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17 avr. 2020
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Loyers : les patrons d'enseignes vent debout face à la position de Bercy

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17 avr. 2020

Le 16 avril, le ministre de l'Économie Bruno Le Maire a reçu les acteurs de l'immobilier commercial, puis à fait part de ses recommandations en matière de loyer, à savoir l'annulation pour les petits commerces et l'étalement des paiements pour les plus grands réseaux, ce qui ne satisfait pas du tout les enseignes, qui réclament pour elles aussi l'annulation de leurs loyers. Un collectif de 200 dirigeants et 15 fédérations du secteur s'est même organisé pour porter leur appel à l'aide auprès des bailleurs et de l'État. Au lendemain de la prise de parole de Bercy, ces patrons affichent incompréhension et colère.


Les magasins non-alimentaires sont fermés dans l'Hexagone depuis la mi-mars. - DR


"L’attitude de l’État est très décevante et même incompréhensible ! Pourquoi soutenir des foncières qui n’ont pas participé à l’effort national ? La question de la collusion se pose manifestement. Je suis personnellement dégoûté par la situation que nous vivons mais nous ne lâcherons rien et combattrons tous ceux qui ne seront pas en faveur de l’emploi," a ainsi tempêté sur Linkedin Bris Rocher, directeur général du Groupe Rocher (Yves Rocher, Petit Bateau...).

Laurent Milchior, cogérant du groupe Etam, rappelle la position des patrons du commerce  : "Nous, retailers, le répétons : juridiquement, nous ne devons pas ces loyers. Pas de prestation, pas de paiement". Il indique aussi que malgré les aides concernant le chômage partiel notamment, les pertes sont conséquentes et que les enseignes ne peuvent tout simplement pas payer. "Demandez nos plans de trésorerie présentés aux banques pour le PGE (prêt garanti par l'État, ndlr), vous verrez la réalité des finances du commerce. Quid des impacts côté bailleurs ?"

Elisabeth Cunin, présidente de Kiabi, réclame également sur LinkedIn une audience auprès du gouvernement. "Nos commerces doivent être aussi entendus et reçus par Bruno Le Maire". Jean-Christophe Garbino, directeur général de Fashion3 (Jules, Bizzbee, Pimkie...) renchérit : "Bruno Le Maire doit être sous haute influence des foncières ! Il les reçoit aujourd’hui, demain, même samedi ! Et nous commerçants, représentants de 2,6 millions d’emplois... Quand nous reçoit-il ?"

Un bras de fer juridique, redouté, pourrait se mettre en place entre bailleurs et enseignes. "Le gouvernement doit jouer son rôle de médiateur pour éviter des contentieux de masse à la reprise", espère Jordan Rosner, directeur France de Sabon.

Emmanuel Le Roch, délégué général de Procos (fédération pour la promotion du commerce spécialisé) résume que la suppression des loyers "ne peut se limiter aux TPE. Cela n'a pas de sens et détruirait des milliers d'emplois et de magasins. Il faut absolument que le gouvernement en soit convaincu. Sinon, beaucoup de bailleurs - petits et gros - perdront leurs locataires, et on se demandera pourquoi la vacance commerciale a explosé ! Un seul avantage pour le commerce, les loyers s'écrouleront", prédit-il dans un post sur le réseau social professionnel.

Le collectif d'enseignes et de fédérations a mesuré que si rien n'était fait concernant leurs loyers, la crise actuellement vécue pourrait selon eux détruire en France 400 000 emplois et occasionner la fermeture de plus de 50 000 points de vente (boutiques et restaurants).

Appel commun des fédérations du commerce



Samedi, 16 fédérations de commerçants réunies ont fait savoir qu'elles jugeaient "insuffisant" l'appel, lancé par Bruno Le Maire et relayé par les principales organisations de bailleurs.

"Si les signataires saluent l'avancée pour les TPE (très petites entreprises), elles dénoncent des mesures encore très largement insuffisantes et qui ne répondent pas au cri d'alarme lancées par l'ensemble des entreprises et des acteurs du commerce", écrivent-elles dans un communiqué commun. "Cette mesure ne doit pas se limiter aux seules TPE bénéficiaires du fonds de solidarité", jugent-elles, estimant "inacceptable au regard de l'ampleur de la crise" le "périmètre excessivement restreint" envisagé par le ministre.

"C'est l'ensemble des commerçants, petits, moyens et grands, quelle que soit leur taille qui sont aujourd'hui fermés et qui sont menacés dans leur survie", soulignent-elles.
La mesure, ajoutent-elles, "ne peut pas concerner uniquement les grandes foncières immobilières, principalement propriétaires de centres commerciaux" qui représentent moins de 10% des commerces.

En outre, "cette mesure ne doit pas concerner uniquement la période de fermeture", car la reprise "sera très progressive et donc risquée économiquement et socialement" après la fin du confinement, selon elles. "Impossible pour un commerçant, quel qu'il soit, de payer un loyer normal dans une telle situation."

"Une solution collective est la seule capable de sauver les 2,6 millions d'emplois et les 400.000 entreprises de notre secteur", déclarent les auteurs du communiqué, représentant notamment l'alimentation, l'ameublement, la boulangerie, la bijouterie-horlogerie, l'électronique, les équipements sportifs, la franchise, l'habillement, les jouets, l'optique et la restauration, parmi lesquelles Procos, la Fédération Française de la Franchise, la FNH, l'Alliance du Commerce et l'Union Sport & Cycle.

Les 16 fédérations rappellent donc leurs exigences formulées dans une lettre ouverte adressée mardi au Premier ministre, au ministre de l'Economie et à la ministre du Travail: annulation des loyers durant la période de fermeture et leur indexation sur la réalité de l'activité dans les mois suivant la réouverture des magasins.



(Avec AFP)

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