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Made in France : 33 mesures pour réindustrialiser la mode française

Publié le
1 juil. 2020
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Comme l'avait révélé FashionNetwork.com, un groupe de travail de l'Union Française des Industries de la Mode et de l'Habillement (UFIMH) élabore depuis mai une stratégie de relocalisation et réindustrialisation de la filière. Les quatre commissions dévoilent aujourd'hui 33 mesures à même d'accompagner un retour des commandes de textile/habillement sur le territoire français.


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Comme nous l'expliquait durant le confinement Marc Pradal, président de l'UFIMH, une quinzaine d'acteurs et industriels de la filière se sont impliqués dans ce projet, répartis en quatre commissions. Celles-ci étaient respectivement dédiées à la stratégie de la filière et l'impact sur les coûts, à l'indépendance industrielle et la prévalence des achats nationaux, et à l'amélioration de l'outil industriel. Sans oublier un axe de réflexion focalisé sur les mesures fiscales et autres accompagnement financiers.

"Après une forte période de délocalisation, les consommateurs seront les premiers acteurs de ce changement en choisissant une consommation plus locale" détaille Marc Pradal. "La prise de conscience collective entraine un choix de société. Mais pour que nos entreprises répondent à ces aspirations de sens et de changement, il faut qu’elles puissent être compétitives. L’objectif, en partenariat avec l’État, est donc, en accompagnant nos entreprises, de protéger nos emplois, notre modèle social et notre environnement. Pour cela, il est nécessaire de tendre à une chaîne de valeur industrielle mieux équipée et plus équilibrée, innovante, privilégiant les 'circuits courts', utilisant des leviers liés à la commande publique ou la fiscalité. C’est à ce prix que l’on pourra construire une mode désirable et durable, accessible à un plus grand nombre."

Sur le premier point, La collaboration et stratégie de filière, le rapport propose la création d'une plateforme collaborative et d'outils partagés. Et de s'appuyer en cela sur l'expérience de Savoir Faire Ensemble, plateforme qui a réuni marques, façonniers et tisseurs autour de la production de masques durant le confinement.

Afin d'aborder ces sujets avec pragmatisme, est au passage proposée la création d'un comparateur de coûts France/import à même "d'objectiver les coûts réels". Une campagne de communication "positive" est également imaginée, sur le modèle des travaux menés par les ETI, ainsi qu'un développement du tourisme industriel. Mentionnant la lutte contre le "faux Made in France", le rapport appelle à un Grenelle de la fabrication tricolore, ainsi qu'à une cartographie précise par l'État de l'outil industriel français.

Une mesure hautement symbolique serait d’exiger une fabrication française pour les vêtements représentant la France



Sur le point de L'indépendance industrielle et de la prévalence des achats nationaux, l'UFIMH propose la mise en place d'une "base industrielle technologique française de la protection individuelle". Soit faire de l'État le garant ultime de la souveraineté nationale en lui donnant un rôle de coordonnateur. Les commandes publiques sont évidemment au cœur de ce projet. A ce jour, une mise en concurrence est obligatoire à partir de 40 000 euros de commande. Les représentants de la filière propose de passer le montant à 100 000 euros, afin de permettre aux acteurs du public d'en appeler à leur tissu d'entreprises locales.

Est également demandée une obligation d'au moins 15 à 20 % de production française dans les commandes. Dans cette démarche, les critères RSE doivent être mieux certifiés, et pris en compte avec une pondération de 10 à 15 % sur les montants. "Enfin, une mesure hautement symbolique serait d’exiger une fabrication française pour les vêtements représentant la France (sportifs, événements nationaux …)", indique l'UFIMH.


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L'amélioration de l'outil industriel est également développée. "La France souffre d’un déficit d’agilité en termes de prototypage. Le problème, au-delà du prix, est d'avoir accès aux tissus et accessoires afin de pouvoir réaliser rapidement des prototypes et déclencher ainsi la commande."

"Il est donc indispensable que la filière s’organise pour renforcer sa faiblesse", pointe le rapport, qui évoque la création d'un outil de virtualisation offrant idéalement matériauthèque, prototypage 3D, patronages, gradation, prix de revient et autres. Une campagne devrait en outre être menée pour permettre aux entreprises de s'approprier les dernières avancées comme les textiles intelligents, objets connectés ou encore sur les utilisations de l'intelligence artificielle...

Une vision commission "Technique et Innovation" pourrait ainsi être organisée par l'IFTH (Institut Français du Textile et de l'Habillement), dont le rapport pointe que le financement public n'est pas sécurisé.

Soutien à l'investissement dans l'outil de production



Le dernier point porte sur les mesures fiscales et accompagnement financier de la filière. Le maintien et l'élargissement du principe du Crédit Impôt Collection est demandé, de même que la mise en place d'un Crédit Impôt Production de 1 000 euros par salarié. Sans oublier la mise en place d'un "contrat de travail souple" permettant de créer des emplois de couturière à domicile.

En termes d'investissements, BPI France et la Caisse des dépôts sont appelés à aider les entreprises à investir dans des outils de production plus souples en termes de quantité produits. Est proposée la mise en place d'un plan annuel d'investissement technique et financier afin d'accompagner la transition. La formation n'est pas oubliée, et l'UFIMH veut mettre à profit l'opérateur de compétence Opcalia pour accompagner les entreprises.

Reste désormais à connaitre la réaction de Bercy à ces demandes. Des propositions qui viennent d'une filière que le ministère de l'Économie et des Finances a placée dans une fâcheuse posture. Son appel à accélérer les productions de masques durant le confinement s'est en effet transformé en massif problème de trésorerie, alors que les stocks ne se vendent plus depuis le déconfinement face aux commandes importées.

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