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24 avr. 2019
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Mali : voyage au pays de l'or blanc

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AFP
Publié le
24 avr. 2019

Aux premières lueurs du jour, cinq mois durant, les paysans maliens de Siby prennent la route des plants de coton. Chacun muni d'un sac propre, en file indienne, ils se partagent le champ car la récolte est un travail collectif et méticuleux.

Sur la propriété de Daouda Camara, près de la frontière guinéenne, plusieurs équipes s'affairent du lever au coucher du soleil en une chaîne qui part de la plantation et aboutit aux espaces de stockage des graines de coton, classées par catégorie: premier, deuxième et troisième choix.


AFP/Archives/MICHELE CATTANI


« Sur un hectare, nous investissons plus de 100 000 FCFA (environ 150 euros). Après la récolte, on peut rembourser la somme investie et avoir un bénéfice de 150 000 FCFA (environ 230 euros). Mais il faut que ça soit du coton de bonne qualité », explique Daouda Camara.

Grâce notamment à une pluviométrie favorable, le Mali est redevenu le champion africain du coton, avec une production record de plus de 700.000 tonnes par an sur les deux dernières campagnes. Cette culture fait vivre quatre millions de personnes, soit un quart de la population.

La dernière récolte (novembre-mars) s'est à peine achevée qu'une confédération de producteurs s'est fixé l'objectif encore plus ambitieux d'un million de tonnes pour 2019-2020, lors d'un forum le 11 avril en présence du Premier ministre, Soumeylou Boubèye Maïga - qui a annoncé le 18 avril sa démission.

Mais les dirigeants politiques et économiques se désolent publiquement que le Mali, comme les autres producteurs africains, n'en transforme qu'une fraction dérisoire, exportant son coton brut, alors que la transformation de la matière crée de la valeur et génère des revenus bien plus conséquents.

Huile et aliments pour bétail

Lors de la 3e Conférence internationale sur l'émergence de l'Afrique (CIEA), en janvier près de Dakar, le président Ibrahim Boubacar Keïta s'est félicité d'une « production cotonnière exponentielle », tout en regrettant que le pays « n'en transforme que 2 % : quelle pitié, quelle honte ! »

L'Association cotonnière africaine (ACA) compte sur Boubacar Keïta pour défendre auprès de ses pairs l'idée d'un soutien accru des Etats afin d'augmenter « la transformation du coton fibre en textile » sur le continent.

Au Mali, le soutien des autorités à cette activité stratégique ne s'est pourtant jamais démenti, en particulier via la Compagnie malienne pour le développement des textiles (CMDT), qui achète aux producteurs leur coton après la récolte.

Qui cultive du coton bénéficie d'un engrais subventionné et d'un accès facilité au crédit, souligne Daouda Camara, qui exploite d'autres céréales, comme le maïs. Et « avec la culture du coton, le rendement d'une bonne saison permet d'avoir des équipements agricoles de qualité », ajoute-t-il.

La fibre de coton est séparée de la graine lors de l'égrenage.

« Il y a 10 ans, les graines de coton pourrissaient dans la cour de la CMDT », indique Bakary Togola, président de l'Assemblée permanente des chambres d'agriculture du Mali (APCAM). « Maintenant, il y a des huileries qui transforment des graines de coton en huile », mais elles « ne sont pas nombreuses ». Autre usage des graines : le tourteau de coton pour l'alimentation du bétail.

Les entreprises qui transforment la fibre en produits finis, elles, sont rares, malgré le potentiel économique élevé de cette activité.

« Marché inondé d'importations »

Les obstacles ne manquent pas au Mali pour les investisseurs qui souhaiteraient se lancer dans la transformation du coton, selon les experts du secteur : manque d'usines textiles, énergie très chère, formation de la main-d'oeuvre, consommation locale faible... Et les graves difficultés financières que traverse la Compagnie malienne des textiles (Comatex) ont de quoi décourager les plus intrépides.

Créée en 1968, la Comatex est devenue en 1994 Comatex-SA, détenue désormais à 80 % par le groupe chinois COVEC et à 20 % par l'Etat malien. Son usine, installée à Ségou (centre), est la seule à transformer le coton de bout en bout, explique Issa Sangaré, le directeur général adjoint : « Nous transformons le coton de la CMDT en fil, en tissu écru, en fil à tisser et tissu imprimé ». Mais l'entreprise se débat face à la concurrence de « produits textiles d'importation moins chers » qui « inondent » le marché, explique Issa Sangaré.

A l'échelle artisanale, une petite partie de la production du coton malien s'oriente vers la filière bio. Pour sa boutique à Bamako, qui propose des habits 100 % coton, la Française Mariane Montaut se fournit dans les villages, auprès des artisans tisserands, et en fil fait à la main par les femmes. « Il y a des métiers, il y a du savoir-faire », la transformation du coton sur place représente « un réel enjeu social, culturel et de patrimoine », remarque-t-elle.

Lors de la visite du Premier ministre français, Edouard Philippe, en février, le géant français de la distribution Carrefour s'est engagé à acheter 3 000 tonnes de coton malien sur trois ans pour aider à « la création et au développement d'une filière de production biologique malienne », selon l'entreprise.

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