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Made in France : reprise d'activité pour l'industrie du textile/habillement

Publié le
28 août 2020
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5 minutes
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Les entreprises françaises du textile-habillement ont retrouvé en moyenne 75% de leur activité, a appris FashionNetwork.com. Et si la production de masques s’est arrêtée, une récente hausse de la demande permet d’écouler les stocks. A l’occasion du salon Made in France Première Vision, les représentants de la filière nous parlent des prochains défis à relever.


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“Durant l’été, les entreprises ont retrouvé entre 70% et 75% de leur activité normale”, indique à FashionNetwork.com Yves Dubief, président de l’UIT (Union des industries textile). Des chiffres sur lesquels le retjoint Marc Pradal, président de l’UFIMH (Union française des industries mode/habillement). “Les entreprises ont repris leur activité, et cessé toute production de masques durant l’été”, indique ce dernier. “Pour certains, les carnets de commandes ne sont pas encore très remplis. Beaucoup sont très dépendants des groupes de luxe, dont l’activité commence à peine à reprendre en Asie. Ce qui donne une visibilité assez courte.”

Yves Dubief relève néanmoins qu’il n'y a pas eu à sa connaissance “d’accident” ou de plan social déclaré parmi les entreprises du secteur. “Ce qui veut dire que les mesures de soutien qui ont été mises en place par le gouvernement, comme le chômage partiel, ont permis aux entreprises de passer le cap. Et de retrouver pour certaines une vitesse de croisière correcte, et pour d’autres de s’en approcher”, pour le responsable.

La production du masque a par ailleurs permis aux entreprises du secteur de poursuivre une forme d’activité, et de maintenir leurs salariés en poste. Ce qui, comme le relevait précédemment FashionNetwork.com, n’a pas été sans poser des problèmes d’invendus. Alors que Bercy revendiquait surtout pousser le textile français à accélérer la production, la concurrence croissante des masques importés a rapidement freiné la demande.

En finir avec les masques invendus



Mais les récentes annonces concernant le port obligatoire du masque tendraient à inverser la tendance, nous indique Yves Dubief. Ce que confirme Marc Pradal. “Sur le mois de juillet, la filière recevait 200.000 demandes de masques. En quelques jours, on est repassé à 700.000. Le stock d’invendus aurait d’ores et déjà été réduit de 40 à 20 millions d’unités". Pour aider à trouver des débouchés, Bercy avait au printemps missionné Yves Dubief et Guillaume Gibault, fondateur du Slip Français. Une mission qui a révélé plusieurs freins à l’achat de ces masques "made in France".

“Nous avons reçu un bon accueil de la part des interlocuteurs avec lesquels nous souhaitons échanger”, raconte Yves Dubief. “Mais ils nous ont expliqué avoir beaucoup commandé à l’étranger au début de la crise. Et que le télétravail massif a fait que les stocks acquis, qui devaient aller jusqu’à octobre, vont finalement tenir jusqu’à 2021. Et pour les masques réutilisables se pose aussi la question du lavage, car les entreprises se demandent si c’est à elles de l’organiser. Et la position de l’inspection du travail sur la question ne facilite pas les choses, et décourage les entreprises de recourir à ces masques en tissu.”


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Pour Marc Pradal, si les ventes repartent, il se dessine toujours une concurrence vive autour des masques. La filière a un temps espéré que l’État se porterait acquéreur des stocks d’invendus, avant que Bercy ne mise vainement sur les entreprises pour acquérir les pièces. C’est donc à nouveau vers l’exécutif que se tournent les demandes, d’autant que l’État s’est dernièrement engagé à fournir des masques aux personnes dans le besoin. 

“On comprend très bien que les masques sont distribués par la puissance publique aux Français dans les situations les plus difficiles”, explique Yves Dubief. “Ce sont souvent des masques achetés à l’importation, commandés au plus fort de la crise. Ce que l’on souhaite aujourd’hui, c’est que la reconstitution de ce stock se fasse auprès d'entreprises françaises. Que les surstocks soient rachetés par l’État. Si les stocks de l’État passent sous le seuil minimum, il doit acheter français.”

Les yeux vers la relocalisation



Alors que le président de la République appelait très tôt dans la crise à retrouver une indépendance industrielle de la France, la filière textile espère sortir de cette crise avec une vaste stratégie de relocalisation de son activité. Suite au rapport dédié remis à Bercy au début de l’été par la filière, les ministères de l’Écologie et des Finances ont réclamés des interlocuteurs dédiés.

Sur les questions liées aux entreprises en difficulté dans les secteurs de la mode et du luxe, le Comité stratégique de filière (CSF) a confié ce rôle à Clarisse Reille, présidente du Defi. Comité professionnel dont le gouvernement Philippe cherchait encore il y a peu à grever le budget. Sur les questions de relocalisation, la tâche a été confiée à Jean-Pierre Tolo, président de la Fédération française de la maroquinerie, et à Marc Pradal. 

“Dans le contexte de récent remaniement, nous sommes satisfaits de pouvoir poursuivre nos échanges avec Agnès Pannier-Runacher (précédemment secrétaire d’Etat auprès de Bercy, maintenant ministre déléguée à l’Industrie, ndlr)”, explique Marc Pradal, qui nous précise avoir tenu une réunion durant la dernière semaine d’août pour aborder différents points tels que l’investissement, le crédit-impôt collection, le soutien fiscal et les dispositifs de formation. Alors que le Premier ministre Jean Castex a prévu plusieurs annonces durant la première semaine de septembre, une réunion de travail correspondante est d’ores et déjà prévue le 9 septembre prochain avec Agnès Pannier-Runacher.


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Pour Yves Dubief, la relocalisation du secteur textile/habillement doit passer par des signes forts, “comme la reconstitution d’une filière lin et chanvre 100% française, avec le retour des filatures en France”, souligne-t-il. “Or, pour que cela fonctionne, il faut que les entreprises françaises retrouvent leur compétitivité. D’où l’espoir entourant le projet de baisses d’impôts pour l’industrie. Au niveau européen, il faut une taxe carbone aux frontières de l’Union si nous voulons être à égalité avec les produits importés. Ce qu’a mentionné le Premier ministre aux universités d'été du Medef."

En attendant de futures mesures de soutien, les industriels du textile-habillement s’inquiètent surtout quant à la situation des marques et enseignes. Secteur dans lequel les mauvaises nouvelles se sont multipliées depuis le printemps. “Ils souffrent terriblement”, déplore Marc Pradal. “Et cela aura des répercussions sur nous dès cette année, mais surtout l’an prochain. C’est donc une grosse inquiétude.”

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