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17 nov. 2021
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Luxe: repenser la chaîne d’approvisionnement est une priorité pour l’industrie

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17 nov. 2021

Les enseignements tirés de la pandémie vont amener les entreprises de la mode et du luxe à revoir en profondeur leur chaîne d’approvisionnement, en se rapprochant de leurs fournisseurs pour gagner en flexibilité, tout en intégrant davantage une logique de durabilité. Une révolution destinée à accélérer la rationalisation de l’ensemble de la filière du textile et de l’habillement. Telles sont les conclusions d’une étude présentée mercredi à Milan par Sistema Moda Italia (SMI), qui fédère les entreprises du secteur, à l’occasion de son assemblée publique.


Uno Maglia, le fabricant de maille a été racheté par Holding Industriale - holdingmoda.it


Sur les neuf premiers mois de 2020, l’industrie mondiale du luxe a perdu 13 milliards d’euros, reculant de 31% par rapport à 2019. Ce recul a touché inégalement les entreprises. Ainsi 40% d’entre elles ont été affectées par une chute de plus de 35% de leurs ventes. Dans les biens personnels de luxe, la baisse de la demande s’est élevée à 20%-25%. En cette période de reprise, le très haut de gamme est destiné récupérer plus fortement et rapidement par rapport au segment premium.

Comme le souligne l’auteur du rapport, Luca Bettale, associé de Long Term Partners, le bureau italien de OC&C, la reprise n’est que partielle, avec les marchés européen et japonais encore fort éloignés de leur niveau de pré-pandémie et un flux touristique toujours en berne, tandis que de nouvelles criticités se font jour, apportant de l’incertitude à l’incertitude, telle l’explosion des prix de l’énergie et des matières premières. A cela s’ajoute les grandes tendances de fonds, qui se sont accélérées avec la pandémie : l’explosion des achats locaux, la montée en puissance des jeunes générations, avec des goûts vestimentaires orientés sur une mode plus confortable au détriment de l’habillement formel, la personnalisation toujours plus demandée du produit et des services, la montée en puissance de la digitalisation passée de 5% à 20% du chiffre d’affaires des marques, la durabilité devenue un prérequis dans la plupart des achats de luxe, enfin l’importance de la technologie.

"Avec le Covid-19, les acteurs du marché ont pris conscience de l’extrême vulnérabilité de leur modèle face à la discontinuité de la demande. Ils doivent prendre en compte aussi de nouveaux paramètres, telle que la croissance sur tous les marchés de la très forte attention envers les thèmes écologiques, qui détermine toujours plus l’achat d’un bien de luxe, surtout auprès des jeunes. Ces derniers veulent la circularité et vont vers les marques qui l’appliquent", indique le chercheur.

Dans ce contexte, il devient urgent pour l’industrie du luxe d’adopter un processus décisionnel plus rapide et surtout de revoir son modèle opérationnel, à commencer par son organisation interne, son engagement avec ses fournisseurs et sa logistique en amont et en aval. Le but est de mieux se protéger face aux situations de risque, par exemple en ne remplissant plus entrepôts et boutiques en début de saison, mais en gardant les produits dans un site central pour le distribuer selon les besoins. Les griffes doivent intégrer à leur business model deux nouveaux éléments fondamentaux, estime encore Luca Bettale : la valeur du temps, qui est devenue beaucoup plus importante, et la durabilité.
 

Vers une optimisation du nombre de fournisseurs



Selon ce dernier, cette radicale réorganisation va amener les maisons à optimiser leur portefeuille de fournisseurs, en identifiant les déficiences de leur chaîne d’approvisionnement et les moyens pour y remédier. "Les entreprises sont toutes en train d’évaluer un changement de fournisseurs pour choisir les plus réactifs et ceux capables de s’adapter aux contraintes d’une production durable. On va vers une sélection très forte, où il y aura forcément des vainqueurs et des perdants. Sur ce thème, l’Italie est en pôle position et doit le rester. Il y aura donc un rapprochement nécessaire avec les fournisseurs et des programmes partagés entre les deux parties, en termes de durabilité et responsabilité sociale", note-t-il.


La réunion publique de SMI au cours de laquelle a été présentée l'étude - SMI


"Pour amorcer un tel virage, technologie et grande échelle sont incontournables. Cela implique de créer l’ensemble du processus avec un fondamental apport technologique et une connexion entre toutes les parties prenantes. De grands investissements sont nécessaires, tout comme une approche à grande échelle, qui peut se faire de manière horizontale, par exemple autour de la production d’un même type de produit, ou verticale en offrant un service complet", explique Luca Bettale.

Vision et flexibilité



Concrètement, cette nouvelle vision implique pour les fournisseurs d’offrir une créativité continue et un développement rapide des prototypes, en étant capables de donner sans cesse des idées aux marques en forte demande. Ils doivent également planifier et gérer la demande via la production de lots économiques plus petits à livrer à des rythmes plus fréquents. La livraison ne doit plus être considérée comme une dealine, mais comme un rendez-vous.

Introduire de la flexibilité tout au long du processus dans ces nouveaux modèles de production signifie aussi en partager les coûts avec les clients. De même, les fournisseurs vont devoir partager objectifs et coûts avec les marques en termes d’investissements pluriannuels pour le développement durable. Une évolution, qui va pousser le secteur à s’agréger davantage. Cela se traduit, d’une part, par une verticalisation avec de plus en plus de maisons et groupes de luxe rachetant leurs fournisseurs, et d’autre part, par des opérations d’agrégations menées par des fonds d’investissements.
 
"En synthèse, il faut miser sur la proximité de la production. Exit donc Chine, Vietnam, Bangladesh et Inde, à la faveur d’une plateforme européenne et d’un peu plus de Turquie. Il faut se centrer sur des modèles plus efficients afin d’établir un rapport plus flexible avec des fournisseurs plus réactifs, tout en maintenant une extrême attention à l’environnement", conclut Luca Bettale.

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