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Traduit par
Marguerite Capelle
Publié le
21 sept. 2021
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London Fashion Week: Erdem à Bloomsbury, Roland Mouret en Grèce

Traduit par
Marguerite Capelle
Publié le
21 sept. 2021

Le principal défilé du week-end à la Fashion Week de Londres était celui d’Erdem, dont le créateur s’est inspiré de son nouveau quartier, Bloomsbury, et de deux de ses légendaires excentriques, Dame Edith Sitwell et Lady Ottoline Morrell.
 

Erdem brille à Bloomsbury


 

Erdem - Printemps/été 2022 - Londres - Photo: avec l'aimable autorisation d'Erdem



Dans une mise en scène majestueuse au milieu des nobles colonnades du British Museum, ce défilé a été un véritable moment de grâce dans un après-midi marqué par d’intenses averses anglaises. Pour ajouter à cette impression d'authentique beauté, un double arc-en-ciel est apparu au-dessus de la cour, précisément au moment où les mannequins entraient pour le final.

"Je me suis installé à Bloomsbury pendant la pandémie, et j’ai commencé à réfléchir aux personnages qui habitent le quartier. Sitwell et Morrell étaient deux femmes incroyables et formidables: indépendantes d’esprit, et dans leur façon d’aborder la vie. Deux beautés extraordinaires qui vivaient en marge", expliquait le créateur à l’occasion d’une rencontre après le défilé.

Les deux femmes mesuraient un mètre quatre-vingt, elles se connaissaient et se plaisaient bien, et toutes deux ont fait des dons au British Museum – d’où le choix du lieu. Mais l’éternelle source d’inspiration d’Erdem, c’est bien sûr sa ville d’adoption avec ses citoyens et habitants inventifs. Dans un défilé pré-pandémie, la griffe avait présenté une collection Cecil Beaton à la National Portrait Gallery.


Erdem - Printemps/été 2022 - Londres - Photo: avec l'aimable autorisation d'Erdem


Le défilé de dimanche s’est ouvert avec un enregistrement de Dame Edith Sitwell récitant un poème du recueil "Jardiniers et Astronomes", en guise d’introduction à une collection sensationnelle. Notons en particulier les chemises smoking d’homme immaculées portées sur des jupes en lin toutes simples, rebrodées d’argent ; les robes en popeline blanche perforée ; les débardeurs en cachemire de mohair ; ou les trenchs coupe trapèze, à la silhouette très "édouardienne".

"Je me suis dit qu’il y avait quelque chose de vraiment beau et poétique dans cette idée d’astronomie et de jardinage. Bâtir quelque chose sur terre, mais le regard tourné vers les étoiles", souriait Erdem, en coulisses – ce jour-là, devant une série d’immenses hommes-taureaux ailés assyriens.

Mais les plus belles images étaient ces robes évasées surmontées de chapeaux à large rebord en mousseline de soie, dans une déclinaison de noir ou maxi-chintz floraux. "J’adore l’idée de ces fantômes de Bloomsbury, trottinant dans le musée en richelieu. Et puis la pureté du coton blanc semble inaugurer un nouveau chapitre, pour les 15 ans à venir", ajoutait-il.

Cette saison était également celle du 15ème anniversaire d’Erdem, d’origine canadienne, et le créateur a donc conclu avec une mariée, comme lors de ses débuts en 2006. Il a également cousu le nombre "15" sur un ou deux looks. Au milieu du défilé, Erdem a proposé quelques tenues pour gentlemen, avec des costumes coloniaux écossais de petits garçons ou encore des chemises à base d’élégants croquis de fleurs au crayon.

"J’ai réalisé ma première collection pour homme pendant la pandémie. Celle-ci sortira en novembre, alors créer son contrepoint était tout indiqué – il était elle, elle était lui. Ces deux dames ont toutes les deux eu des aventures amoureuses incroyables", gloussait-il devant une planche de tendance monumentale.


Erdem - Printemps/été 2022 - Londres - Photo: avec l'aimable autorisation d'Erdem


Dame Sitwell a réalisé un tour d’Amérique, et "chose incroyable, elle est devenue très amie avec Marylin Monroe", nous expliquait Erdem. Celle-ci apparaît sur une photo de la planche de tendance, à côté du célèbre portrait que Pavel Tchelitchew fit d’elle, et d’autres images d’Edith couverte de bijoux Elsa Peretti. Icône de mode reconnue, le dicton de Dame Edith Sitwell était célèbre: "Le bon goût est le pire vice jamais inventé".

Erdem les considère comme "des femmes qui vivaient en dehors de l’époque où elles ont réellement existé". Lady Morrell portait des tenues "édouardiennes" dans les années 1940, tandis que Dame Sitwell affectionnait les vêtements médiévaux. "Tout était décalé, décousu en termes de rapport au temps", déclarait Erdem, dont la collection paraît néanmoins remarquablement actuelle.

Le défilé était avant toute chose un rappel bienvenu des raisons qui poussent les créateurs à se mettre en quatre pour organiser ce genre d’événements.

"Il y a quelque chose d’incroyablement fort dans le fait de rassembler des gens pour découvrir une œuvre. Je crois que le film ne remplacera jamais ça. Voir et entendre le froufrou d’une robe qui bouge, c’est irremplaçable. C’est beau", déclarait le néo-habitant de Bloomsbury, qui a déjà organisé une présentation dans un jardin privé du quartier.

"Au fil des années, je me suis introduit dans toutes sortes de recoins minuscules", souriait-il, déclenchant l'hilarité de la vingtaine de fans présents.

Roland Mouret: Homère avec un twist kafkaïen



 


Alors que les créateurs n’arrêtent pas de tourner des vidéos de mode depuis 18 mois, Roland Mouret a poussé le concept un cran plus loin en s’offrant une véritable première de cinéma.

Le résultat a été dévoilé dans la salle de projection privée ultra classe du Soho Hotel, devant une troupe de rédacteurs, it-girls et fashionistas rassemblés à midi ce dimanche pour assister à une réinterprétation d’un chapitre clé de l’Odyssée.

Sauf que cette fois, Ulysse est un réfugié noir que trois belles sirènes sauvent de la noyade, alors qu’il interrompt leur baignade de l’après-midi, accroché à une bouée de sauvetage. Intitulé "Terma", ce film est la dernière collaboration en date de Roland Mouret pour appuyer et promouvoir les femmes créatrices. 

Le film a été filmé à Égine, une île proche d’Athènes, et met en scène Magaajyia Silberfeld en belle Héra, qui débarque un peu angoissée dans la Grèce d’aujourd’hui, avant de tomber sur deux autres sirènes – Pisinoé et Aglaopé. D’abord perdue, elle retrouve ses esprits après sa rencontre avec Pisinoé, avec qui elle passera la nuit, même si on ne sait pas trop si elles font l’amour ou pas.

"C’est du Homère, mais réinterprété par Kafka", expliquait Elia Borst, un français qui a coréalisé "Terma" avec Magaajyia Silberfeld.

Voilà une interprétation bienvenue du récit le plus célèbre de l’histoire, et un décor bien pensé pour les dernières trouvailles de Roland Mouret.

Beaucoup moins formelle que ne le sont traditionnellement les collections Roland Mouret, celle-ci comprenait des robes d’été boutonnées faciles à porter, dans des tons doux, ou encore des fourreaux dos nu aux couleurs vives, pour une scène de danse pleine de séduction. Quand les trois sirènes sauvent Ulysse de deux jaloux intolérants du coin, elles chevauchent des scooters en pantalons élastiqués et mignons tops plissés, à l’encolure garnie de volants.

Pour un cocktail nocturne dans une ferme délabrée, du taffetas, des robes en soie lurex plissée et des corsets en taffetas avec des capes.

Voilà une démonstration optimiste de la part d’un créateur qui l'est tout autant, dans les couleurs méditerranéennes de la jeunesse de ce Français: menthe pâle, perle, vieux rose et bleu océan.
 

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