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Masques : la mobilisation des acteurs mode s'amplifie et s'organise

Publié le
25 mars 2020
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4 minutes
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Après les industriels que sont Les Tissages de Charlieu, Boldoduc, 1083 ou Lemahieu, de nombreuses marques de prêt-à-porter tricolores comme Lacoste, Etam ou Armor Lux, mais aussi de jeunes acteurs comme la marque Noyoco, ont décidé de rejoindre la mobilisation pour fournir des masques au personnel soignant et aux employés en première ligne face au coronavirus. Une centaine d'initiatives ont à ce jour été recensées en France : elles s'organisent désormais via un site web dédié, dans le but de coordonner efficacement cet effort qui mobilise toute la filière.


Le groupe Etam s'est lancé dans la fabrication de masques en tissu dans son site nordiste. - Etam/LinkedIn


A titre d'exemples, à Quimper, Armor-Lux s'est mis en ordre de marche pour fournir 3 000 masques chirurgicaux par jour. L'entreprise expédie aussi des kits (contenant les pièces de tissu et les élastiques) à des particuliers qui savent coudre pour augmenter la cadence et permettre au grand public de s'engager. Le groupe Etam a de son côté mis à contribution les employés de son 'tech center' de Marcq-en-Barœul (centre de prototypage et de R&D) pour assembler des masques de protection, et a mis à disposition ses entrepôts à une entreprise voisine spécialisée dans le matériel médical pour l'aider à stocker masques, gants et gels qu'elle produit en plus grande quantité durant cette période.

Ce tour de France se poursuit dans le Gard, où le groupe Eminence (sous-vêtements) s'est lancé dans la fabrication de 7 000 masques, tandis que le groupe CL (Chantelle, Passionata...) et la société belge Van de Velde, également spécialistes des dessous, ont aussi rejoint le mouvement.

La marque Sandro (groupe SMCP) a elle décidé d'équiper les personnels non médicaux des hôpitaux (les agents de service par exemple), via la production de 10 000 masques, dont les premières unités seront livrées le 30 mars à l'hôpital d'Aulnay sous Bois.

Il faut noter enfin, pour terminer ce voyage, l'engagement de marques comme Petit Bateau et Lacoste, dont les sites sont implantés dans la région de Troyes, un berceau du textile qui se mobilise localement.


Lacoste a rouvert son site de production aubois le 23 mars. - Lacoste


Afin de structurer cet élan et pouvoir ensuite valider rapidement les propositions, une plateforme a donc été mise en ligne par le comité stratégique de la filière mode et luxe (csfmodeluxe-masques.com). Les professionnels volontaires (fournisseurs, confectionneurs...) doivent s'y faire connaître et remplir un formulaire.

Y sont définis les cahiers des charges à respecter pour répondre aux normes notamment définies par la Direction générale de l'armement (DGA), qui doit donner son aval en testant les prototypes. Les experts de la matière que sont Euramaterials, Techtera et l'IFTH ont aussi été sollicités pour fournir des cadres de travail et des recommandations relatives aux textiles, tandis que Guillaume Gibault, le dirigeant du Slip Français, anime les échanges entre fabricants.

Pour les masques, il existe en effet différents degrés de protection : les masques simples (dit barrières) ou les masques chirurgicaux (anti-gouttelettes), qui peuvent être confectionnés en tissu lavable, et enfin les masques de protection respiratoire répartis en trois niveaux selon leur degré de filtration, à savoir FFP1, FFP2 (prioritaires pour protéger le personnel soignant du Covid-19) puis FFP3. Il faut noter que la majorité des masques en tissu proposés par les marques précédemment citées sont des barrières simples.


L'IFTH a proposé différents patrons pour la confection de masques de protection. - IFTH


Clarisse Reille, directrice générale du Défi (le comité de développement et de promotion de l’habillement, ndlr), qui coordonne également la circulation d'informations autour de cette mobilisation, insiste sur le fait que "l’impératif de tous est d’assurer la production de masques sécurisés. Même si les délais paraissent longs, cette étape est cruciale pour la sécurité réelle des utilisateurs". Dans ce cadre, une initiative est lancée dans le but de "valider plusieurs organismes en sus de la DGA pour réaliser des tests afin d’accélérer les procédures".

Le CHU de Lille a par exemple mis au point, en partenariat avec l'industriel nordiste Lemahieu, les caractéristiques d'un masque en tissu compatible avec les exigences du masque chirurgical. "Le masque 'Garridou' ne remplace pas le masque jetable, seul préconisé dans les situations à risque (soins, actes invasifs…). Mais il peut constituer un substitut acceptable pour les autres situations, hors des gestes de soins, tant que l’approvisionnement en masques jetables est limité", nuance ainsi l'établissement.


La valve jaune ajoutée au masque de Decathlon permettrait de pouvoir bancher l'objet à un respirateur. - Isinnova


Enfin, un détournement de masques initialement destinés aux activités aquatiques pourrait potentiellement aider des patients. Des soignants italiens, accompagnés par une entreprise, Isinnova, qui a réalisé une valve grâce à une imprimante 3D, affirment avoir réussi à adapter le masque de snorkeling de Decathlon pour le connecter à un appareil respiratoire. Ce protocole n'a pas encore été certifié.

Le distributeur français indique "accompagner techniquement certains centres de recherche en France, comme à l'étranger, dans le but de réaliser des tests et ainsi voir si le produit peut - ou non - être adapté", notamment en partageant le plan 3D du produit. Mais il conseille toutefois aux particuliers de ne pas modifier leur masque par eux-mêmes.

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