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Maison Margiela : déconstruction et rébellion, pour un retour dans le Marais

Traduit par
Marguerite Capelle
Publié le
23 janv. 2020
Temps de lecture
3 minutes
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John Galliano a marqué le retour à son ancien quartier avec une impressionnante démonstration de la beauté détraquée qui fait sa marque de fabrique, un mercredi matin frisquet, dans le Marais, le quartier parisien historique où il a vécu pendant près de vingt ans.


Maison Margiela Haute Couture

 
Le défilé était présenté à l’Hôtel Coulanges, une demeure grandiose en cours de rénovation. Le deuxième étage avait été entièrement repeint en rose, avec des empreintes de pied à la bombe, et quelque 200 invités installés sur des chaises d’école roses.

Après une longue attente, Galliano a présenté plusieurs merveilleuses inventions mode. Des pièces dignes d’entrer immédiatement au musée, mais aussi des idées mode pleines d’assurance, et des assemblages accrocheurs savamment déconstruits.

Le couturier britannique impressionnait également avec ses manteaux de bandits de grand chemin massivement évasés, avec des boutons manquants et de faux points décousus. Pour le soir, il s’est concentré sur des fourreaux à découpes – et très transparents – en velours ou en cuir, avec des dessous aux coloris assortis, avant d’associer les deux idées dans un pied de nez pour initiés particulièrement spirituel.

Les mannequins portaient des coiffures en résille, et on avait du mal à identifier leur genre. Avec des lèvres bleues et des chapeaux farfelus en forme de pots de plante à l’envers, tous semblaient destinés à se rendre à un super Bal des Victimes, mais pas pendant la Révolution Française, plutôt à 5 heures du matin dans un club techno berlinois.

Comme les vêtements, la bande-son était un mix composé de plusieurs titres du regretté Malcolm McLaren, avec aussi Serge Gainsbourg et Jane Birkin gémissant Je t’aime Moi Non Plus, et the Sound of Music pour le contraste.

Il a gardé le meilleur pour la fin, avec un septuor de types réinventant avec esprit les gentlemen de la City. Des costumes de banquier rayures tennis, les épaules découpées, et cousus au point de sellier.

Retour donc à son art emblématique de la déconstruction, mais aussi au théâtre de sa déchéance. C’est dans le café La Perle tout proche que sa diatribe avinée enregistrée sur un téléphone portable avait entraîné son éviction de chez Christian Dior.

Après des applaudissements nourris, pas de salut. Galliano ne l’a jamais fait depuis qu’il est chez Margiela, quittant souvent les lieux au dernier passage. Et quand un rédacteur a demandé en coulisse où était passé le couturier, quelqu’un des relations publiques a répondu : « Oh, il est parti hier ! ».

Après le défilé, un groupe de rédacteurs a traversé le quartier jusqu’à la nouvelle parfumerie Dover Street Market, pour le lancement de la dernière fragrance Margiela, Mutiny, créée par Galliano.

Quoi que l'on puisse dire de John, personne ne pourra jamais l’accuser d’être paresseux.

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