Louis Vuitton voit grand à Saint-Germain-des-Prés

"Ils vendent tant de sacs". C’est ainsi que chez Arthus-Bertrand l’on commente la fermeture à la fin de cette semaine du magasin référence de la marque de médailles et bijoux place Saint-Germain-des-Prés et son remplacement par le grand voisin Louis Vuitton.

Toutefois, le point de vente Arthus-Bertrand ne disparait pas. Il sera seulement transféré début de semaine prochaine au 54 rue Bonaparte, dans un ancien magasin Georges Rech. Sans faire injure à la marque, le nouveau point de vente n’aura rien à voir avec celui que s’apprête à quitter Arthus-Bertrand. Surtout, il n’aura rien à voir avec le magasin historique, créé en 1890 dans cet immeuble construit à l’origine pour abriter un grand magasin de nouveautés comme on disait à l’époque, et déjà baptisé Aux Deux Magots.


Le café Les Deux Magots, Louis Vuitton et Arthus-Bertrand côté place Saint Germain des Prés

Sur son site, Arthus-Bertrand précise encore d’ailleurs: "La présence familière du magasin Arthus-Bertrand appartient à la Rive Gauche". D’ailleurs, l’histoire en avait déjà pris un coup il y a seize ans quand la marque de médailles avait cédé une bonne partie de sa surface à Louis Vuitton.

Surtout, l’agrandissement du magasin Vuitton sur celui d’Arthus-Bertrand n’est que la partie visible de l’iceberg. Louis Vuitton a bien d'autres ambitions qui sont, selon nos informations, en passe d’aboutir. Le fameux immeuble historique compte aussi le café Les Deux Magots et la librairie La Hune (à l’angle de la rue Saint Benoit). Pas question de toucher au café cher à Simone de Beauvoir ou Sartre bien sûr à moins de mettre le feu au quartier. La Hune en revanche devrait quitter sa surface actuelle.

Vuitton, qui se sent depuis longtemps l’âme culturelle, a trouvé la solution. Le groupe de Bernard Arnault a proposé en fait à la fameuse librairie de prendre la place de la boutique Christian Dior qu’il avait ouvert à l’angle de la place Saint-Germain-des-Prés et de la rue Bonaparte, côté Seine. Ce qui, selon nos informations, aurait été accepté comme un moindre mal. La boutique Dior vient d’ailleurs tout juste de fermer (mais la griffe est bien sûr présente Rive Gauche, au Bon Marché). Ce ne sera d’ailleurs qu’un juste retour des choses puisque Dior avait pris la place d’une célèbre librairie, Le Divan.

Ce jeu de chaises musicales va permettre à Vuitton d’avoir trois entrées, les deux actuelles place Saint-Germain-des-Prés et rue Saint-Benoit et donc boulevard Saint-Germain, juste à côté des Deux Magots. De quoi offrir à la Rive Gauche un magasin Vuitton digne de ce nom… comme dans les grandes capitales et non plus seulement un magasin de plus à Paris pour la griffe. Un objectif important au moment où le quartier de Saint-Germain-des-Prés est très demandé par les grandes enseignes et où Ralph Lauren a ouvert il n’y pas longtemps un immeuble référence.

L’ironie de l’affaire est que, cette fois, malgré le transfert d’Arthus-Bertrand, celui probable de La Hune dans un endroit moins bien exposé, aucune voix du Saint-Germain culturel ne s’élève pour regretter une nouvelle emprise du monde du luxe de la Rive Droite sur la Rive Gauche, alors qu'Hermès a ouvert rue de Sèvres et s'apprête à installer sa griffe chinoise Shang Xia dans la même artère.

Quand Emporio Armani a ouvert à l’angle de la rue de Rennes et du boulevard Saint-Germain dans les années 1990, on manifestait rue Saint Sulpice. Sans doute une nouvelle preuve que le Saint-Germain d’aujourd’hui n’a plus rien à voir avec le quartier historique comme l’écrit toujours sur son site Arthus-Bertrand "qui résonne des pas d’écrivains, de peintres et de poètes"…

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