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Publié le
8 juin 2015
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Marie-Louise Carven, doyenne de la haute couture, est décédée à 105 ans

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AFP
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8 juin 2015

Tout est parti d'un complexe : parce qu'elle était haute comme un "trognon de chou", selon ses propres mots, Marie-Louise Carven, décédée lundi à 105 ans, a consacré sa vie à montrer que l'élégance n'est pas affaire de taille en dessinant des vêtements au chic très parisien, pleins de fraîcheur. "J'ai véritablement souffert d'un complexe. J'en ai délivré les femmes petites. Je mesure 1,55 mètre, j'ai des rondeurs et durant toute ma jeunesse, les femmes à la mode étaient si grandes, si longues, si minces", expliquait cette femme volontaire et joyeuse qui n'a lâché ses crayons qu'en 1993, après cinquante ans de création.


Marie-Louise Carven en 2002 - JOEL SAGET / AFP


Etudiante aux Beaux-Arts, fille d'un éditeur italien, Carmen de Tommaso se voit architecte, se passionne pour les antiquités mais commence à confectionner des robes pour elle et ses amies à la fin des années 20, bâtissant peu à peu un réseau de clientes. "Je n'ai appris avec personne et j'ai créé ma collection sur moi", se souvenait-elle.

En 1945, elle a 34 ans quand elle s'installe Rond-Point des Champs-Elysées, se rebaptisant Carven, contraction de son prénom qu'elle n'aime pas et du nom de sa tante, dont elle était proche. Une robe en cotonnade rayée blanc et vert - décolleté avantageux, taille bien prise, jupe ample, fait un tabac : ce modèle appelé "Ma Griffe" lance le "vert Carven" qui deviendra la couleur fétiche de la maison.

Un style jeune, des coloris gais
Dans le Paris de l'après-guerre qui n'aspire qu'à la légèreté après des années de privations, les femmes craquent pour cette robe seyante et sans prétention. Un an plus tard, Carven lance un parfum sous le même nom, le premier de toute une série : "Robe d'un soir", "Chasse gardée", "Eau vive"...

La couturière habille de jeunes vedettes - Martine Carol, Danièle Delorme, Leslie Caron, Sophie Daumier ou Brigitte Fossey - et des jeunes filles du monde comme la future Mme Valéry Giscard d'Estaing, dont elle réalise la robe de mariée.

"J'ai épuré au maximum, aboli les rembourrages des tailleurs, accentué la taille par des successions de pinces, mis la poitrine en valeur et fait plus court pour les rendre plus sexy", résumait-elle pour l'AFP en 2002.

Pour sublimer les petites silhouettes dans son genre, elle distille aussi de précieux conseils : "renoncer à porter du noir, ça rapetisse encore plus" et "fuir les carreaux géants, les grands imprimés, les décolletés en largeur, les manches bouffantes".

Son éternelle bonne humeur, qui tranche avec les figures intimidantes de Chanel ou Schiaparelli, comme son style jeune, aux modèles confortables, apportent une touche de décontraction à l'univers de la haute couture.

Marie-Louise Carven aime les coloris gais et les étoffes inédites que cette grande voyageuse rapporte parfois du bout du monde - Brésil, Egypte, Australie - et qui lui inspirent des modèles aux noms exotiques, "Carioca" ou "Loukoum".

C'est d'ailleurs l'une des premières à avoir présenté ses collections à l'étranger, n'hésitant pas à embarquer, dès 1947, une multitude de malles mais aussi ses "filles".

Hôtesses, pervenches et athlètes
A force de fréquenter des hôtesses de l'air, elle redessine leurs uniformes, pour plusieurs compagnies. "Carven Uniforme" habille aussi les "pervenches" parisiennes ou les athlètes françaises aux JO de 1976.

La maison Carven multiplie lignes et produits : maille, collections pour enfants, foulards, bijoux. Marie-louise Carven n'abandonne la création qu'à 84 ans pour se consacrer à sa passion pour les meubles anciens et les objets rares.

Elle était veuve de Philippe Mallet, frère de l'architecte Robert Mallet-Stevens, puis du collectionneur suisse René Grog.

La griffe, passée entre plusieurs mains et présidée par Henri Sebaoun, a abandonné la couture pour se recentrer sur le prêt-à-porter, nommant en 2009 à la création le talentueux Guillaume Henry, qui a relancé la maison, avant de rejoindre Nina Ricci en janvier dernier. Il a passé le relais au duo Adrien Caillaudaud et Alexis Martial, côté collections féminines, et à Barnabé Hardy pour la mode hommes.
 

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