Lyne Cohen-Solal (Institut National des Métiers d’Art) : « Les grands groupes oublient parfois qu’il y a des gens qui débutent »

Il y a 18 mois, Lyne Cohen-Solal remettait à Bercy un rapport peu tendre sur l’état de la filière et des instances françaises de la mode et du luxe. Décrivant un univers décousu, dépassé, voire hasardeux, l’ex-élue parisienne appelait à la création d’un label « Mode d’Auteur » et au rapprochement des écoles et fédérations. Un rapport qui est intervenu lors d’un « bon alignement des planètes », nous raconte aujourd’hui la présidente de l’INMA (Institut National des Métiers d’Art).

Lyne Cohen-Solal - AFP

« Les présidents des différentes fédérations venaient ou s’apprêtaient à changer, c’était une bonne coïncidence », nous a confié Lyne Cohen-Solal à l’occasion des 80 ans de la Fédération Française de la Maroquinerie. « Cela n’empêche pas que, du côté des professionnels, les accueils ont été très divers. Certains sont plus pincés que d’autres ». Il faut dire que le chantier voulu par la responsable est d’envergure : créer une économie des industries créatives. Notamment en cessant les petites aides séparées pour l’industrie, l’artisanat et la culture, et en développant l’ensemble de ces métiers via une seule administration, comme c’est le cas outre-Manche.

« Ce rapport avait surtout pour objet de faire prendre conscience d’un certain nombre de faits et de constats sur les retards. En particulier sur les formations. La France est terriblement en retard sur la modernisation des homologations, alors qu’on y arrive sur la formation. L’homologation est vieillotte : on ne peut pas continuer à donner à des gamins des DSA (diplômes de spécialisation et d'approfondissement) ou autres, alors que dans des pays à côté, ils ont des licences et des masters. Les Français sont exactement au même niveau, mais dès qu’ils franchissent notre frontière, ils sont rétrogradés, si j’ose dire, alors qu’ils ont de très belles formations. »

L’accompagnement des jeunes talents est d’ailleurs un autre point clef pour redorer l’activité de la filière, pour Lyne Cohen-Solal, qui pointe le déséquilibre du système en place. « Ces créateurs, pour certains géniaux, et que la France a la chance d’avoir, sont parfois un peu oubliés, ou délaissés, au profit des très grosses entreprises, qui sont effectivement très importantes. Ces grosses structures jouent leur rôle, mais souvent, les grands groupes oublient aussi parfois qu’il y a des gens qui débutent et que ces gens-là ne leur font pas concurrence. Il ne faut pas avoir peur de la concurrence, bien au contraire. Quant à savoir si la situation s’améliore pour les jeunes créateurs…. I hope so ! (sic) »

Pour l’heure, la France resterait un peu désarmée quant à ses métiers intrinsèquement liés à l’art et au savoir-faire. « Nous ne savons même pas combien de personnes travaillent en France dans les métiers d’art », s’est ainsi indignée Lyne Cohen-Solal devant les professionnels du cuir. Filière dont elle a salué le travail :  « Vos produits sont des expressions de notre culture parmi les plus emblématiques et forts ».

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