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Traduit par
Clémentine Martin
Publié le
20 juin 2022
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Maria Grazia Chiuri marie la Vierge et le flamenco dans sa collection Cruise ibérique pour Dior

Traduit par
Clémentine Martin
Publié le
20 juin 2022

La semaine passée la saison des collections croisière s’est poursuivie à Séville, avec une collection aux accents ibériques de Maria Grazia Chiuri pour Dior. FashionNetwork.com l’a rencontrée.


Foto: Ria Mort, cortesía de Dior


En six ans à la direction artistique de Dior, Maria Grazia Chiuri a réussi à s’imposer comme la créatrice la plus audacieuse dans ses collections croisière, prête à faire tomber toutes les barrières. À Athènes, Marrakech et Séville, elle n’a pas hésité à forger des partenariats avec des artistes locaux, des performeurs, des musiciens et des fabricants textiles, ni à faire référence à l’art et l’architecture locaux à différentes périodes. Pour cette nouvelle présentation, elle marie des visions de la Vierge (honorée par de multiples statues et chapelles à Séville) avec l’univers du flamenco et le chic équestre andalou.
 
Cette saison, la designer a publié certains concepts sur son propre compte Instagram, avec des images de la Vierge Marie et des vidéos de visites guidées de basiliques historiques.C’est d’ailleurs la première question que nous lui avons posée quand nous nous sommes entretenus avec Maria Grazia Chiuri avant son défilé à Séville.

FNW: Pourquoi cette obsession pour la Vierge ?
 
MGC: J’ai reçu une éducation catholique, mais je n’ai jamais fait le lien entre cette éducation et la mode. C’est une idée que j’ai eu récemment: la façon dont la Vierge est habillée a de nombreuses influences sur la mode. Et du moins en Europe, cette mode a beaucoup façonné la façon de s’habiller des femmes, d’utiliser la broderie ou la dentelle.


 


Ce phénomène est particulièrement évident ici, à Séville. Chaque quartier a sa propre Vierge ! Une reine de chaque quartier, que les habitants voient comme leur Vierge personnelle, pratiquement comme un membre de leur famille. Il y a même des spécialistes de chaque église locale qui ont le droit d’entrer dans une chapelle et d’habiller leur Vierge. Et chaque Vierge a sa propre garde-robe, avec une tenue spéciale à l’occasion de la fête d’un saint, d’une saison ou d’une fête religieuse !
 
Je n’ai jamais vu une exposition qui exprime cette idée des influences de la Vierge. Il y a bien eu Heavenly Bodies au Met, mais elle traitait plutôt de l’influence liturgique au sens large et pas spécialement en lien avec le figure de la femme.
 
Il y a aussi un excellent livre, Ave Mary. E la chiesa inventò la donna, de Michaela Murgia, qui soutient que la façon dont nous avons habillé la Vierge a débouché sur la façon dont les femmes sont habillées.


Photo: Dior


FNW: Et pourquoi votre dernière vidéo Instagram commence-t-elle par une visite à Santa Maggiore à Rome, la plus grande église dédiée à la Vierge Marie à Rome ?
 

MGC: “Bien sûr, moi aussi, j’ai commencé avec ma propre Vierge“, s’esclaffe-t-elle. “Elle incarne la Mère universelle et le symbole de la fertilité. Ce que j’adore, c’est que les collections croisière offrent une occasion de penser la mode selon un point de vue différent. Et nous pouvons aussi imaginer des choses qui ne sont jamais apparues dans la mode, comme l’appropriation culturelle.“
 
FNW: Auriez-vous quelques exemples ?
 
MGC: Par exemple, que signifie le mot original ? Prenons la mantille. Ce châle originaire de Manille, aux Philippines, a ensuite été fabriqué en Chine puis introduit au Mexique avant d’arriver en Espagne, où il est devenu l’un des clichés de l’habillement espagnol. Ou l’éventail, né en Chine mais devenu célèbre en Espagne et à Venise.
 
FNW: Quelles sont les icônes modernes de cette collection ?
 
MGC: Clairement, la principale est Carmen Amaya, qui utilisait des pas et des gestes de flamenco traditionnellement réservés aux hommes quand elle dansait, et qui s’habillait comme un homme. Cette idée est incarnée par Blanca Li et ses 40 ballerines, qui dansent en direct pendant le défilé. L’habillage le plus long de ma vie : 40 femmes incapables de tenir en place ! Elles ne se contentent pas de danser, car le bruit de leurs pieds au sol crée une musique. Elles deviennent elles-mêmes des instruments de musique.


Photo : Dior


Maria Grazia Chiuri était elle-même cavalière dans son enfance et a également monté à cheval lors de vacances en Argentine, mais jamais “à un niveau professionnel“, insiste-t-elle. Et son défilé fait aussi référence à de célèbres cavalières comme la duchesse d’Albe et Jackie Kennedy.

FNW: Pourquoi ?
 
MGC: Ce sont deux icônes de style qui ont un lien avec Séville, donc je ne pouvais pas les exclure, étant donné la tradition équestre qu’il y a ici. L’École Royale Andalouse d’Art Équestre est basée à Séville. Ce qui est intéressant, c’est que les équipes de dressage en Andalousie convoquent tous leurs membres pour choisir leur tenue ensemble. L’aspect vestimentaire est fondamental pour eux. Et c’est aussi très démocratique, comme on peut le voir au musée équestre. La coupe est très différente de la veste anglaise traditionnelle, même si les vestes sont vraiment différentes entre les équipes.“
 
FNW: Qu’aimeriez-vous que l’on retienne à la fin de ce défilé ?
 

MGC: J’espère que les gens vont vivre de belles émotions et repartir chargés d’énergie positive. Les défilés croisière ne sont pas seulement des défilés, ce sont de gigantesques projets d’équipe. Celui-ci est probablement le plus grand que nous ayons jamais organisé, si l’on tient compte de l’orchestre, des danseuses, de la production, des artisans… Et il faut encore ajouter le maquillage, les mannequins et l’habillage. De nombreuses personnes sont impliquées, tellement que je n’arrive même plus à les compter !


Photo: Dior


FNW: Pourquoi avoir défilé aussi tard cette saison ?

MGC: En fait, ce genre de projet a son propre timing. Et heureusement, Dior nous laisse présenter le défilé quand nous sommes vraiment prêts ! Objectivement et logistiquement, l’organisation de cette présentation ici, dans le Sud de l’Espagne, apporte une beauté unique. L’échange d’idées, d’ateliers, de compétences et de techniques d’artisanat a donné lieu à quelque chose de très rare.
 
FNW: Maintenant, après une demi-douzaine de collections croisière présentées par Dior, Chanel et bientôt Max Mara, peut-on dire que la mode est revenue à la normalité ?
 

MGC: Non, je trouve que l’idée de normalité est pour l’instant très prématurée. Il est beaucoup trop tôt. L’humanité connaît actuellement un moment difficile, surtout avec cette guerre terrible. Nous l’avons bien vu lors de notre dernier défilé, pour la pré-collection automne en Corée en mai. En raison de la fermeture de l’espace aérien russe, vous n’avez pas idée de la longueur et de la durée de notre trajet pour arriver à Séoul !
 

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