Lyon : la Presqu'île achève sa mutation commerciale

Il aura fallu trois ans pour redonner au Grand Hôtel-Dieu son lustre d'antan. Confié à Eiffage Construction, le chantier de réhabilitation de l'ancien hôpital lyonnais, dont les premières pierres ont été posées au XIIème siècle, a nécessité au total le travail de 1 200 ouvriers, pour un résultat qui sera dévoilé le 27 avril. L'inauguration de ce nouveau lieu de shopping marque le point d’orgue de la transformation de la Presqu’île lyonnaise.


Le Grand Hôtel-Dieu, du côté des quais du Rhône, encore en travaux - DR

Classée au patrimoine mondial de l’Unesco depuis près de vingt ans, cette partie de Lyon coincée entre le Rhône et la Saône a entamé une vaste mutation qui passe par l’embellissement de ses espaces publics via le projet "Cœur Presqu’île" pour lequel la mairie et la métropole ont débloqué 27 millions d’euros, mais aussi et surtout par un renouveau commercial. L'ouverture du Grand Hôtel-Dieu est certainement l’événement le plus attendu des Lyonnais. Et ce, même si l'ouverture ne concerne qu'un pan du projet pour l'heure.

Du côté de la rue Bellecordière, parallèle à la rue de la République, ce sont une vingtaine de boutiques, sur les 45 prévues, qui ouvriront. Parmi celles qui s'apprêtent à éclore, Bobbies, Citadium, Montagut ou encore Marie Sixtine, mais pas encore de grandes enseignes internationales comme précédemment annoncé. Il faudra également attendre la fin de l’année pour assister à l’ouverture de l’hôtel Intercontinental, et encore 2019 pour celle de la Cité de la gastronomie. Les instigateurs du projet - dont le Crédit Agricole Assurances propriétaire des mûrs depuis 2015  - n’ont pas souhaité répondre à nos nombreuses sollicitations avant l’ouverture officielle. Une ouverture scrutée par les autres acteurs commerciaux de la ville.


Les différents pôles commerciaux de la presqu'île lyonnaise - FashionNetwork

La reconversion du Grand Hôtel-Dieu signe la fin de la transformation

« Son inauguration parachève le positionnement de la presqu’île. Avec la Cité de la gastronomie, le bâtiment iconique de la ville va devenir un lieu de vie autour de Lyon et de sa région », souligne Clément Chevalier, directeur de l’association de commerçants My Presqu’île. Une nouvelle dynamique nécessaire pour la presqu'île qui, avec ses 1 500 commerçants, enregistre un chiffre d’affaires de 658 millions d’euros*, dont 74 millions d’euros pour le prêt-à-porter féminin et 41 millions pour la beauté, alors que le centre commercial Lyon Part-Dieu et ses 300 enseignes totalisent des ventes à 700 millions d’euros. Une disparité qui laisse donc entrevoir un potentiel conséquent.


Le lancement de la marque Grolée-Carnot République et de sa campagne, ici rue du Président Carnot - DR

C’est dans ce sens que trois artères de la presqu’île ont uni leurs forces le 30 mars dernier en lançant la marque : "Grolée-Carnot, République". Le tout à grand renfort d’événements dans les boutiques du quartier et d’une campagne de communication locale. « Les centres commerciaux sont devenus des lieux de destination où, grâce à un marketing et une offre axés autour du plaisir, les gens se baladent sans nécessairement acheter. Les centres-villes ont un peu perdu sur ce terrain-là, mais nous avons un fort potentiel et nous pouvons utiliser les mêmes outils que nos concurrents pour créer un parcours client très fort avec une identité propre », explique Christophe Fournage, le président de Firce Capital qui gère le quartier Grolée-Carnot, situé dans le 2e arrondissement de Lyon, pour le compte du fonds souverain d’Abu Dhabi.

Créer des parcours shopping attractifs

Entre changements de propriétaires et révision du positionnement, dix ans auront été nécessaires pour que Grolée-Carnot finisse sa mutation. « A l’origine, le quartier voulait s’orienter vers le luxe mais aucune enseigne n'est venue. Il s’oriente désormais vers le mass-market avec l’arrivée d’Uniqlo, de Women'secret ou de Flying Tiger », détaille Clément Chevalier. Et si le «carré d'or »  qui s'étend du quartier des Jacobins, entre Bellecour et les Cordeliers, reste le quartier du luxe avec Louis Vuitton ou encore Cartier, la mue de Grolée-Carnot qui est passée par une remise aux normes internationales – désamiantage ou création d’accès pour les personnes handicapées - lui permet désormais d'accueillir des enseignes comme Dr Martens, l’une des dernières à s’y être installée sur 80 mètres carrés, alors que Decathlon City arrivera en 2019 sur 1 000 mètres carrés.


Lyon Confluence - PixelFormula

« Il a été plus difficile que prévu d’ouvrir les locomotives commerciales. A plusieurs reprises, Uniqlo a fait revoir l’enveloppe architecturale de sa boutique. De plus effectuer des travaux en milieu occupé reste un défi », souligne Christophe Fournage, indiquant que le montant des investissements s’élève à 20 millions d’euros. Selon lui, sur les 20 enseignes que comptent les rues Grolée et Carnot, une seule unité n’a pas encore trouvé preneur. Pour que ces investissements ne soient pas vains, l’union avec la rue de la République - qui à elle seule génère 37 % du chiffre d’affaires de la presqu’île - est stratégique. Des initiatives pour favoriser les longues plages de shopping, telles que l’ouverture d’une garderie rue Grolée, sont également prévues.  Un service souvent proposé dans les centres commerciaux.

Un autre défi reste également à relever sur la presqu’île lyonnaise : arriver à relier ses artères commerçantes du centre au quartier de Confluence et son paquebot commercial. Un centre de 53 000 mètres carrés qui, selon Clément Chevalier, s’affirme de plus en plus comme "le" pôle loisir de la presqu’île générant un gros trafic piétonnier. Mais pour circuler en toute fluidité, une ombre au tableau : la présence de la gare de Lyon-Perrache et surtout d'un échangeur qui créent un véritable point de rupture.

La Part-Dieu se refait aussi une beauté

Si la presqu’île lyonnaise se métamorphose, un autre quartier de la cité rhodanienne prépare sa mue : la Part-Dieu. Une cure de jouvence dont la pierre angulaire n’est autre que le centre commercial éponyme, auquel le promoteur Unibail-Rodamco veut offrir un nouveau visage d’ici à 2020. L’objectif : « ouvrir ce blockhaus sur la ville », comme nous l’expliquait en décembre Anne-Sophie Sancerre, directrice retail France d’Unibail-Rodamco, propriétaire du mall construit en 1975 et rénové en 2010. La grande structure de béton va ainsi adopter des enceintes translucides plus actuelles, tandis que son toit, actuellement utilité comme parking, deviendra un espace végétalisé. Quelque 32 000 mètres carrés seront au passage créés pour porter l’ensemble à 159 000 mètres carrés, ajoutant 65 cellules aux 240 existantes. Surtout, le centre gagnera un multiplexe de 18 salles et un pôle de 24 nouveaux restaurants, destinés à animer le quartier au-delà des horaires d'ouverture des commerces.


Le futur visage de La Part-Dieu, où les façades miseront sur la transparence. - Unibail-Rodamco

Une logique d’animation de quartier que la métropole espère voir se propager à l’ensemble de La Part-Dieu « Le commerce dans le quartier est aujourd’hui polarisé sur le centre commercial et sa périphérie directe, explique Michel Le Faou, vice-président de la Métropole de Lyon, en charge de l’urbanisme. « Nous avons donc mis en place une logique de socles actifs, avec des commerces en pieds d’immeubles, ce qui jusqu’à présent n’était pas vraiment le cas ». Ce sont ainsi de 6 000 à 7 000 mètres carrés qui sont amenés à voir le jour autour de la gare de la Part-Dieu, dont le trafic journalier de 125 000 usagers devrait atteindre les 220 000 d’ici 2030. Soit autant de potentiels futurs clients.

Sarah Ahssen et Matthieu Guinebault

*Source CCI Lyon Métropole

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