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29 oct. 2021
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Luxe: avec le Covid, les investisseurs ont adopté une approche de long terme

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29 oct. 2021

Avec la crise engendrée par la pandémie, les fonds d’investissement ont vu leur rôle évoluer dans le secteur de la mode et du luxe. Si les opportunités se sont multipliées, avec à la clé de nombreuses opérations de fusion et acquisition, les investisseurs sont plus attentifs au potentiel intrinsèque des marques et à la manière d’accompagner leur développement sur le long terme, tel que l’ont illustré les intervenants du Milano Fashion Global Summit 2021.


Etro est tombé dans l'escarcelle de L Catterton cet été - © PixelFormula


"Investir à court terme n’est plus possible dans un marché qui change si vite. Les entreprises doivent être accompagnées aujourd’hui sur le long terme et se transformer en caméléon pour cueillir toutes les transformations en acte", estime Alessandra Gritti, directeur général de TIP Tamburi Investment Partners, entré récemment dans la société de textile haut de gamme Limonta et en 2019 dans la chaîne OVS.

"En cette phase de post-pandémie, les fonds regardent les acteurs du luxe différemment. Avant, la marque avait sa valeur indépendamment de sa situation économique. Aujourd’hui, l’entreprise doit être viable, en termes de modèle de business, mais aussi de capacité à produire du cash-flow, à rester sur le marché et à investir sur le moyen-long terme", observe Maurizio Tamagnini, l’administrateur délégué de FSI- Fondo strategico italiano, le Fonds stratégique italien, qui a pris en 2018 41,2% de Missoni.

Même son de cloche chez Andrea Bonomi, fondateur et président de la société financière Investindustrial, qui est en train d'accompagner Ermenegildo Zegna en Bourse à travers une SPAC (Special Purpose Acquisition Company). "Avec la crise du Covid, il y a désormais tellement d’urgences à gérer sur le court terme et de défis à affronter tels que digital et développement durable, que les investisseurs ont été amenés à changer d’approche. Il y a de plus en plus de fonds qui investissent avec une logique industrielle sur le long terme", indique-t-il.  

La recherche d'un partenaire opérationnel



"En fait, nous assistons à l’accélération d’une tendance déjà amorcée avant la pandémie. Avant, les fonds avaient une approche très financière, pratiquant surtout le rachat par effet de levier (Leveraged buy-out) avec d’excellents retours. Cela est en train de disparaître car les familles fondatrices de marques de mode de taille moyenne cherchent davantage aujourd’hui un partenaire opérationnel, qui puisse les accompagner pour devenir un acteur global du marché", analyse Luigi Feola, managing partner de L Catterton, le fonds de capital d’investissement cofondé par LVMH, qui a pris notamment le contrôle d’Etro cet été et de Birkenstock en février.

L’exemple de Missoni, est à ce titre, assez parlant, à en juger par l’intense transformation engagée par FSI au sein de l’historique maison en un an et demi. "Nous avons nommé Livio Proli au poste d’administrateur délégué, réduit les coûts, regroupé tous les bureaux en un même site à Milan, réorganisé les équipes avec de nouvelles ressources et talents surtout dans le digital, fusionné la deuxième ligne M Missoni dans la première, repris en interne la ligne Missoni Home via le rachat de T&J Vestor et enfin ouvert de nouveaux marchés en Asie et en Chine en y créant des filiales", détaille Maurizio Tamagnini.


Depuis que FSI est entré à son capital, Missoni a revu toute son organisation - © PixelFormula



Selon le dirigeant, Missoni devrait récupérer en 2021 son chiffre d’affaires de 2019, tandis que sa situation financière est positive. "Nous avons réussi à convertir un moment super difficile en une grande opportunité. Nous en sommes à la moitié du marathon. En plus de l’Asie, nous allons accélérer sur le multicanal et nommer sous peu un nouveau directeur artistique", poursuit-il.

La puissance des groupes français



Avec la pandémie, un autre facteur s’est révélé fondamental pour le secteur comme le note encore le dirigeant de FSI : "Les dimensions des entreprises sont devenues dramatiquement importantes. En cinq ans, les capitalisations boursières des principaux groupes de mode et luxe français sont passées de 200 à 500 milliards d’euros, tandis que celles des cinq premiers groupes italiens de 20 à un peu plus de 35 milliards".

Et de s’avouer pessimiste pour la péninsule. "Les Italiens sont les plus grands entrepreneurs du monde, mais pas nécessairement les meilleurs capitalistes. Il y a encore beaucoup d’entrepreneurs italiens qui portent le nom de leur société. Mais peu parviennent à avoir une vision, qui dépasse leur existence".

"La dimension de l’entreprise est le thème du moment. La question de la taille est primordiale pour maintenir des parts de marché", renchérit Alessandra Gritti, qui évoque elle aussi la comparaison entre la France et l’Italie. "Une fois qu’elles ont intégré les géants du luxe français, les entreprises italiennes se sont envolées, exploitant également les synergies du groupe dans la distribution, qui leur ont permis de bénéficier des meilleurs emplacements. Toute la finance qui a été injectée dans ces marques rachetées par les grands groupes, alors qu’elle a cruellement manqué aux sociétés italiennes, c'est ce qui a fait la différence en termes de développement et de dimension des entreprises ces dernières années", conclut-elle.

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