entreprise du Patrimoine Vivant. Lionel Bonneville, son président, revient pour FashionMag.com sur l’évolution de la société. Et notamment sur les effets d’un retour en grâce du Made in France, avec le retour de donneurs d’ordres jadis séduits par l’Asie.

Jules Tournier et Fils


FashionMag.com : Comment percevez-vous ce classement en Patrimoine Vivant ?

Lionel Bonneville : Nous sommes évidemment assez fiers. La demande avait été faite il y a six mois, et demandait la signature d’Emmanuel Macron lui-même. Cela va bien au-delà de notre simple activité textile puisque cela salue le travail des éleveurs et autres professionnels liés à notre activité. Et cela rejoint l’histoire que nous souhaitons raconter par nos produits : il s’agit d’un patrimoine, d’un terroir, qui n’est pas que du marketing. Et c’est ce dont nos clients internationaux sont très friands.

FM : Qui sont vos donneurs dordres aujourdhui ?

LB : Nous vendons à 50 % à l’international, et le premier marché est le Japon, très adepte des vieilles entreprises familiales et des savoir-faire ancestraux. La Chine devient également un marché important, tandis que les USA se renforcent grâce à la parité Euro/Dollar. Le marché français fonctionne également bien sur le marché qui est le nôtre, notamment auprès des créateurs haut-de-gamme. Nous comptons ainsi Vuitton, Agnès b, Kitsuné, Bleu de Paname ou encore Bonne Gueule parmi nos clients. Car il y a une clientèle qui a les moyens d’acheter français et de qualité.

FM : Avez-vous perçu un changement de mentalité à cet égard ?

LB : Beaucoup de nos clients et créateurs un peu pointus sont revenus d’Asie, et réclament du made in France. Avec des exigences en empreinte carbone, développement durable… Cette conjonction de facteurs a donné une volonté d’acheter français. Beaucoup ont eu de mauvaises surprises sur des questions de qualité, couleur ou taille, et sur des conteneurs entiers. Et ils se sont rappelés qu’ils connaissent un bon fournisseur dans le Sud-Ouest, fiable, et qui peut faire de petites quantités.

FM : Ce savoir-faire, comment lentretenez-vous ?

LB
 : Nous comptons une centaine de salariés sur nos 30 000 m² d’outils. Et nous essayons toujours d’insuffler une relation maitre/élève, comme en donnant carte blanche à nos stagiaires. Cela permet à cette nouvelle génération de toucher la réalité du métier. De développer des produits commercialisables, reproductibles, techniquement viables… Cela imprègne ces jeunes, que l’on revoit par la suite souvent dans les équipes de nos clients.

FM : Légataire dun savoir-faire, Made in France Vous sentez-vous soutenu par lEtat ?

LB : Nous avions été approchés, lorsqu’Arnaud Montebourg était ministre, afin de prôner le Made in France, notamment sur les marchés publics. Malheureusement, chaque appel se solde par des marchés allant à des sociétés étrangères, peu regardantes et prenant des libertés sur les cahiers des charges. Pour des questions de centimes, nous sommes passés à côté de contrats qui auraient amené beaucoup de travail sur 3 ans. Il faut une vraie remise en cause des acteurs publics, et que les donneurs d’ordres soient sensibilisés. Car ils condamnent nombre d’entreprises reposant sur ces marchés.

FM : Fort de votre aura importante, songez-vous à lancer votre propre marque ?

LB : Il est vrai que cela devient une marque forte. Nous y avons réfléchi, mais nous ne franchirons pas le pas de distribuer du produit fini. L’étape du concept est quelque chose que l’on s’interdit. Le vent tourne dans le bon sens, laissons-le nous porter. L’industrie a encore de l’avenir en France. Mais c’est douloureux. Ce n’est plus le même marché qu’il y a dix ans : il faut s’adapter au besoin de service et au sur-mesure. Ceux qui nous annonçaient voilà dix ans que nous étions finis, nous sommes heureux de les fournir à nouveau aujourd’hui. 

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